Affichage des articles dont le libellé est Antigone. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Antigone. Afficher tous les articles

mardi 13 décembre 2011

Encore la Question de l'Homme

L'été dernier, j'évoquais ma conviction que ce nouvel objet d'étude en classe de première était, en fait, au coeur de notre enseignement.
En octobre j'illustrais par un Wordle la diversité des réponses de mes élèves à cette question.

Je persiste. Il y a beaucoup à redire à la réforme des lycées en général et aux nouveaux programmes en particulier. Mais cet infléchissement de l'étude jusque là technique de l'argumentation autour de cette question centrale, la volonté répétée de "contribuer ainsi à donner sens et substance à une formation véritablement humaniste" me semble positive, cruciale, rendant à l'étude littéraire pour les non-spécialistes que sont nos lycéens une fonction essentielle, en ces temps où la littérature est en "état de siège".

Seule la littérature, seuls les arts, me paraissent poser réellement cette question dans toute sa complexité.
Ainsi la posé-je inlassablement à mes élèves et avec eux, semaine après semaine, tandis que nous naviguons de théâtre en argumentation, de réécritures en Renaissance.

De toutes les oeuvres que j'ai lues ou relues cet été, la pièce de Vercors Zoo ou l'Assassin philanthrope dont vous pouvez lire aussi la version romanesque Les Animaux dénaturés est celle qui m'a le plus enthousiasmée.
Elle pose la question de l'homme et de son impossible définition dans toute sa fausse candeur, rappelant sa nécessité au fondement de toute pensée et de toute décision, sa tétanisante absence au sein de nos textes de loi qui ne se soucient pas de définir l'évidence (j'ai vérifié auprès de Maître Eolas et il en est bien ainsi: pas de définition de l'homme dans le droit français.) Elle lui rend, par le biais de la fiction, son urgence: l'enjeu est ici de vie ou de mort, pour un homme et pour tout un peuple, et il est bon de s'entendre redire que les questions métaphysiques peuvent aussi changer le monde. Elle ne diminue pas sa complexité, ne cède pas à la démagogie: à cette infernale question, ni les scientifiques ni le bon sens populaire ne peuvent apporter de réponse simple, unique, satisfaisante… sans doute parce qu'il n'y en a pas. Il est aussi salutaire, en ces temps où l'on oscille entre la révérence aveugle pour les spécialistes et la croyance démagogique au sens commun, de constater que certaines questions échappent à la fois aux uns et aux autres, qu'elles sont trop vastes et trop complexes pour être réglées. Les élèves aiment trop souvent que tout soit réglé, que le sens leur soit donné une fois pour toutes, qu'aucune question ne reste en suspens.
Celle-ci est perpétuellement en suspens. Sa réponse ne peut être que circonstancielle, décidée pour de mauvaises raisons, comme le déplore le héros, vouée à ne satisfaire personne. Pourtant elle doit être posée, pourtant la réponse que propose finalement Vercors est belle et féconde: la principale caractéristique de l'homme est son "esprit de rébellion".

Cet animal rebelle, nous le déclinons dans tout notre parcours de cette année.
C'est Antigone, bien sûr, dont le "Non" résonne en nous de Sophocle à Henry Bauchau en passant par Anouilh.
C'est l'homme double du théâtre qui ne sait plus s'il est chair ou masque, si ses actes ont un sens, si la vie à un sens, mais qui pourtant se dresse contre les tyrans. C'est Caligula, c'est le Lorenzaccio de Musset, ce sont les "meurtriers délicats" de Camus qui ne savent plus si finalement la fin justifie les moyens, s'il faut ou non se salir les mains, s'il faut être Hugo ou Hoederer, Néron ou Auguste, Britannicus ou Cinna, Jules César ou Richard III.
Ce sont les premiers humanistes, ceux qui nous ont légué leurs doutes avec ce mot, des Cannibales de Montaigne à la Folie d'Erasme, qui se sont demandé si la servitude de l'homme devait être volontaire, si une utopie était possible, ou s'il fallait choisir Machiavel.
Ce sont les savants raisonnables ou fous du temps où les utopies se changèrent en dystopies, ceux qui se demandent si l'homme peut créer l'homme et se poser en rival prométhéen de Dieu, si le progrès fait toujours le bonheur.
Ce sont ceux qui s'efforcèrent de penser l'Homme après la colonisation, après les camps.
Ce sont les poètes qui cherchent inlassablement à répondre à toutes les questions sans réponse, à dire tout ce qui est indicible, et s'avouent humblement ignorants.
Ce sont les romanciers qui nous rappellent la bête en nous, et combien la frontière entre l'ogre et le héros, le monstre et le justicier, est fragile et poreuse.

C'est ce qui fait qu'en fin de compte j'enseigne la littérature plutôt que la Défense contre les Forces du Mal, et que ce n'est pas si différent.

dimanche 2 octobre 2011

Dionysos, pas Apollon

Ne croyez pas ce que disent les journalistes : il est rare d’assister à une tragédie.
Une vraie tragédie, au sens plein du terme, au sens grec.
Même au théâtre, cela reste rare.
Parce que le monde a changé, notre regard de spectateur aussi, parce que les tragédies raciniennes ont brouillé le jeu et nous ont éloigné de cette tragédie première.

Nous avons oublié, par exemple, que le Chœur chante et danse. Ces intermèdes ne sont pas légers et sautillants comme chez Molière, ils participent pleinement du tragique.
Nous avons oublié que la purgation des passions, pour opérer, ne doit pas rester grave, digne et posée. Elle doit déborder, hurler, entrer en transe, basculer dans la folie.
Nous avons oublié, surtout, que la fête théâtrale est dionysiaque, pas apollinienne.

Tout cela, Wajdi Mouawad nous le rappelle, avec une force qui jamais ne se départit de la grâce. Une grâce presque surnaturelle qui tient à tant de variables, à tant de circonstances, à tant de choix peut-être hasardeux, que l’on pourrait parler de miracle.

Son Antigone est bien celle de Sophocle, et cela seul est déjà extraordinaire. Car c’est tout l’enjeu de la représentation du théâtre antique : comment reproduire, sur des spectateurs modernes, l’effet originel? Jusqu’où, exactement, faut-il moderniser? Un pas de trop, et l’on bascule dans l’excès branché, dans le toc, la poudre aux yeux, dans la trahison sans objet. Un pas de moins, trop timoré, et l’on se borne à l’imitation, un monde étranger aux spectateurs, étanche, incompréhensible.
La grâce de Mouawad est de se positionner exactement entre les deux.

Le décor est celui, minimaliste, de l’antique skènè. Un mur, une porte ouverte sur tous les ailleurs, fermée de voiles chatoyants et sanglants comme ceux qui séparent les mondes. Devant, la nudité de l’orchestra avec les seuls accessoires qui importent : un banc, l’eau qui circule entre les puissants de ce monde, la terre et le sang qui rappellent le dû des dieux, les pierres qui scellent le destin des hommes.

La voix des acteurs sonne haut et juste, dans la traduction dépouillée, intemporelle, de Robert Davreu. Les phrases de Sophocle deviennent modernes par la grâce de cette traduction et de la diction, sans besoin d’anachronismes, de familiarités ni de références pataudes. Ce texte, ces voix, ne nous épargnent rien des hésitations d’Ismène, de la fragilité d’Hémon, des folies dissemblables et jumelles d’Antigone et de Créon, tous deux condamnés par l’hybris, la démesure, l’orgueil de l’homme qui croit pouvoir se soustraire au destin. Ce pourquoi Antigone doit crier, doit entrer en transe et danser sa folie sauvage, doit se perdre entre la vie et la mort. Ce pourquoi Créon doit être dur, paranoïaque, violent, avant de finir seul et brisé, en larmes, entouré de fantômes, agrippant follement les lambeaux de lumière de ce qui aurait pu être et qui par sa faute ne sera jamais.
Car la tragédie de Mouawad ne nous épargne rien : pas de salut final, pas de soulagement. Le retour des personnages morts sur scène n’est qu’un rappel douloureux de ce qui est perdu, un dernier éclair qui montre l’étendue de la chute avant de disparaître à nouveau, à jamais, dans la nuit. Créon reste seul avec son désespoir et sa folie. Les spectateurs aussi.

Car Mouawad prend pleinement, délibérément, le chemin de la catharsis. Et avec lui, bien sûr, Bertrand Cantat.
On voudrait pouvoir dire que seules importent la force de sa musique et de sa voix, puissante, modulée, grave, intense dans le chant comme dans la psalmodie. Une voix et une musique qui portent la charge des dieux, des destinées, des Erinyes, mais aussi du peuple, des hommes, de leurs faiblesses. Qui jouent à cette fin de toutes les modulations du rock, de la violence des emportements à la mélancolie de la ballade.
On voudrait pouvoir dire que le nom et le passé de Bertrand Cantat n’importent pas.
Ce serait hypocrite et faux.
Bien sûr qu’ils importent.
Mais cela, qui pourrait être malsain et déplacé, qui pourrait être encombrant, nous détourner de la tragédie — cela nous en rapproche, au contraire.
Ici, le pari risqué du choix de Bertrand Cantat touche vraiment au miracle. Parce que la catharsis se fait aussi à travers lui, pour lui, en lui, sous nos yeux. Parce que les mots que chante le Chœur, que chante Cantat, « Heureux celui qui n’a jamais connu le malheur », résonnent doublement, pour Antigone et sa famille et pour l’homme en noir, debout sur scène, dont nous connaissons la faute et le châtiment.
Jamais cela ne va trop loin. Jamais Cantat n’éclipse le Chœur, et moins encore les acteurs. Il se tient en retrait, dans l’ombre, tendu, douloureux, humble. Là encore la mise en scène de Mouawad trouve le point d’équilibre, la place exacte et juste.

Ce lieu où le théâtre accomplit des miracles, où la magie opère. Sans concession. Pour nous serrer le cœur, nous rappeler que nous sommes mortels, que nous sommes coupables, ou pourrions l’être, tous, tous, très aisément, il suffit d’un moment, d’un pas de trop. Pour qu’à nouveau, comme au temps des Grecs, nous célébrions Dionysos qui nous entraîne, nous perd et nous console, et accomplissions la catharsis que Mouawad définit de façon si moderne et si juste : « Je pense que c’est la rencontre furtive avec sa propre mort. C’est ressentir le désir profond que notre existence soit grande et héroïque, belle, à la hauteur de ce qu’on espérait enfant. Cet instant où ce qui est perdu nous apparaît, exprimé par une réaction émotive, qui nous lave, nous relève, qui console. »


J’ai assisté à la représentation d’Antigone le 1er octobre 2011, dans la trilogie Des femmes (Les Trachiniennes, Antigone, Electre) de Sophocle, mise en scène par Wajdi Mouawad, à la Comédie de Genève.

lundi 4 juillet 2011

Elles : Quatuor Antique

Comme de nombreux collègues, je prépare des cours pour l'an prochain. Je commence par mon objet d'étude préféré, mon champ de recherche favori, qui ne concerne (hélas) que les Premières Littéraires. Les réécritures.
J'aime tant cette part du programme que je change chaque année le contenu de cette séquence. En 2011-2012, ce sera donc le mythe d'Antigone. A cette occasion, j'exhume de vieux textes, notamment mon mémoire de maîtrise dont voici l'ouverture.

Elle s’appelle Antigone. Elle a été une enfant grave, née dans la pourpre royale de Thèbes, et dans l'inceste. Elle attendait d'autres voix. Seule elle a suivi son père aveugle dans l'interminable chemin de sa propre fatalité. Antigone marchante et veillante. Seule elle quittera les murs de Thèbes une nuit pour contrevenir aux ordres
du roi, au nom d'une loi divine, ou d'une loi d'amour, ou d'un destin - sa propre fatalité. Elle ne mourra pas seule. Antigone droite comme le bâton d'un roi aveugle, renvoyant au pouvoir un regard un peu trop clair.

Elle s'appelle Cassandre. Elle a été belle et savante, bénie du soleil-dieu, née dans la pourpre royale de Troie. Elle entendait d'autres voix. Seule elle a continué de parler et de penser l'impitoyable chemin d"une fatalité. Cassandre orante et voyante.
Seule elle a prévenu et averti sans être crue, sans y croire - sa propre fatalité. Elle ne mourra pas seule. Cassandre debout au milieu des flammes d'un monde mourant, fixant sur les dieux et les lendemains un regard désespérément trop clair.

Elle s’appelle Electre. Elle a été une enfant silencieuse, née dans la pourpre royale et sanglante de Mycènes, et d'une race maudite. Elle entendait d'autres voix. Seule elle a pleuré sans larmes, protégé et prévu, juré plus qu'elle n'aurait dû. Electre servante et patiente. Seule elle a connu les voix du tombeau, reconnu les visages oubliés, marchant sans hésiter vers un destin qui ne sauvera personne - leur fatalité d'Atrides. Seule elle ne mourra pas. Electre courbée sous le poids d'une consécration, inflexible comme une lame, avec le regard clair d'une enfant qui ne veut pas
pardonner.

Elle s’appelle Médée. Elle a été sage et magicienne, née dans la pourpre royale de Colchide, à des rivages lointains. Elle attendait d'autres voix. Seule elle a regardé l'étranger venu de la mer, seule elle a combattu ses propres sortilèges, entraînée sur un chemin d'invincible fatalité. Médée tissante et aimante, choisissant ses
propres allégeances, au delà de toute trahison. Seule et sans regarder en arrière elle a quitté les siens sur le navire aux hautes voiles. Seule elle finira et tuera, offerte à l'horreur des peuples. Médée combattante fuyant dans le ciel sorcier, assumant ses choix, avec ce regard effrayamment clair de ceux qui ne se retournent pas.



Douze ans plus tard, elles n'en finissent pas de m'émouvoir, de me rappeler des choses essentielles sur l'Homme.
C'est bien. C'est la ligne que je veux donner à mon enseignement l'an prochain. Chercher, humblement, ce que c'est que l'Homme.

lundi 30 mars 2009

10 LIVRES… (8)

Les mythes n'en finissent pas de vivre. De s'écrire. De renaître. De marcher à nos côtés.
Il y a longtemps que je le sais.
Les mythes sont peut-être les seules histoires qui comptent vraiment.
Les seules qui durent.

Je les ai lus, les lis encore ; je les écris ; les étudie aussi, parfois.
La fantasy est aussi une écriture du mythe.

En maîtrise, c'est aux mythes que j'ai volé leurs voix, pour parler d'Elles.

Elle s’appelle Antigone. Elle a été une enfant grave, née dans la
pourpre royale de Thèbes, et dans l'inceste. Elle attendait d'autres
voix. Seule elle a suivi son père aveugle dans l'interminable chemin
de sa propre fatalité. Antigone marchante et veillante. Seule elle
quittera les murs de Thèbes une nuit pour contrevenir aux ordres
du roi, au nom d'une loi divine, ou d'une loi d'amour, ou d'un
destin - sa propre fatalité. Elle ne mourra pas seule. Antigone
droite comme le bâton d'un roi aveugle, renvoyant au pouvoir un
regard un peu trop clair.

Elle s'appelle Cassandre. Elle a été belle et savante, bénie du
soleil-dieu, née dans la pourpre royale de Troie. Elle entendait
d'autres voix. Seule elle a continué de parler et de penser
l'impitoyable chemin d"une fatalité. Cassandre orante et voyante.
Seule elle a prévenu et averti sans être crue, sans y croire - sa
propre fatalité. Elle ne mourra pas seule. Cassandre debout au
milieu des flammes d'un monde mourant, fixant sur les dieux et
les lendemains un regard désespérément trop clair.

Elle s’appelle Electre. Elle a été une enfant silencieuse, née dans
la pourpre royale et sanglante de Mycènes, et d'une race maudite.
Elle entendait d'autres voix. Seule elle a pleuré sans larmes,
protégé et prévu, juré plus qu'elle n'aurait dû. Electre servante et
patiente. Seule elle a connu les voix du tombeau, reconnu les
visages oubliés, marchant sans hésiter vers un destin qui ne
sauvera personne - leur fatalité d'Atrides. Seule elle ne mourra
pas. Electre courbée sous le poids d'une consécration, inflexible
comme une lame, avec le regard clair d'une enfant qui ne veut pas
pardonner.

Elle s’appelle Médée. Elle a été sage et magicienne, née dans la
pourpre royale de Colchide, à des rivages lointains. Elle attendait
d'autres voix. Seule elle a regardé l'étranger venu de la mer, seule
elle a combattu ses propres sortilèges, entraînée sur un chemin
d'invincible fatalité. Médée tissante et aimante, choisissant ses
propres allégeances, au delà de toute trahison. Seule et sans
regarder en arrière elle a quitté les siens sur le navire aux hautes
voiles. Seule elle finira et tuera, offerte à l'horreur des peuples.
Médée combattante fuyant dans le ciel sorcier, assumant ses choix,
avec ce regard effrayamment clair de ceux qui ne se retournent pas.


Et c'est encore une dette.
Car la premier de ce quatuor antique et terriblement moderne, ce n'est pas l'Antigone d'Anouilh ni celle de Sophocle.
C'est l'Antigone d'Henry Bauchau.

C'est celle-là qui m'a frappée en plein coeur, soulevée de terre, réchauffé l'âme, élargi les yeux
L'Antigone d'un romancier qui n'en finit pas d'être poète, d'un homme qui a la grâce absolue des vieillards et des enfants, qui réussit ce tour de force d'être à la fois vieillard et enfant, et jeune homme vibrant de vie, et femme vibrante de tendresse.
Henry Bauchau a même gentiment répondu à l'envoi de ce mémoire de maîtrise.

Il interdit toute question sur la pérennité de l'art, la survie de la littérature. Par sa seule existence il suffit à prouver qu'il est encore de grands écrivains. Vastes comme la mer. Incontestables.
Ceux qui continuent, inlassablement, de poser les questions qui importent.

Pourquoi est-ce que tous [demande Polynice à sa soeur Antigone] nous te laissons déranger nos existences, troubler nos désirs, nos folles ambitions et notre goût effréné de la vie? Oui, pourquoi t'aimons-nous tellement, je ne m'étais jamais posé cette question, mais ta présence, ton silence m'interrogent. Nous t'aimons à cause de ta beauté,qui n'est pas celle de Jocaste ni d'Ismène, mais, plus cachée, plus attirante, celle des grandes illusions célestes. Et tu n'es pas seulement belle, ma soeur, tu es encore si étonnamment folle, tu fais si bien croire à ta folie, tu la fais si bien vivre autour de toi. […] Avec toi, on croit aux dieux, à ceux qui éclairent et à ceux qui transpercent. On croit au ciel, aux astres, à la vie, à la musique, à l'amour à un degré inépuisable.

— Henry Bauchau, Antigone.