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mercredi 3 mars 2010

LES PORTES S'OUVRENT À NOUVEAU

Toutes mes excuses pour cette annonce un peu tardive.

L'exposition des tableaux de Chris Bourgue accompagnés de mes textes devient itinérante et se monte à nouveau, revue et augmentée de nouveaux tableaux et textes.

"PASSAGES"
Exposition dans le cadre du festival
"Voix de Femmes" du 1er au 21 mars 2010
Vernissage et lecture le 6 mars à 19h30



Peintures : Chris BOURGUE

Textes : Delphine IMBERT

Centre de développement culturel - Place François Mitterrand
13552 Saint-Martin-de-Crau - Téléphone : 04 90 47 06 80
CDC de Saint-Martin-de-Crau

dimanche 18 janvier 2009

L'AFFICHE DE L'EXPOSITION


Une fois n'est pas coutume, un post-image.
Mais après tout, puisqu'il s'agit de peinture, je peux faire une exception de mots.

vendredi 16 janvier 2009

… COMMENCE PAR SOI-MÊME !



Une autre nouvelle, d'autres mots, que certains ont lu sur ce même blog, et qui accompagneront l'exposition des "Portes" de Chris Bourgue.

Porte entre les arts, porte-passerelle, porte du visible à l'invisible, et retour, porte qui dissimule, porte-secret, porte-miroir, porte qui s'ouvre sur les autres mondes…
Sans doute l'un des noms les plus chers à mon coeur.

Vous êtes tous invités !
Je serai présente à Trets le samedi 7 février après midi.

Château des Remparts
Bd Etienne Boyer
13530 Trets

tel : 04 42 61 23 76
Ouvert du mardi au samedi(inclus) de 9h30 à 12h et de 14h à 17h30.
Vernissage le vendredi 6 février à 18h30.
Expo du 3 au 14 février.

mercredi 4 juin 2008

ELENA ANDREEVNA : HOMMAGE

Elle a vingt-sept ans. Elle est belle, instruite, élégante, mariée à un vieillard presque célèbre.
Elle irradie. Elle est la passante aérienne qu'on n'en peut plus de désirer.

Elle n'en peut plus de porter ce poids-là.
Que les hommes la désirent forcément (sauf celui qu'il faudrait), que les femmes la craignent, qu'on la change en icône.
Ce n'est pas une "pauvre petite fille riche". Ce n'est pas du tout une petite fille.
C'est une femme, une vraie, riche d'une intense vie intérieure.
C'est une femme, mais elle n'est pas entière. Elle ne le sera jamais. Cette intégrité, c'est le monde lui-même qui la lui dénie.
Le monde, et pas seulement les conventions sociales. Elena Andreevna, qui a la grâce suprême de l'humilité, se prétend et se croit terne, petite bourgeoise, canari encagé trop faible pour fuir.

Mais ce n'est pas la faiblesse qui rogne ses ailes, ralentit ses gestes, assoupit son pas. Ce n'est pas le manque d'envergure qui l'emprisonne. Ce n'est pas même seulement le sens du devoir.
C'est le monde, et la science qu'elle en a. Une science innée et infinie, celle de la Russie et de son passé, un savoir qui la condamne à la lassitude et à l'acceptation.
Elena Andreevna est condamnée à comprendre.
Et celle qui comprend ne peut haïr, ni se rebeller, ni fuir.
Elle n'a pas le choix.
A peine peut-elle, parfois, se réfugier dans un livre ou dans un jardin, à l'abri des regards et des passions.
Elle n'a pas le choix, il ne lui reste qu'à regarder les hommes errer et se détruire, et ne rien pouvoir faire, sa volonté émoussée par son âme trop vaste, sa conscience trop ancienne.
Elle ne recevra en viatique que l'absolution de sa beauté, une amère consécration.
Elle regardera la jeune fille impétueuse épouser l'idéaliste qu'elle ne comprend pas, que seule Elena elle-même aurait pu comprendre et accompagner, s'il avait voulu, s'il avait su davantage, si elle-même avait su moins.
Elle regardera ces couples mal assortis, impossibles, condamnés — comme le sien — et rêvera parfois de ce qui aurait pu être, dans un monde plus jeune.

Elle n'a pas le choix, et c'est sublime.

Elle s'éloignera de nous, et de tous, de plus en plus lentement, une silhouette diaphane que son fardeau ne courbe pas.
Et finira par se dissoudre, on entendra à peine un soupir,car elle est modeste et polie, elle ne sait pas qu'elle est la mélancolie même, que sa beauté nous serre le coeur, ni que cette beauté est celle de son âme.
Elle ne sait pas qu'elle est l'un des plus beaux personnages de femme jamais créés.
Elena Andreevna ne se prend pas au sérieux. Comme tous les enfants des mondes finissants, elle a l'élégance discrète de l'auto-dérision.
Elle sourit, hausse les épaules.
Elle quitte la scène.
Et voilà que son fardeau pèse sur nos propres épaules.

Tcheckhov, L'Homme des Bois, Comédie de Genève

samedi 24 novembre 2007

LES PORTES (13) : LA BONNE PORTE


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Il en reste une dernière et l’on n’est pas sûr que ce soit pour autant la bonne.
La bonne porte est verte, toujours. C’est le vert qui l’ouvre. La bonne porte est de terre et de lait, de feuilles et de ciel.
La bonne porte a beaucoup vécu. On y a épinglé en désordre des années, des listes de courses et des énigmes. La bonne porte est usée : on voit sa trame sous les écailles.
Mais elle est verte. Ouverte sans avoir besoin d’être poussée.

Vous pouvez cliquer sur les tableaux pour les voir en plus grand…

vendredi 23 novembre 2007

LES PORTES (12) : PORTE DES PARQUES


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Pourquoi trois morceaux de bois? demande la fillette. Pourquoi un rouet? Pourquoi une aiguille et un fil? Pourquoi faut-il que les aiguilles piquent, pourquoi faut-il que les fils se cassent?
Pourquoi sont-elles trois ?
La fillette sourit à ses murs roses, frotte sa tête au crépi comme un chaton, et pose toujours de nouvelles questions. Pourquoi trois et pourquoi trois âges, pourquoi l’énigme du Sphinx, pourquoi n’ont-elles pas la même taille, laquelle est la dernière, la plus petite, tout au bout? Est-ce la jeune fille à grandir, ou la vieille qui se courbe? Laquelle des trois coupe le fil? Laquelle des trois ouvre la porte?
La quatrième, forcément.
C’est toi qui ouvres la porte.

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jeudi 22 novembre 2007

LES PORTES (11) : PORTE DE LA RÉVÉLATION


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

La vérité se plie et se replie. C’est toute une affaire de déballer son cadeau empoisonné. De déballer le cadeau pour vérifier qu’on peut s’en réjouir.
La vérité a le vert des sapins et le carmin des pommes brillantes.
Et tellement de couches qu’on n’est jamais sûr d’atteindre la dernière, qu’on finit par se demander s’il y en a une dernière. Et si on grattait la peinture, soulevait la toile, ne serait-on pas plus près du secret, au pied du mur ?
Sous le dernier pli brille la lumière. Juste une flèche indiquant la sortie. La révélation est une porte.

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mercredi 21 novembre 2007

LES PORTES (10) : PORTE DU GRAND CHEMIN


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Il y a du sang, tu sais.
Il y a des gouttes de sang qui giclent sur le mur et en plein cœur une pierre aiguë pour percer la peau. Les grands chemins sont pavés de sang et c’est ainsi, il ne faut pas fermer les yeux.
Les plaies sont aussi des portes, les cicatrices sont aussi des chemins traçants, le sang qui coule chaque mois est aussi un recommencement.
Il y a du sang, tu sais, et c’est le secret des plus grands chemins. Nous vivons, encore.

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mardi 20 novembre 2007

LES PORTES (9) : PORTE DU LABYRINTHE


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Car les tons s’adoucissent, les cieux se referment, la porte était un leurre. Tous les taureaux, même solaires, même divins, finissent dans un Labyrinthe à se demander à quoi peut bien servir une porte.
Une porte pour les nourrir, de sang et de beauté, d’air pur, d’extérieur, de danger. Une porte pour la compagnie et pour l’espoir.
Une porte pour le fil du souvenir qui nous rattache au monde. Le même qui se noue au héros et au monstre.
Car c’est un fil qui ouvre toutes les portes, crochète et relie. La porte n’est qu’un jalon du chemin.

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lundi 19 novembre 2007

LES PORTES (8) : PORTE DU SUD


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Le Sud, c’est l’envers de la boussole. Les repères s’y noient de couleurs, les avions s’y perdent dans la mer.
Les étoiles ne savent plus quels signes elles dessinent, ne savent plus si elles sont d’astres ou de mers.
Le Sud est un ciel, un désert, l’aura de la chaleur des corps, une croix rouge sur la carte du trésor.
Le Sud est une borne et un aimant. Le Sud est rouge comme la cape du matador, et nous sommes tous des taureaux, nous nous jetons à sa tête, nous sortons du cadre, nous changeons de gravité. Le Sud nous aveugle et il est trop tard.

dimanche 18 novembre 2007

LES PORTES (7) : PORTE DE LA CHAMBRE DE BELLE


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Qu’attend Belle, dans sa chambre ? Quel secret dissimule sa porte ?
Les lèvres closes, un doigt posé sur la bouche, un sourire.
On pourrait croire que Belle est une oie blanche, un bas-bleu, une enfant sage aux yeux couleur de ciel, couleur de porte, couleur des rideaux, ciel de lit.
Mais non : Belle sait. Son bleu est vérité.
Belle sait. La réalité du monde se reflète dans ses yeux.

samedi 17 novembre 2007

LES PORTES (6) : PORTE DES RÊVES


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Tout le monde passe cette porte-là. Elle a les couleurs drapées de la nuit, bleue et violette comme un baldaquin, nacrée comme la lune. Le sable sombre du marchand bien-aimé en recouvre le seuil.
Elle est froide, bien froide. Elle luit doucement dans nos angoisses.
C’est l’ancre lointaine où s’accrochent nos havres. Nous la passons tous et nous n’en finissons pas de la rêver, de deviner qu’il en existe une plus grande et plus vraie, un grand portail de corne et d’ivoire, gardé par des chimères, et que s’il nous était donné de le passer, alors tout serait possible.

vendredi 16 novembre 2007

LES PORTES (5) : PORTE DES ÉTANGS


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

C’est quand il pleut que la porte apparaît. Pas chaque fois. Elle apparaît seulement quand la pluie est douce et la brume légère, quand il reste assez de lumière pour se refléter dans les eaux, juste assez pour que les troncs s’estompent et les couleurs se mêlent.
C’est alors qu’elle apparaît, la porte d’eau, le rideau de pluie sur l’étang, le chuchotement des clairières.
C’est alors seulement qu’elle s’ouvre et que vous pouvez voir à travers la vérité des arcs-en-ciel, que vous pouvez si vous êtes chanceux marcher sur l’eau, d’un étang à tous les étangs du monde, à toutes les clairières aquarelles et toutes les eaux qui dorment en ce monde — et peut-être vous éveiller au fond du Lac de la Fée, en Brocéliande — et peut-être, plus loin encore, au fond d’une estampe, au Japon.

jeudi 15 novembre 2007

LES PORTES (4) : PORTE DE LA FORÊT PROFONDE


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Sait-on ce qui se passe dans les forêts ? Ce qui s’y passe vraiment, quand il n’y a plus personne pour entendre ses cris.
Sait-on ce qui se passe dans les forêts quand elles chassent les hommes ? Ont-elles encore des cabanes bâties entre leurs branches quand les enfants se sont tus ? Abritent-elles de grands monstres maladroits aux grosses têtes, aux pattes frêles ?
Est-ce qu’elles existent, ces forêts ? Est-ce qu’il n’y a pas toujours un train qui les traverse, une locomotive rouge qui pose ses propres rails sur les feuilles mortes ? N’y a-t-il pas, pour chaque forêt profonde, un incendie et un dragon ?

mercredi 14 novembre 2007

LES PORTES (3) : PORTE DE L'INITIATION


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Il y a les portes qu’on pousse et il y a celles qu’on déchiffre. Il y a des portes qui ne s’ouvrent que dans un sens et il y a celles qui ont tellement de sens qu’on ne sait pas lequel ouvrir.
Il suffit pour cela que la porte soit en bois et qu’on en distingue les nœuds et l’écorce. Tout de suite on ne sait plus ce qui est planche ou tronc, ou si le bois est forêt.
Il suffit pour cela qu’on ouvre dans la porte le cœur d’une fenêtre. Tout de suite on ne sait plus où il convient de se glisser, ce qu’il faut enjamber, si le regard suffit.
Peut-être suffit-il, le clin d’œil du triangle annonçant la dernière réponse.

mardi 13 novembre 2007

LES PORTES (2) : PORTE DU SORCIER


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Je connais cet homme-là dont la lumière se glisse entre les mondes.
Je le connais. Nous le portons en nous. Il éclate au cœur de chaque pourpre, il est blanc comme la jeunesse, blanc comme la folie, blanc comme l’oubli.
Je ne l’ai pas oublié. Il est tissé de nos musiques, enveloppé de nos astres, et tramé de magie. Il a surgi d’un incendie. Son feu n’a rien de destructeur.
Il se tient, joueur, au début de tous nos chemins. Le monde s’ouvre pour lui. Il nous précède, tenant haut la lanterne de son œuvre, et s’enfonce dans les profondeurs.

lundi 12 novembre 2007

LES PORTES (1) : PORTE AU LOQUET


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

C’est un cahier d’écolier. Un journal intime auquel une fillette a bricolé un cadenas. Un cartable sanglé à travers lequel on reconnaît la couverture d’un livre et le chocolat du goûter.

Bien rangé, coins carrés, avec juste une tache de peinture, forcément bleue.

Parce que tout commence par une porte d’enfance et quelques planches de bois clouées. Tout commence par une porte fermée et un loquet. Surtout pas de serrure. Pas encore de clef. Juste un loquet, si facile à soulever, si tentant à pousser.

mercredi 31 octobre 2007

UNE PAGE DE PUBLICITÉ

Pour détendre l'atmosphère.
Pour rendre hommage au talent et à l'inventivité.
Pour partager mes découvertes : c'est à ça aussi que sert un blog.

Si vous habitez Marseille ou la région, vous pouvez désormais lire, "tous les quatre jeudis", le mensuel culturel Zibeline, qui parle de toute la culture locale, théâtre, danse, musiques, livres, conférences, sciences, éducation, avec un esprit critique sans snobisme ni complaisance. Sans raccourcis, non plus : Zibeline est épais, ses articles longs et fouillés.
Et peut-être le plus important : Zibeline est gratuit.
Salutaire. Peut-être même indispensable.
Je rêve d'un Zibeline dans chaque grande ville. S'il y a parmi les passants de ce blog des volontaires pour lancer l'équivalent en région genevoise, je suis prête à participer, avec enthousiasme.

Où que vous habitiez, vous pouvez goûter aux merveilles de Quai Sud. C'est inventif et délicieux, de vrais régals d'automne, colorés, épicés. Chauds. Des cafés, des cacaos, des thés, et sans doute les meilleures infusions du monde. Nous recommandons particulièrement "Cranberries Twist" et "Pomme Cosy", en infusions. Les cacaos à la cannelle ou à la poire, préparés à l'ancienne, éclaireraient les pires grisailles.

Et puis Noël approche. Dans un marché d'avant Noël, le marché féerique de Bourg-en-Bresse, nous avons découvert de talentueux artisans. J'ai un faible pour les artisans, un faible de fausse intellectuelle qui s'émerveille de ce que les mains peuvent créer, de la beauté qui jaillit de la glaise, du métal, du cuir, des tissus.
A ce marché se trouvait une amie chère et fée, dont les doigts voltigent sur les tissus et dont les mots savent restituer cette magie. Son blog, le Carton à Chapeau, est depuis longtemps dans les liens de ce blog. Voici celui de son site professionnel, De Cape et d'Aiguille
Il y avait une autre Dame, une autre Fée, qui a jugé un jour que les bijoux pouvaient être autre chose que bagues et colliers, boucles et bracelets. Ses bijoux ornent vos cheveux, enlacent le lobe de vos oreilles : Atelier Elemiah Delecto

Délectez vous.
Lisez, découvrez, critiquez, sortez, écoutez. Goûtez. Soyez beaux.

Admirez.
C'est, de la publicité, ma fonction préférée.

samedi 19 novembre 2005

MUSIQUE

Parce que de tous les arts le plus immatériel. Parce que donc la jumelle inversée de la sculpture, et une fascination aussi grande, plus grande peut-être, plus ancienne aussi.
Parce que le plus immatériel et donc le plus magique. Parce que l'abstraction du chiffre et le frisson de l'onde. Parce qu'invisible.
Parce que la musique des sphères, le ballet des astres, l'écho des étoiles.
Parce que l'harmonie, parce que le rêve d'équilibre, parce que la proportion divine.
Parce que le don d'ubiquité, parce que le voyage à la vitesse du son.
Parce que mot, résonance, voix, corde, souffle.
Parce que secret, parce que crypté, parce qu'une autre langue.
Parce qu'union des contraires, parce qu'esprit et cœur, intellect et intuition, homme et cosmos.
Parce qu'une lecture et une parole.
Parce que magique. Simple et immense.

Je ne suis pas musicienne. Je suis écrivain.
Alors je triche.

Je triche: Morgana fait des notes blanches et noires du piano un héritage, un fil, un amour, un deuil, un espoir. Héloïse y déchiffre le monde, y crée une harmonie parallèle et inaccessible. Aoifa a une voix pour chanter et révéler le secret obscur de l'amour. Pour Chimène je chante en espagnol, pour Yukiko en japonais, pour Eldawen en gaélique ou en elfique, la musique abolit les frontières.
Je triche, je quête et recueille en toutes terres les airs qui me ressemblent, qui font écho à mes folies, qui sont comme la toile impressionniste de mes plagiats.
Je triche, je contourne, comme si la musique avait un contour, comme si elle n'était pas cette présence absolue sur laquelle nul ne peut poser le doigt. J'écris ses échos, je la laisse cheminer en moi et se figer en d'autres rythmes qui sont mes phrases, de Voyage de Noz en Requiem du Feu. Comme si la musique avait un reflet.
Je triche, je pousse plus loin la folie, je raconte les airs que je ne puis écrire, j'en ai déformé tant, composé tant, décomposé tant, les thèmes du Non-Requiem à Corwin, les expériences dodécaphoniques de la Musique des Dimensions, la BO intégrale des Giovanni Symphonies.


Et puis j'écoute.
It's a fine line, isn't it, Paul ?
So fine a line, so long the way, between chaos and creation.

Le site non-officiel de Noz (ci-devant Voyage de Noz)


Le site du projet Flamma, le Requiem du Feu

dimanche 13 novembre 2005

GOLDSWORTHY

Son nom le dit: il vaut de l'or, et mieux que de l'or.

Ses mains sont sales, ses ongles cassés. J'aime qu'il en soit ainsi: la nature, il la prend à pleines mains. Il délaisse les outils, se sert de ses doigts pour malaxer, de ses dents pour sectionner, de la nature pour bâtir.

Mieux que de l'or, plus ancien, plus fragile, plus essentiel, plus vivant. La terre qui résonne, les pierres qui parlent, le bois qui ouvre, les feuilles qui glissent, l'eau qui tournoie, le vent qui dessine, la couleur qui tranche, la laine des moutons d'Ecosse qui marque le territoire.

Il chemine, de l'aube au couchant, il suit le cours de la lumière, le rythme de la marée, les méandres des murs, les détours des fleuves, le lacis des racines. Des quatre dimensions il n'en néglige aucune : il est peintre des murs, architecte des portes, artiste du temps.

Il commence et il finit. Il croule et il rebâtit. Il jette sur l'onde des serpents de feuilles. Il suit les flux. Il descend aux racines. Il laisse l'oeuvre affleurer sous un craquellement d'argile. Il creuse le printemps sous la neige. Il laisse la mer le recouvrir.

Mieux que de l'or.
Les règnes s'emmêlent. Le cairn est graine, oeuf, pomme de pin. Le tourbillon de bois et le tourbillon d'eau se reflètent et se rejoignent. Le sang des pierres inonde les rivières. Les feuilles se tordent comme des animaux. Les trous noirs descendent des étoiles aux racines des arbres. Les portes aériennes frémissent doucement dans les brindilles, aux cimes.

Il s'appelle Andy Goldsworthy et il vaut beaucoup mieux que de l'or.