Je ne sais pourquoi, je viens soudain de me trouver poursuivie par le mot :
ÉBATS
Il m'obsède, me pourchasse, m'enchante, je ne m'en défais pas.
Pour exorciser cette possession, je décide de le considérer d'un sage point de vue linguistique... argh, linguistique est un mauvais mot... d'un sage point de vue lexical, et pars en chasse dans les dictionnaires.
Le Robert est décevant :
ÉBATS : Jeux, mouvements d'un être qui s'ébat. "Des ébats de cygnes dans les claires eaux des viviers" (Hugo).
J'aime Hugo, mais je n'aime pas les cygnes.
J'aime le mot de "jeux", qui en effet fait une partie du charme de "ébats"... mais ne suffit pas.
Le Dictionnaire des Synonymes est plus fertile :
ÉBAT et ÉBATTEMENT (au pl.) : amusement (mais oui), délassement (d'une certaine façon... ou bien délacement ? Un corset...), distraction, divertissement, jeu, mouvement (certes les mouvements sont importants aussi), passe-temps (oh que non !), récréation (celui-ci m'amuse, c'est le nom du fichier de mon texte sur l'Opéra...), sport (de loin le plus alléchant), voir PLAISIR (ah, tout de même !) et par extension, CARESSE.
Contraire : REPOS.
Bannissons donc le repos.
Et un synonyme qualifié de "littéraire", un mot que je n'avais jamais entendu : oaristys.
Oaristys ??
Je m'en retourne consulter le Robert.
OARISTYS : fin XVIIIe (Liaisons Dangereuses ?), mot grec. Idylle, ébats amoureux. "Ah ! les oaristys ! les premières maîtresses !" (Verlaine).
Verlaine est plus explicite qu'Hugo. Quoique à y réfléchir... les cygnes... Léda et Zeus...
Mais le Dictionnaire des Synonymes proposait des renvois suggestifs, et je ne voudrais pas bouder mon...
PLAISIR : agrément, aise (j'aime bien "soupirer d'aise", nous le faisons souvent), amusement (décidément...), béatitude (notre état le plus fréquent quand nous sommes ensemble, remarquons que BÉATS et ÉBATS sont des anagrammes révélateurs...), bien-être, blandices (blandices ! damnation ! encore un mot que j'ignore !), bonheur, charme (qui est magique, n'oublions pas), complaisance (me veux-tu complaisante ? pas toujours, j'imagine), contentement, délectation (ah ! j'aime délectation et toutes les... saveurs qu'il évoque), délices (aussi...), distraction, divertissement, ébats (et la boucle est bouclée), épicurisme, euphorie, félicité, gaieté, hédonisme, jeu, joie, jouissance (ce tryptique en J est admirable...), oaristys, passe-temps, récréation, régal (la racine me frappe soudain : le plaisir serait-il un repas de Rois ?), réjouissance, satisfaction, voir... VOLUPTÉ. Argh. Les mots sont un jeu sans fin.
Assouvissement, concupiscence, lascivité, libido, luxure, orgasme, sensualité (ceux-là sont plus explicites, et ne me déplaisent pas... J'aimerais bien, Amour, que ma *** *** ta ***…)
Je découvre un mot vieilli : Conjouissance... dont je devine le sens.
Bien...
Que nous ajoute donc VOLUPTÉ ?
(j'aime bien "volupté" d'ailleurs... je trouve ses sonorités... voluptueuses)
Peu de mots, sinon quelques termes anciens que j'ignorais : le délectable "chaffriolement", qui m'évoque quantité de ronronnements... et le mystérieux "donoiement".
Le Robert les ignore.
Par contre, je trouve :
BLANDICES : Ce qui flatte, séduit. "Toutes les blandices des sens et toutes les jouissances de l'âme" (Chateaubriand)
Cher René. Je signe. Ce programme me sied.
Damnation ! Le Littré aussi écarte (d'accord, j'ai choisi à dessein le verbe écarter…) "chaffriolement" et "donoiement".
Ah ! Le dictionnaire des "Mots sauvages" m'éclaire.
J'aime que "donoiement" soit un mot sauvage.
Anc. français. Désignait le plaisir procuré par une femme qui s'abandonne à son amant et par extension le plaisir. "Déjà ses lèvres au donoiement de bouche ont crépité." Tailhade.
"Chaffriolant" est aussi un mot sauvage, forcément.
Chaffriolons donc, et soyons sauvages.
Jeu, Joie et Jouissance.
Cela sonne comme une devise.
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vendredi 27 octobre 2006
samedi 3 septembre 2005
ET PLUS SI AFFINITES...
Et tous les autres…
Pleurer de lourdes larmes d’adolescente sur la mort d’Eric Jansen, le jour de ses 18 ans, et découvrir le poids de l’irréversible;
Sur le pont d’un navire, la nuit, chercher vainement la trace d’un fantôme bien-aimé, et m’abandonner aux baisers savants de Caine, à l’habileté de ses mains brunes, sans jamais lui faire confiance;
Voir la ville de Palanthas à l’envers, du sommet de la Tour de Haute Sorcellerie, et révéler mes propres ténèbres avec mon désir pour un elfe noir;
Atteindre à la fusion des esprits et des corps que permet le laran et tout partager avec Regis Hastur, devoir et amour, et nous donner la force de changer Ténébreuse au lever du soleil sanglant;
Dans la plus haute tour d’une cité recréée de l’oubli, danser dans les doigts musiciens d’Alessan et boire à ses lèvres le vin bleu;
Goûter à l’inventivité de Violette Baudelaire et nouer son ruban aux endroits les plus inattendus, avant la prochaine catastrophe;
Croiser Corto dans une rue de Venise, sur une plage d’Irlande, et parler doucement des histoires qui ne seront pas;
Me laisser emporter aux bras rugissants de Lestat, aux éclats de son rire, aux triomphes de son feu, et oublier pour une nuit qu’il me ressemble comme un frère;
Tirer Padmé de ses cauchemars, et glisser sans y penser de l’amitié à l’étreinte dans les douces boucles de ses cheveux;
Dans la fulgurance d’une seconde ou d’une vie, comprendre qu’Heylel est l’absolu d’amour que je cherche, le voir me reconnaître aussi, et être forcée de le sacrifier au monde;
Dans l’eau des Caraïbes ou d’une planète exotique, me laisser convaincre par Isa et Cyann que la beauté et la force sont femmes, du moins jusqu’à nos prochaines aventures;
En Fionavar me souvenir de la blonde audace de Diarmaid, épouser le sombre et droit Ailéron, et quitter le monde des hommes au côté d’un loup argenté revenu dans la Lumière;
Etre plus proche de Remus que d’un frère, que d’un amant, que d’un époux, et ne jamais le dire, ne jamais aller jusqu’au baiser, irrémédiablement séparés par le fantôme chéri entre nous;
Traverser la nuit sur les ailes dorées d’un dragon, et trouver le repos ardent et la douce torture entre les bras du seigneur de Ruatha;
Désirs réprimés, affrontements, interdits, sublimations: être l’élève et la nièce de Luke Skywalker et changer en triangle son lien avec la redoutable Mara Jade;
En un siècle d'intrigue et d'honneur, tout faire pour mériter l'amour et le respect d'Athos, sans pouvoir m'empêcher de désirer Aramis;
Quand la guerre est la seule fin possible, ouvrir ma couche aux caresses subtiles d’Ammar et à la tendresse virile de Rodrigo, et me souvenir qu’il n’est pas mal pour une femme d’aimer deux hommes — ni quarante.
Et d’autres, d’autres.
Aussi une promesse et un silence: celui que j’ai promis d’écrire puisque tu me fais cette grâce, breda — celui que j’ai écrit déjà et qu’il me faut taire, ici.
Mes très aimés.
(Eric Jansen ©Serge Dalens, Le Prince Eric ; Caine ©Roger Zelazny, le Cycle d’Ambre ; Dalamar ©Weis & Hickman, Dragonlance ; Regis Hastur ©Marion Zimmer Bradley, Ténébreuse ; Alessan ©Guy Gavriel Kay, Tigane ; Violette Baudelaire ©Lemony Snicket, Les Désastreuses Aventures… ; Corto Maltese ©Hugo Pratt ; Lestat ©Anne Rice, Chroniques des Vampires ; Padmé Amidala, Luke Skywalker et Mara Jade ©Star Wars ; Heylel Téomin Thoabath ©Mage l’Ascension ; Isa et Cyann ©François Bourgeon ; Diarmaid, Ailéron et Galadan ©Guy Gavriel Kay, La Tapisserie de Fionavar ; Remus Lupin ©J.K. Rowling, Harry Potter ; Alessan de Ruatha ©Anne McCaffrey, Pern ; Athos et Aramis ©Alexandre Dumas, le cycle des Mousquetaires ; Ammar et Rodrigo ©Guy Gavriel Kay, Les Lions d’Al-Rassan)
Pleurer de lourdes larmes d’adolescente sur la mort d’Eric Jansen, le jour de ses 18 ans, et découvrir le poids de l’irréversible;
Sur le pont d’un navire, la nuit, chercher vainement la trace d’un fantôme bien-aimé, et m’abandonner aux baisers savants de Caine, à l’habileté de ses mains brunes, sans jamais lui faire confiance;
Voir la ville de Palanthas à l’envers, du sommet de la Tour de Haute Sorcellerie, et révéler mes propres ténèbres avec mon désir pour un elfe noir;
Atteindre à la fusion des esprits et des corps que permet le laran et tout partager avec Regis Hastur, devoir et amour, et nous donner la force de changer Ténébreuse au lever du soleil sanglant;
Dans la plus haute tour d’une cité recréée de l’oubli, danser dans les doigts musiciens d’Alessan et boire à ses lèvres le vin bleu;
Goûter à l’inventivité de Violette Baudelaire et nouer son ruban aux endroits les plus inattendus, avant la prochaine catastrophe;
Croiser Corto dans une rue de Venise, sur une plage d’Irlande, et parler doucement des histoires qui ne seront pas;
Me laisser emporter aux bras rugissants de Lestat, aux éclats de son rire, aux triomphes de son feu, et oublier pour une nuit qu’il me ressemble comme un frère;
Tirer Padmé de ses cauchemars, et glisser sans y penser de l’amitié à l’étreinte dans les douces boucles de ses cheveux;
Dans la fulgurance d’une seconde ou d’une vie, comprendre qu’Heylel est l’absolu d’amour que je cherche, le voir me reconnaître aussi, et être forcée de le sacrifier au monde;
Dans l’eau des Caraïbes ou d’une planète exotique, me laisser convaincre par Isa et Cyann que la beauté et la force sont femmes, du moins jusqu’à nos prochaines aventures;
En Fionavar me souvenir de la blonde audace de Diarmaid, épouser le sombre et droit Ailéron, et quitter le monde des hommes au côté d’un loup argenté revenu dans la Lumière;
Etre plus proche de Remus que d’un frère, que d’un amant, que d’un époux, et ne jamais le dire, ne jamais aller jusqu’au baiser, irrémédiablement séparés par le fantôme chéri entre nous;
Traverser la nuit sur les ailes dorées d’un dragon, et trouver le repos ardent et la douce torture entre les bras du seigneur de Ruatha;
Désirs réprimés, affrontements, interdits, sublimations: être l’élève et la nièce de Luke Skywalker et changer en triangle son lien avec la redoutable Mara Jade;
En un siècle d'intrigue et d'honneur, tout faire pour mériter l'amour et le respect d'Athos, sans pouvoir m'empêcher de désirer Aramis;
Quand la guerre est la seule fin possible, ouvrir ma couche aux caresses subtiles d’Ammar et à la tendresse virile de Rodrigo, et me souvenir qu’il n’est pas mal pour une femme d’aimer deux hommes — ni quarante.
Et d’autres, d’autres.
Aussi une promesse et un silence: celui que j’ai promis d’écrire puisque tu me fais cette grâce, breda — celui que j’ai écrit déjà et qu’il me faut taire, ici.
Mes très aimés.
(Eric Jansen ©Serge Dalens, Le Prince Eric ; Caine ©Roger Zelazny, le Cycle d’Ambre ; Dalamar ©Weis & Hickman, Dragonlance ; Regis Hastur ©Marion Zimmer Bradley, Ténébreuse ; Alessan ©Guy Gavriel Kay, Tigane ; Violette Baudelaire ©Lemony Snicket, Les Désastreuses Aventures… ; Corto Maltese ©Hugo Pratt ; Lestat ©Anne Rice, Chroniques des Vampires ; Padmé Amidala, Luke Skywalker et Mara Jade ©Star Wars ; Heylel Téomin Thoabath ©Mage l’Ascension ; Isa et Cyann ©François Bourgeon ; Diarmaid, Ailéron et Galadan ©Guy Gavriel Kay, La Tapisserie de Fionavar ; Remus Lupin ©J.K. Rowling, Harry Potter ; Alessan de Ruatha ©Anne McCaffrey, Pern ; Athos et Aramis ©Alexandre Dumas, le cycle des Mousquetaires ; Ammar et Rodrigo ©Guy Gavriel Kay, Les Lions d’Al-Rassan)
10 PERSONNAGES... (10)
Sans doute dirai-je demain un mot des autres, mais la règle du jeu s'achève avec celui-ci...
Va au diable. Quoi qu’ils disent, toi seul éveilles ma colère. Tu l’as toujours fait, colère et tendresse, à parts égales. Va-t-en. N’essaie pas de te faire pardonner. C’est foutu, classé. Tu occupes le corps d’un gamin surpuissant et menteur. Fini. Ne tape pas à cette porte. Va au diable.
Mais tu entres et tout change. Tu n’es plus un enfant, soudain. Ni l’homme vieillissant que j’ai connu. J’ignore ce que tu es: toi au sommet de ta force, toi sous la forme qui change tout, que je peux désirer. Et il n’y a qu’une explication à cela, mais je n’ai pas le temps de la formuler, de la penser, tes bras autour de moi, tes caresses, mes réponses, ce miracle répété —mon corps qui réapprend, s’enroule au tien, le lien retissé— ma colère renaît, flamboie, mais tu la saisis, l’infléchis, une chaleur nouvelle, une passion nouvelle, assez pour que nos vêtements tombent en cendres, assez pour que je voie rouge, rien que ton corps sur ma rétine, assez pour sécher mes larmes rageuses et tremper tout le reste, projeter notre étreinte devant l’âtre, éteindre et remplacer le feu, sentir ta brûlure en moi, mes doigts sur tes faiblesses, crier ton nom retrouvé, m’ouvrir, nous ouvrir, ne plus savoir où est le sol, et sombrer enfin dans mon propre abîme, soustrait à l’espace et au temps.
Ils renaissent, gravité de l’espace, ton corps, aube du temps, froid sur ma peau —et tu es toujours celui-là, ce nom, ce lien, cet homme— je peux le dire enfin, ma langue à ton oreille. Voici la dixième Sphère.
Porthos Fitz Empress
(Mage l'Ascension™)
Va au diable. Quoi qu’ils disent, toi seul éveilles ma colère. Tu l’as toujours fait, colère et tendresse, à parts égales. Va-t-en. N’essaie pas de te faire pardonner. C’est foutu, classé. Tu occupes le corps d’un gamin surpuissant et menteur. Fini. Ne tape pas à cette porte. Va au diable.
Mais tu entres et tout change. Tu n’es plus un enfant, soudain. Ni l’homme vieillissant que j’ai connu. J’ignore ce que tu es: toi au sommet de ta force, toi sous la forme qui change tout, que je peux désirer. Et il n’y a qu’une explication à cela, mais je n’ai pas le temps de la formuler, de la penser, tes bras autour de moi, tes caresses, mes réponses, ce miracle répété —mon corps qui réapprend, s’enroule au tien, le lien retissé— ma colère renaît, flamboie, mais tu la saisis, l’infléchis, une chaleur nouvelle, une passion nouvelle, assez pour que nos vêtements tombent en cendres, assez pour que je voie rouge, rien que ton corps sur ma rétine, assez pour sécher mes larmes rageuses et tremper tout le reste, projeter notre étreinte devant l’âtre, éteindre et remplacer le feu, sentir ta brûlure en moi, mes doigts sur tes faiblesses, crier ton nom retrouvé, m’ouvrir, nous ouvrir, ne plus savoir où est le sol, et sombrer enfin dans mon propre abîme, soustrait à l’espace et au temps.
Ils renaissent, gravité de l’espace, ton corps, aube du temps, froid sur ma peau —et tu es toujours celui-là, ce nom, ce lien, cet homme— je peux le dire enfin, ma langue à ton oreille. Voici la dixième Sphère.
Porthos Fitz Empress
(Mage l'Ascension™)
vendredi 2 septembre 2005
10 PERSONNAGES... (9)
Ou comment faire mine d'oublier la rentrée.
Pour ceux qui voudraient lire la version intégrale de ce texte, qu'ils n'hésitent pas à me la demander.
Au creux de la nuit, l’heure des possibles, les fêtes basculent, les gestes dérapent, le risque est le plus grand. Du jardin, exil volontaire, je reconnais son pas. Une épreuve que je n’ai pas envie d’affronter.
— Moi aussi j’avais du mal au début, dit-il. A en sortir, à revenir au monde, et pire, aux mondanités.
Maudit soit le destin pour avoir mis cette âme grave et subtile dans ce corps trop séduisant, et l’avoir placé sur mon chemin.
— Je m’emportais contre l’aveuglement de mes proches. J’allais bouder dans un coin, comme toi.
— Je ne boude pas.
— D’accord: tu t’éloignes et nous observes sans concession. Mais ça passera. Tu as l’instinct de la comédie, humaine ou pas.
— Un compliment à double tranchant.
— Non. Un don que je n’ai pas et que j’envie. Tu renvoies au monde un miroir amusé, tu n’es pas dupe d’un milieu. Le don de Lizzy Bennet.
Et je sais qu’il va poursuivre, comme une part de moi le désire.
— … pas celui de Darcy.
Jamais il n’était allé si loin. En me donnant ce nom d’emblée il a structuré notre relation. Mais jamais il n’avait formulé le reste: s’il me voit en Elizabeth Bennet, c’est que lui se voit en Darcy.
Si je lève les yeux vers lui et dis son nom, il m’embrassera, quoi qu’il puisse arriver. Il m’embrassera. Je ne le fais pas.
Si je dis C’est aussi le don d’Helen ou Darcy n’était pas marié, je le renverrai à ses devoirs, ce sera la fin. Mais je ne le fais pas.
Moment enfui. Et pour un instant j’ai désespérément envie de lui, je suis désespérément amoureuse de lui.
Thomas Lynley
(Elizabeth George, les enquêtes de Lynley et Havers)
Pour ceux qui voudraient lire la version intégrale de ce texte, qu'ils n'hésitent pas à me la demander.
Au creux de la nuit, l’heure des possibles, les fêtes basculent, les gestes dérapent, le risque est le plus grand. Du jardin, exil volontaire, je reconnais son pas. Une épreuve que je n’ai pas envie d’affronter.
— Moi aussi j’avais du mal au début, dit-il. A en sortir, à revenir au monde, et pire, aux mondanités.
Maudit soit le destin pour avoir mis cette âme grave et subtile dans ce corps trop séduisant, et l’avoir placé sur mon chemin.
— Je m’emportais contre l’aveuglement de mes proches. J’allais bouder dans un coin, comme toi.
— Je ne boude pas.
— D’accord: tu t’éloignes et nous observes sans concession. Mais ça passera. Tu as l’instinct de la comédie, humaine ou pas.
— Un compliment à double tranchant.
— Non. Un don que je n’ai pas et que j’envie. Tu renvoies au monde un miroir amusé, tu n’es pas dupe d’un milieu. Le don de Lizzy Bennet.
Et je sais qu’il va poursuivre, comme une part de moi le désire.
— … pas celui de Darcy.
Jamais il n’était allé si loin. En me donnant ce nom d’emblée il a structuré notre relation. Mais jamais il n’avait formulé le reste: s’il me voit en Elizabeth Bennet, c’est que lui se voit en Darcy.
Si je lève les yeux vers lui et dis son nom, il m’embrassera, quoi qu’il puisse arriver. Il m’embrassera. Je ne le fais pas.
Si je dis C’est aussi le don d’Helen ou Darcy n’était pas marié, je le renverrai à ses devoirs, ce sera la fin. Mais je ne le fais pas.
Moment enfui. Et pour un instant j’ai désespérément envie de lui, je suis désespérément amoureuse de lui.
Thomas Lynley
(Elizabeth George, les enquêtes de Lynley et Havers)
lundi 29 août 2005
S’aimer dans le noir. Me faufiler dans les ténèbres de son cachot, le réchauffer à ma folie, mon corps en rempart contre le froid suintant du désespoir. Ou nous apprivoiser doucement dans la nuit à ses couleurs, au plus profond de la Forêt Interdite. Ou nous enlacer dans l’urgence à l’angle d’un couloir, dans la maison de sa mère, et profaner chaque pièce de nos étreintes. S’aimer sans savoir si l’aube se lèvera, si les prisons s’ouvriront, si nous serons vivants demain.
Décliner nos premiers baisers. Le sentir dans un rêve effleurer d’audace mes lèvres d’enfant, me battre pour qu’il saute le pas dans le dédale de ses craintes, voir tomber nos barrières et sa bouche écraser enfin nos différences, caresser son corps amaigri, aimer sa beauté enfuie, et lui jurer que c’est mieux ainsi, que je n’aurais pas aimé le bel adolescent arrogant d’autrefois.
Et mentir, car je sais trop que je l’aurais désiré aussi, aimé aussi. Revenir en arrière, élargir le temps et goûter ces plaisirs-là, rivaliser, se refuser jusqu’à n’en plus pouvoir, s’abandonner à cette fausse nonchalance, à cette ombre sauvage rôdant derrière son sourire, regarder la nuit ensemble et savoir qu’il sera toujours ma plus brillante étoile.
Etreindre son fantôme. Danser dans mes larmes, chanter sa perte non moins déchirante d’être prévue, fermer mes bras sur son absence, attendant l’heure où je pourrai entreprendre le long voyage dans les brumes pour le rejoindre, de l’autre côté des voiles du monde. Lui demander pardon.
Sirius Black
(J.K. Rowling, Harry Potter)
Décliner nos premiers baisers. Le sentir dans un rêve effleurer d’audace mes lèvres d’enfant, me battre pour qu’il saute le pas dans le dédale de ses craintes, voir tomber nos barrières et sa bouche écraser enfin nos différences, caresser son corps amaigri, aimer sa beauté enfuie, et lui jurer que c’est mieux ainsi, que je n’aurais pas aimé le bel adolescent arrogant d’autrefois.
Et mentir, car je sais trop que je l’aurais désiré aussi, aimé aussi. Revenir en arrière, élargir le temps et goûter ces plaisirs-là, rivaliser, se refuser jusqu’à n’en plus pouvoir, s’abandonner à cette fausse nonchalance, à cette ombre sauvage rôdant derrière son sourire, regarder la nuit ensemble et savoir qu’il sera toujours ma plus brillante étoile.
Etreindre son fantôme. Danser dans mes larmes, chanter sa perte non moins déchirante d’être prévue, fermer mes bras sur son absence, attendant l’heure où je pourrai entreprendre le long voyage dans les brumes pour le rejoindre, de l’autre côté des voiles du monde. Lui demander pardon.
Sirius Black
(J.K. Rowling, Harry Potter)
jeudi 25 août 2005
10 PERSONNAGES... (4)
Encore un très vieux souvenir, exhumer un texte vieux de onze ans. C'est une (autre) des retombées positives de ce défi, retrouver de vieux amis (de vieux amants ?)
— J'ai faim.
Il ouvre son manteau, dégage le col de sa chemise, m'attire à lui.
— Bois.
— Ici ? Sur le pont ?
Son sang. Un fluide embrasé qui se répand en moi, veine par veine, trop lentement. Frais et brûlant, infiniment riche, tramé par les siècles, et si pur qu'il pourrait s'évaporer dans ma gorge. Son sang, l’extase toujours renouvelée, les mondes s'étendant devant moi… Son sang incandescent se propageant éblouissant éclatant — irradiant dans mon corps. Plus lentement maintenant, pulsant doucement… Le yacht a levé l'ancre et je vois les lumières de Miami s'éloigner à travers ses cheveux.
— Crois-tu qu'il y ait des requins ? Et puis s'attaqueraient-ils à moi ? Je pourrais plonger du bateau…
Il me dévisage comme si j'étais folle et reporte son regard sur les flots. A travers ses yeux, j'y vois maintenant des abîmes insondables et ténébreux, peuplés de créatures pâles et luisantes, aux flancs écailleux, s'enfonçant sans fin dans les profondeurs, sombrant, sans jamais toucher de fond… Il regarde la mer, le ciel, et je lis la peur dans son esprit.
— Qu'est-ce qui t'effraie ?
Il formule la réponse mentalement, sans desserrer les lèvres. Ou je la lui dérobe:
La mort.
Je le prends dans mes bras: il est froid et raide.
… Immortel infiniment plus sage, infiniment plus fragile que moi — adolescent divin fasciné et terrifié par la mort — immortel au visage radieux dont nous sommes presque tous éperdument épris… L'éclair de lucidité m'abandonne très vite. Je t'aime. Surtout ne va pas mourir.
Armand
(Anne Rice, Chroniques des Vampires)
— J'ai faim.
Il ouvre son manteau, dégage le col de sa chemise, m'attire à lui.
— Bois.
— Ici ? Sur le pont ?
Son sang. Un fluide embrasé qui se répand en moi, veine par veine, trop lentement. Frais et brûlant, infiniment riche, tramé par les siècles, et si pur qu'il pourrait s'évaporer dans ma gorge. Son sang, l’extase toujours renouvelée, les mondes s'étendant devant moi… Son sang incandescent se propageant éblouissant éclatant — irradiant dans mon corps. Plus lentement maintenant, pulsant doucement… Le yacht a levé l'ancre et je vois les lumières de Miami s'éloigner à travers ses cheveux.
— Crois-tu qu'il y ait des requins ? Et puis s'attaqueraient-ils à moi ? Je pourrais plonger du bateau…
Il me dévisage comme si j'étais folle et reporte son regard sur les flots. A travers ses yeux, j'y vois maintenant des abîmes insondables et ténébreux, peuplés de créatures pâles et luisantes, aux flancs écailleux, s'enfonçant sans fin dans les profondeurs, sombrant, sans jamais toucher de fond… Il regarde la mer, le ciel, et je lis la peur dans son esprit.
— Qu'est-ce qui t'effraie ?
Il formule la réponse mentalement, sans desserrer les lèvres. Ou je la lui dérobe:
La mort.
Je le prends dans mes bras: il est froid et raide.
… Immortel infiniment plus sage, infiniment plus fragile que moi — adolescent divin fasciné et terrifié par la mort — immortel au visage radieux dont nous sommes presque tous éperdument épris… L'éclair de lucidité m'abandonne très vite. Je t'aime. Surtout ne va pas mourir.
Armand
(Anne Rice, Chroniques des Vampires)
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