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dimanche 31 août 2014

Bonheur

Demain, je retourne travailler. Bien sûr, j'ai travaillé aussi ces derniers mois, à la maison, chaque fois que je le pouvais, chaque fois que les enfants dormaient (pour Beau-Dodu: peu) ou qu'une grand-mère les emmenait en promenade.
Mais demain, c'est la rentrée, la vraie, avec des élèves, des cours à assurer, des copies à corriger, un emploi du temps.
Je n'en suis pas triste.
De même que ces mois de congé parental n'ont pas été de tout repos, comme chaque jeune parent le sait.
Pourtant, étrangement, ce furent des mois de grand bonheur.

Ne vous scandalisez pas que ce soit étrange.
Si on m'avait demandé ce qu'était le bonheur, il y a quelques années, ce n'est sûrement pas ce que j'aurais décrit. J'aurais parlé de lectures et d'écriture, de créations en tous genres, de voyages, de passion, de jeux.
Et sûrement pas de couches à changer, de réveils à des heures indécentes, de discussions avec d'autres mamans à la sortie de l'école, ni des hurlements du Petit Magicien à la moindre écorchure.

Ne dites pas : "mais tout change quand on devient parent."
Après la naissance du Petit Magicien, j'avais pris les mêmes six mois de congé, que je ne regrette pas, mais je m'étais sentie débordée plus qu'heureuse.
Cette fois... Je ne sais pas. Beau-Dodu n'est pas un bébé plus "facile", surtout en ce moment, et l'harmonie entre eux n'est pas, hum, idéale.
("Mamaaaaan ! — Qu'est-ce qu'il y a mon chéri ? — Il se déplace ! — C'est bien, chéri, laisse le faire tant qu'il ne pleure pas. — Mais il touche mon pouf ! Je veux pas qu'il le touche !")

Vraiment, je ne sais pas.
Je sais que chaque semaine et presque chaque jour je me suis émerveillée de ce bonheur. De ce temps passé avec eux. Des petits corps chauds blottis contre moi.
Pas l'absence de rythme et sûrement pas l'absence de contrainte, je ne connais rien de plus rythmé ni de plus contraignant que la vie avec des jeunes enfants, mais un rythme différent. Ne pas me poser de question si certains jours étaient difficiles, si je ne pouvais rien faire d'autre que m'occuper d'eux. Non que cela rende ces moments moins difficiles, mais du moins je n'avais pas à m'inquiéter du reste, des cours non préparés, des copies non corrigées, des mails-boulot auxquels répondre.
Pas non plus l'absence d'engagement ni le retrait hors du monde. Au contraire. L'articulation entre le très-vaste de la planète et le très-intime de la famille, comme une respiration.
Mais l'absence d'invasion extérieure, peut-être. Un bonheur de minuscule démiurge dans un royaume très agité mais très aimé.

Ce bonheur, je l'ai ressenti surtout dans les trajets en poussette pour aller chercher le Petit Magicien à l'école, l'aller seule avec le bébé, à me repaître du paysage, du calme, de la paix en moi, de la paix de notre région, de ma chance.
De la simplicité du bonheur. De son évidence. De cet état de grâce très différent de celui de l'amour-amoureux.

Je ne sais toujours pas.
Je ne sais pas non plus ce que seront les semaines et mois à venir.
Mais je sais que pour la première fois, j'ai rêvé que ces mois durent toujours, que je les revive encore et encore.
Et jamais, jamais, je n'aurais cru que mon bonheur ait ces couleurs.

(encore un cross-post avec la Maman des Magiciens, puisque.)

mercredi 17 août 2011

Saison de la Créativité (et de la Frustration?)

Cela m'arrive chaque année, pendant la deuxième moitié du mois d'août.
Même l'an dernier, alors que je vivais les dernières semaines de ma grossesse, et que j'avais bien autre chose à penser. Et de nouveau cette année, alors que seule avec le Crapion Terrible toute la journée j'ai encore moins de temps libre.
Et pourtant.
Sans doute n'est-ce donc pas la solitude estivale qui engendre ces idées. Il faut alors que ce soit l'approche d'une nouvelle rentrée. C'est plus inquiétant. Cela dit, d'une façon ou d'une autre, que mon métier ne me satisfait pas entièrement et que chaque année j'ai le désir et le regret d'une autre carrière.
Celle de l'écriture.

Certaines années, j'ai réellement écrit et achevé un texte à cette période. Ce fut le cas par exemple du "Tribunal des Corbeaux", publié dans la regrettée revue Monk. Ou de "Tu Retourneras à la Poussière", encore inédit.
L'an dernier, grâce à l'ami Jorune, je fourmillais d'idées pour un univers romanesque. Nul roman n'en est né, même si j'ai l'excuse d'une autre naissance, très biologique celle-là, quelques jours plus tard.
Cette année, je rêve d'un feuilleton littéraire et délirant, à la façon de mon bien-aimé XIXème siècle, écrit avec mes collègues de lettres, quelque chose de loufoque et d'outrancier, un brin potache aussi.
Je rêve aussi, de façon moins nostalgique, d'un vrai ebook, d'une narration interactive, écrite pour ce support palpitant et pas seulement "enrichie". Quelque chose dans l'esprit de Varytale ou des Studios Walrus.
Et à l'occasion de notre travail sur les villes imaginaires pour "Littérature et Société", je me reprends à rêver de ce roman jamais écrit sur la Ville-Etoile, la Cité aux Neuf Vies, diamant imaginaire dont "Ave, Ignis" dans Flammagories n'était qu'un fragment arraché.

Et, comme les autres, comme tous ceux qui n'écrivent pas, ou pas assez, j'en fait un billet sur mon blog au lieu d'un vrai roman.

dimanche 4 janvier 2009

VOEUX

Il fut un temps où Noël durait douze jours. Douze jours de fête et de rites, hors du monde, douze jours de neige, d'étoiles et de feux, douze jours (un peu plus, nous sommes des Tricheurs) dans un havre à l'écart du monde et de tous les Réseaux.
Je reviens donc au monde, au travail, à vous.
Que cette page devienne carte de voeux géante. Carte du ciel, carte du tendre, constellations d'affections et d'espoirs.

A mes Amies.

A Nathalie et Lucie, Renaissance et Lumière.
A Nathalie. Que cette Nativité soit la sienne, encore et toujours, qu'elle ait beaucoup plus de Neuf Vies. Que les Lumières qui brillent en hiver se souviennent qu'elle est des leurs, et la fassent rayonner. Que tous voient cette lumière.
A Lucie. Que le monde lui rende la pareille. Avec la même bonté, la même énergie, le même espoir. Que le monde lui rende tous les sourires qu'elle a offerts.

A Hélène, qui vient de me rappeler à d'anciens paris, d'anciens serments, d'anciens liens. Encore une naissance, encore une lumière.
A Elriel, forcément, que je n'ai pas oubliée, à qui je pense chaque Noël, pour le plus grand des miracles d'hiver.
A Shaya, que j'ai manquée encore, qui réveillonnait au soleil du Sud, loin de mes frimas. C'est aussi un temps de rendez-vous manqués, de rendez-vous promis.
Au Gabian, pour un autre rendez-vous manqué, et les sortilèges de la distance qui parfois rapprochent les esprits.
A Lisou, qui était là, et ne lit pas ce blog, pour lui redire en secret combien j'ai aimé leur présence au tournant de l'année, et combien ses compliments me touchent. Pour rougir.

A mes Amis.

A ceux avec qui j'ai passé maints réveillons, avant le Temps des Grands Exodes.
A Fabrice, à Julien, à Nico, à Rémy.
Toujours.
Je n'oublie pas.
Des liens même dissous quelque chose demeure, impalpable, innommable, un réseau qui n'est pas celui que j'arpente ici.

A Fredou, aux Poètes, aux Créateurs de Monde.

A Kerglas.

A tous les autres avec qui j'ai joué d'un côté du miroir ou de l'autre.


A mes Ambriens.
Le temps était trop précieux, l'air trop cristallin, l'instant trop miraculeux pour que je ne pense pas à Ambre, à vous, à ce que nous en avons fait ensemble, à ce que nous en ferons peut-être tandis que l'univers se précipite vers sa fin.
A Edgar, à Emrys, à Fenis, à Jemtrid, à Jorune. A tous les autres qui vivent en moi et en vous.
A leurs joueurs, éparpillés dans une autre bizarre cartographie, taches de couleur projetées sur une carte d'Europe.
Aux fidèles !
Aux infidèles !

Aux Elèves.

A ceux qui restent et qui finalement ne sont pas ceux que j'ai choisis, élus, honteux favoritismes, mais ceux qui ont choisi de lancer de tels fils, de déposer leur étoile sur la carte.
A ceux qui passent leur bac, à ceux qui naviguent dans les eaux troubles au-delà.
A Arnaud, à Alexandra, à Thomas, à Oona, à Eloïse.
A tous les autres.

A tous les autres.
Ceux que j'oublie, ceux que je néglige, ceux à qui je manque, ceux qui me manquent, ceux que je tais.

Naissances, Lumières, Liens.
Revenons au monde.
Renouons au monde.

dimanche 9 juillet 2006

SAISON DES AMOURS

'ai toujours peu de goût pour l'été. Cependant je redécouvre à quel point l'été a le goût des amours.
Et ce n'est pas, je crois, à cause du soleil aphrodisiaque, des corps découverts, des peaux moites de chaleur.
Bien sûr il y a la clarté troublante de l'eau des piscines à minuit, l'envol des jupes sur les jambes nues, le miel des peaux, le poids des cheveux trempés.
Mais c'est surtout à cause du loisir, du temps libre.
Le temps libre est l'espace dont l'amour a besoin pour s'épanouir, pour défroisser ses corolles usées par le costume de travail, pour étirer ses membres engourdis et déployer son imaginaire.
L'amour est à son aise en vacances.
Les longues journées d'été l'ensemencent, le bercent, le cajolent. Les douces nuits d'été irriguent ses rêveries, font éclore ses fleurs surprenantes. Les songes de mi-été sont toujours des songes amoureux.

L'été dernier je déclinais les étreintes de mes amours littéraires. Cet été mes nuits s'imprègnent de visages réels, d'amours de ce monde-ci. Il n'y a pas si grande différence entre les deux. La saveur est la même, le sucre interdit qui emplit le palais, les guirlandes enlacées des bras, les mots épars dans les jardins du Midi, quand la chaleur se fait moins lourde.
Les mêmes jeux.
L'amour est un jeu, délicieux, immoral, mortel, excitant, mais un jeu, où l'on triche, ment, prend et donne, où l'on risque, se jette, se drogue, s'oublie et retrouve des vérités perdues. Où les mots se frottent, les langues s'inventent, les phrases se frôlent à la peau nue, les trahisons s'étreignent.
Ou du moins les amours d'été.
Ne sous-estimez pas leur empreinte, ni leur durée, ni leur force. La mer lave les convenances, emporte les carcans. Les amours d'été n'ont pas de limite.
L'été est la saison des jeux.

mercredi 22 février 2006

AIMER UN LION

Parfois je tombe amoureuse d'une ville.
Et l'amour ici n'est pas une figure de style, c'est le nom vrai de ce sentiment qui fait battre le coeur, qui gonfle les poumons, ensoleille les yeux. C'est de l'amour, avec ses variantes: certaines villes s'apprivoisent, et leur amour est un pénible accouchement. Avec d'autres, c'est un coup de foudre.
Avec Lyon, ce le fut.

Etre amoureuse de Lyon, brusquement, immensément, profondément, et n'être pas sûre de comprendre pourquoi.
Parce que bien sûr il y a les murs roses et ocres des bords de Saône, les ponts enjambant deux fleuves, les passerelles secouées par le vent, le vent qui emportait des rafales d'enfants sur les marches de la basilique, et les mosaïques rayonnantes de Fourvière, l'envol des escaliers, les chutes frémissantes des falaises, les monstres de pierre, les gargouilles et les aigles de Saint Jean, et les lions, tous ces lions.
Bien sûr il y a le café du Dahu sur les pentes, et au-dessus de l'amphithéâtre le regard qui s'envole au-dessus des toits et vous serre la gorge de joie, et bien sûr il y a le soleil sur la Croix-Rousse, et les marches qui disparaissent dans l'eau du lac de la Tête d'Or, et les pierres disjointes pavant les méandres de la Roseraie, et les caresses des saules sur les ruisseaux, et je suis passée entre "Pullman Orient-Express" et "Royal Romance".
Et bien sûr il y a les artistes qui s'étalent sur les quais du Marché de la Création, et bien sûr il y a la Demeure du Chaos, et les boutiques désuètes et magnifiques du Passage de l'Argue, et des rues où l'on s'arrêterait à chaque restaurant.
Je sais bien: il y a les pavés, et les hôtels particuliers, et les églises, toutes différentes, toutes merveilleuses, l'impressionnante cathédrale de Saint-Jean et la gothique Saint-Nizier et la baroque Saint-Bruno, et... oui, oui, il y a les masses harmonieuses et chaudes des Subsistances, et le dôme saisissant de l'Opéra, et le cloître de l'Hôtel-Dieu, oui, et la sobre solennité de l'ancienne Ecole Normale, et la labyrinthique Cour des Voraces qui pourrait être un tableau d'Escher, et encore, encore.
Mais est-ce que cela suffit?
Est-ce qu'on s'éprend d'un catalogue de merveilles, si riche soit-il?
Est-ce qu'il ne faut pas plus, un plus auquel je me heurte, que je peine à identifier?

Est-ce que j'aurais aimé Lyon si je n'avais pas dormi dans la Presqu'Île, si je n'avais pas traversé chaque jour l'une de ses rivières? Est-ce que j'aurais aimé Lyon sans ces deux rivières, justement, qui la rythment et la structurent, qui la dessinent, qui l'enlacent? Est-ce que j'aurais aimé Lyon sans ses collines et leurs à-pics, est-ce que je l'aurais aimée sans l'escalader et la dégringoler, sans me décrocher le cou à la verticale de l'Homme de la Roche ou du fort Saint-Jean?
Aurais-je aimé Lyon si je n'avais pas marché étonnamment seule dans ses rues, vidées par les vacances, ou le froid, ou le vent? Peut-être faut-il être seul pour s'éprendre d'elle, pour sentir son cœur frémir à chaque traboule, à chaque nouvel escalier, à chaque perspective vertigineuse. Lyon est une ville de secrets, comme Venise. J'ai marché, marché, ouvert des portes, passé des ponts, gravi des marches et reconnu des noms: c'est ainsi que se découvrent les secrets. L'amour, qu'on le veuille ou non, est aussi une prise de possession.

Et cependant aurais-je aimé Lyon sans ses êtres, sans les trois filles comiquement dissemblables de "Raconte-moi la terre", sans le prêtre en robe de bure, un bouquet à la main, plongé dans la lecture de la carte d'un restaurant, sans le chat doré hésitant sur les marches du lac au Parc de la Tête-d'Or, sans la femme yougoslave qui cherchait un travail et un toit, et qui insistait, jardin des Chartreux, pour m'offrir l'anneau d'or sur lequel son pied venait de buter, sans les silhouettes pauvres et sombres des pentes de la Croix-Rousse, les derniers enracinés dans un centre-ville réhabilité?
Aurais-je aimé Lyon sans les caprices et les sourires de Côme, sans l'aimable gravité de Mattéo, sans les quêtes idéalistes et la culture de Stef, sans les enthousiasmes et l'intégrité de Nath, la pureté de Nath, face à laquelle nous sommes tous des Déchus?

Tout cela, tout cela.

Mais est-ce que cela suffit?
N'y a-t-il pas autre chose dans l'amour, une magie, irréductible au sens et aux mots? Je me souviens: au parc de la Tête d'Or de vieux réverbères poussaient dans l'herbe, comme à Narnia. Aimer Lyon, aimer un Lion, vieux et magnifique, tient peut-être d'un miracle enfoui dans les cœurs, aimer Lyon est peut-être comme aimer Aslan.

Je ne saurai pas. C'est un secret qui palpite au coin de ma conscience, et ne se livre pas.

lundi 9 janvier 2006

QUESTIONS DU JOUR (9) : VACANCES, FÊTES & RITUELS

Noël est, de toutes, la plus précieuse. Je l'ai trop écrit ces temps-ci.
Mais Noël ne rythme pas mes années. Comme tout élève et tout enseignant, je compte en années scolaires, et ce sont les vacances d'été qui délimitent la charnière, le passage, le devoir et le risque des bilans.

Noël est magie. Noël, et l'hiver, cristallisent.
Changer d'année est le pénible contraire d'une cristallisation, et ne peut se faire qu'en été, au bout de ces journées trop longues qui ne laissent pas de répit, qui ne s'éteignent pas avant de vous avoir forcé la main, obligé à aller jusqu'au bout.
En été, où la chaleur nous contraint à ôter une à une les couches de vêtements qui nous protégeaient, les couches de mensonges, les voiles faciles sur nos corps et nos yeux.
En des vacances assez longues pour nous ôter à la fois le rythme routinier du travail et l'occupation frénétique des premiers jours de liberté. Assez longues pour que la liberté prenne sa vraie couleur qui est celle du choix.

lundi 2 janvier 2006

QUESTIONS DU JOUR (3) : LISTE D'ÉTÉ

Nécessaire en cette rentrée, non tant pour l'été que pour les vacances.
Faites une liste de cent choses que vous voudriez faire cet été.
Cent, ça fait beaucoup. Mais j'essaie.
1. Aller en Ecosse.
2. Voir une aurore boréale.
3. Ecrire des nouvelles.
4. Ecrire un roman.
5. Faire l'amour avec...
6. Et/ou avec...
7. Apprendre une langue étrangère.
8. Jouer Héloïse.
9. Prendre un bain de minuit.
10. Passer une nuit blanche à discuter.
11. Passer une nuit blanche à écrire.
12. Passer une nuit blanche à aimer.
13. Prendre des cours d'astronomie.
14. Lire 3 livres par semaine (plus m'empêcherait de vivre).
15. Jeûner 3 jours.
16. Découvrir un aliment inconnu.
17. Naviguer.
18. Mesurer une marée.
19. Prendre l'avion.
20. Prendre le train.
21. Ne pas avoir à conduire.
22. Inventer un alphabet.
23. Déménager.
24. Faire une grande fête pour ma crémaillère.
25. Me préparer à un nouveau poste.
26. Entrouvrir les voiles entre les mondes.
27. Rencontrer un de mes écrivains favoris.
28. M'atteler, seule ou accompagnée, à une grande oeuvre trans-artistique.
29. Prendre le temps de rêver.
30. Me réconcilier avec...
31. Avoir enfin mon site internet.
32. Trouver du chocolat qui reste bon en été.
33. Ne pas reporter à demain...
34. Assister à une fête du feu au solstice
35. ... plutôt que d'y corriger des copies
36. Réaliser une salade de fruits géante.
37. Voir, le 14 juillet, des feux d'artifice qui ressembleraient vraiment à ceux de Gandalf
38. Organiser une grande séance de rattrapage cinématographique
39. Organiser une semaine jeux de rôle
40. Finir tous les textes que j'ai commencés
41. Finir tous les textes auxquels j'ai pensé mais que je n'ai jamais commencés
42. ... Trouver 59 autres idées de choses à faire cet été ?

D'ici là, je prends courage, et m'apprête à retourner au feu: la rentrée de janvier fut toujours l'une des plus décalées.

jeudi 29 décembre 2005

QUESTIONS DU JOUR (2) : PARADIS PERDUS

Suite de la contrainte, dans la rubrique Regarder en arrière:
"Les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus." (Marcel Proust) Quels paradis avez-vous perdus?
J'ai souvent parlé de cela, cette division des êtres en deux domaines, ceux qui ont un paradis perdu et ceux qui n'en ont pas. J'ai souvent parlé d'exil. Mais je n'ai pas de paradis perdu.
Bien sûr (en fait cela n'a rien d'une certitude universelle), je me souviens avec plaisir de mes étés d'enfant dans les Alpes, innocents et cruels, libres, audacieux, sauvages. Du sentiment de pouvoir factice qui naît de la solitude et de la manipulation, le pouvoir exercé sur ma compagne de jeux de ce temps-là (néanmoins aimée, mais si douce, si passive, si vulnérable en face de mes folies) et sur un environnement dont nous étions les maîtresses, que nous arpentions, cartographions, déchiffrions. Le torrent et ses trous d'eau, le petit bois et ses ombres, la cascade et ses défis, le grand pré pentu et ses roulades, la maison abandonnée et ses interdits, tout cela à portée de nos pas de fillettes, sans frein adulte. Plus loin, la rivière au nom draconique, avec la richesse de ses argiles et ses ilôts de pierre sur lesquels on pouvait être capitaine, défiant les pirates. Plus loin, la grande forêt, ses légendes, ses grands rocs que l'on pouvait gravir, du sommet desquels on pouvait, sonnant du cor, être un chevalier ou un héros celte.
Mais je n'ai pas de nostalgie à y repenser. La femme que je suis ne regrette pas l'enfant.
Alors?
Au creux des rêves, le souvenir diffus de terres plus lointaines, dont je suis comme tous à jamais exilée. Les îles au-delà des mers, à l'Ouest, les royaumes secrets des fées, les paysages d'Onirie dont le réveil me chasse, le havre sublime de Rivendell, les tours d'argent d'Avalon... Ceux-là sont des paradis perdus, j'imagine. Comme le sont les bras de tous les bien-aimés qui sont au loin.

mercredi 28 décembre 2005

QUESTIONS DU JOUR (DÉCLENCHEUR)

Je viens de découvrir (en quête de travaux d'écriture pour mes élèves), une remarquable liste de "questions du jour" pour diaristes en mal d'inspiration :
http://www.colba.net/~micheles/dujourf.htm
J'aime à expérimenter d'abord les sujets que je leur donne, exercice que nous oublions trop souvent, et je vais donc me livrer ici, jour après jour, à répondre à l'une de ces questions.
Il est juste que pour moi la contrainte soit plus rigide que pour eux : je choisirai une question par thème, dans l'ordre.

Aujourd'hui, donc, dans Parlez moi de vous..., une question à laquelle je m'apprêtais de toute façon à répondre ici, car son urgence venait de m'apparaître (c'est le propre des meilleures questions et des meilleures contraintes) Quand avez-vous le sentiment d'être réellement vous-même?
Pendant les vacances. Pas lorsque je travaille, hélas. Pas lorsque je prends ma voiture pour accomplir le long trajet familier qui traverse la nuit pour me conduire en un lieu de champs et d'arbres, perdu dans un no-man's-land. Pas lorsque je joue le jeu, prépare mes cours, corrige mes copies, parle à mes collègues, réponds à mes élèves. Non que je m'y sente déplacée, ni que cela ne soit pas amusant parfois, intéressant souvent. C'est peut-être le plus effrayant : la facilité avec laquelle j'endosse ce costume et ce rôle. La facilité avec laquelle je cesse d'être réellement moi-même. J'ai déjà évoqué ma surprise lorsque ces rôles se mêlent.
Je me sens moi-même, réelle, vraie, lorsque je suis seule avec un être que j'aime.
Ou lorsqu'une solution m'apparaît, lorsque des éléments disparates s'organisent enfin pour composer l'histoire, révéler l'énigme.
Lorsque je ris de bonheur en découvrant une clef, une traduction, un lien, un secret.
Lorsque je souris ou pleure en relisant le texte tout juste achevé.
Je suis moi-même dans ces joies-là qui sont celles de l'intellect, de la création, de l'amour, du déchiffrement du monde.

vendredi 16 décembre 2005

L'ESPRIT BLESSÉ DE NOËL

J'aime Noël. Pour toutes sortes de bonnes et mauvaises raisons. Ce n'est pas branché, d'aimer Noël, je sais bien. A Noël, les jeunes adultes égrènent leurs traumatismes familiaux, les jeunes cyniques moquent l'ambiance fleur bleue/rose bonbon, les jeunes anti-capitalistes conspuent le mercantilisme triomphant, les athées s'insurgent contre cet arrogant symbole religieux.
Et moi qui ne suis ni vraiment capitaliste ni vraiment catholique, j'aime toujours, j'ai toujours aimé, le temps de Noël.
J'aime les couleurs vives qui repeignent les villes, de rouge velours, de vert forêt, de blanc neigeux, d'or et d'argent. J'aime les étoiles qui émaillent les rues d'étranges constellations. J'aime les sourires des gens. J'aime qu'on s'y préoccupe soudain du cadeau qui va plaire, qui va toucher. J'aime qu'on s'y souvienne soudain de gens auxquels on n'a pas écrit de l'année, et se sente coupable, et prenne un peu de notre précieux temps pour le faire. J'aime entendre d'angéliques choeurs chanter l'amour pour les hommes de bonne volonté. J'aime rire et pleurer devant la Pastorale, du "mistral qui souffle à décorner les taureaux de Camargue" à l'Aveugle qui refuse son propre miracle, et déclare qu'il n'a pas désir de retrouver la vue, sauf à l'heure de sa mort, "quand ça vaudra vraiment la peine de voir"...
Je souris, chaque année, aux disputes bon enfant de Pistachié et de sa femme. Je pleure chaque année en écoutant le Berger.

J'aime cet Esprit qui descend sur les hommes, même si on y croit pas, simplement par la force de la collectivité. J'aime qu'on y donne plus volontiers aux mendiants. J'aime me souvenir des trêves spontanées de Noël dans les tranchées. J'aime l'espoir qui renaît sans raison. J'aime la naissance de l'année nouvelle, de l'illusion nouvelle d'un monde meilleur, envers et contre tout. J'aime que le Verbe se soit fait chair, j'aime que nos phrases faciles se fassent réelles aussi, au moins pour quelques semaines.
J'aime tout cela, malgré tout, et dans ce tout il y a tous ceux qui sont loin des villes illuminées, il y a toutes les guerres sans trêve, tous les foyers sans feu, il y a les hommes qui meurent de froid et les longues files devant les Restos du Coeur, il y a les 50 autres semaines de l'année.
Et malgré tout, j'aime Noël, et son Esprit n'en finit pas d'illuminer les yeux.

Seulement voilà: en rentrant chez moi, ce soir, dans les premières minutes de mes vacances, j'apprends qu'un élève a poignardé son enseignante.
Et les étoiles s'éteignent.
C'est tout bête, c'est moins grave que bien des événements, mais les étoiles s'éteignent. Pas parce que l'enseignante avait mon âge. Parce que le prétexte de l'élève, l'élément déclencheur était le refus d'enlever son blouson. Et tout enseignant ne peut qu'être pétrifié devant l'absolue banalité, l'absolu réalisme de la scène. Et moi-même ne puis que constater à quel point ce drame est révélateur. A quel point les élèves, surtout issus de milieux défavorisés, en sont venus à considérer la plupart de leurs enseignants comme "l'ennemi". Cette rupture-là, ce point de non-retour, ce renversement des rôles — je n'arrive pas à en identifier clairement l'origine. L'erreur monumentale qui nous a menés là.

Et l'esprit de Noël se prend une sacrée gifle, une sale, crade, sanglante. Une dont on n'est pas sûr de se relever.