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jeudi 30 octobre 2008

RETOUR EN MUSIQUE

Il y a longtemps.
Trop longtemps.
Le trop long temps du manque, de l'absence, de la nostalgie, de l'enfouissement sous le travail.
Le trop long temps du sable qui glisse entre vos doigts.
Trop longtemps et tant à dire.
Alors je commence par répondre à un défi impossible, celui de Lucie :


- Choisir 5 chansons qui vous ressemblent et dire pourquoi
- Faire une petite playlist avec
- Rajouter en sixième position "The Song", celle que vous aimez d’amour, plus jamais vous ne pourrez vivre sans
- Et taguer 5 personnes de votre choix.

Bien sûr, c'est un de ces jeux où tout le monde triche, où la tricherie est inscrite dans la règle du jeu.
Parce que personne ne peut se limiter à choisir cinq, ni six, chansons.
Parce que la musique est l'art volatil, l'art changeant, l'art du temps qui fuit entre nos doigts, justement.
Parce que l'autoportrait, même musical, même chinois, est toujours faussé.

J'ai donc choisi cinq chansons qui me parlent d'amour, qui parlent de mes amours.
Parce que c'est un des grands rôles, une des grandes magies de la musique. Pas un cliché, non, beaucoup plus que cela. Tous les amoureux se retrouvent en chansons.
Et parce que c'est, tout compte fait, une belle façon de se définir :
Je suis ceux que j'aime.
Qu'il en soit ainsi.
Même si pour chacun d'entre eux j'aurais pu choisir dix autres chansons.










Pour M., mon Amour, mon Fou, ma Joie, l'homme qui partage ma vie : "Good Fortune" de P.J. Harvey.
Au tout début, dans les remous et les ténèbres, dans le froid de l'éloignement, il m'envoyait des chansons, comme font tous les Amoureux, et nous nous raccrochions au fil de ces notes lancées à travers l'abîme.
Celle-ci, parce qu'il est vraiment ma "bonne fortune".
J'espère être la sienne.

Pour Dorian, et pour mille autres raisons, mon premier "Voyage" avec le Voyage de Noz, que je continue de suivre tant bien que mal. Ils sont depuis longtemps en lien sur ce blog, je les ai vus, écoutés, écrits… J'espère que cette histoire ne s'arrêtera pas là.
Et Dorian ? Un autre Fou bien-aimé avec lequel j'ai arpenté les rues d'un Vieux Port et maints lieux de perdition.

Pour V., "Bang Bang" de Nancy Sinatra, rappelé à tous les souvenirs par la BO de Kill Bill. Parce que V. est Bill, parmi maints autres rôles joués auprès de moi, que j'aurais pu décliner en maintes autres chansons. Parce que lui et ses ombres restent un part de moi, même à présent.

Pour quel aimé, "Into the West" ? Pour quel roi qui n'en finit pas de revenir ?
Pour Aragorn, pour Arthur ?
Plus que cela.
Pour les Elfes. Pour les navires. Pour la Mer, la vraie, celle qui emporte nos coeurs avec elle. Pour les Iles à l'Ouest du monde.
Pour l'Exilée en moi, et pour tous les "vrais marins".

Cela fait quatre seulement.

Voici pour C.


Encore un voyage, n'est-ce pas ?
C'est dans la nature de la musique.
Vers Avalon, vers tous les autres mondes, et le coeur de ce Prince-là.

J'ai triché.
Mais je suis revenue à ce blog.
Merci, Lucie.

jeudi 20 juillet 2006

ÉTAT OPTIMISTE DES LIEUX

Pour faire reculer la rage.
Pour me souvenir des belles choses.
Pour ne pas la laisser me gâcher complètement mes vacances.
Et aussi parce qu'on me l'a demandé.

J'ai donc, malgré la chaleur, porté le deuil d'un super-héros (jeune, brillant, aimé) et à grand peine organisé ses funérailles, du mieux que j'ai pu. Il me reste à espérer son retour.
J'ai aussi acheté trois corsets (un en velours bleu roi, un violet orné de dentelles noires, un de soie rouge brodée d'or) et en ai porté un. Occasions à suivre et à provoquer.
J'ai pris un bain à minuit, sinon un bain de minuit, dans une piscine illuminée de l'intérieur, dans la pinède.
J'ai passé une nuit presque blanche à discuter comme une adolescente avec une très vieille amie.
J'ai pris le temps de rêver.
J'ai reçu d'adorables nouvelles de certains qui me manquaient (surtout, continuez !)
J'ai aussi fait des choses qui n'étaient pas prévues à la liste, mais furent douces, belles et bonnes, néanmoins.
Je suis devenue maître du monde, le temps d'un week-end, et j'ai dansé sur les chemins de Féérie.
Je suis morte et re-née et devenue immortelle.
J'ai revu de vieux amis, j'en ai accueilli certains à la maison.
J'ai reçu une musique merveilleuse et longtemps attendue, avec un mot qui parlait aussi d'alchimie et d'immortalité.
Je me suis souvenue que j'avais un faible pour...
J'ai admis que j'étais amoureuse de...

Ce sont, aussi, les miracles de l'été.

mardi 28 mars 2006

SÉRIE NOIRE

A l'heure où la France s'est levée, a marché, par dizaines et centaines de milliers, par millions, à battre le pavé, battre les tambours, scander des slogans.
J'en reviens. A Marseille, il étaient 28 000 à 250 000 mille à défiler, dans le calme. Vous avez remarqué? La marge s'accroît. A croire, vraiment, que syndicats et policiers ne comptent plus en la même base. Les commentateurs s'étonnent, mais n'est-ce pas, pourtant, éminemment signifiant?
L'écart se creuse. Nous ne parlons plus la même langue. On s'étonne, vraiment?

A l'heure où le gouvernement bouge à peine un cil, comme engourdi, comme si son immobilité compensait la levée des foules. Et elle la compense. Libération continue de s'étonner et qualifie poétiquement la situation de "surréaliste".
Mais non. Je ne m'étonne pas. Je ne trouve pas ça surréaliste. Au contraire: très réaliste et très sincère, comme la révélation d'un fait que nous soupçonnions depuis longtemps: on n'a pas besoin du peuple pour gouverner. Rien n'oblige les gouvernants à nous écouter, rien d'autre que la sanction relative des urnes, en des moments étroits, une parole canalisée en langage codé, limitant les dégâts. Le reste du temps, seule la politesse les oblige à nous écouter. Et ils n'ont pas à être polis, après tout.

En cette heure-là, je répugne à parler de ma petite série noire personnelle, sans crime, sans grands enjeux, sans même vraies ténèbres. Un simple enchaînement de contrariétés, auquel l'écrit, la publication, donneraient trop d'ampleur.
Non, vraiment, parler d'abcès dentaires, d'allergies aux antibiotiques, d'accidents de voiture ou de complications informatiques? Parler, même, de Narcisse?
Voilà qui serait indigne, car cette série n'a de noir que les blessures d'amour-propre qu'elle m'a infligées.
Redresser la tête, me rappeler à l'humilité ou du moins à l'auto-dérision, et défendre jusqu'au bout le terreau de mes valeurs.
Car rien de tout cela, hélas, n'est surréaliste.
Tout de cela, contrariétés privées et inquiétude publique, nous enchaîne au réel, nous englue, nous coupe les ailes.

Redresser la tête et sourire et me dire qu'heureusement vous êtes là, qu'heureusement Stéphane chante, qu'heureusement mes troisièmes m'ensoleillent le coeur. Et ne pas trébucher sur la série de gravats qui noircit notre sol.

dimanche 22 janvier 2006

EMPIRE

Et puis, bien sûr, cela retombe.
Et puis la colère se dissout.
Non pas qu'on oublie, mais cela s'éloigne. On y pense moins. Malgré nous, malgré tout, cela retombe.
Je savais qu'il en serait ainsi, je sais que c'est toujours ça, le pire.
La clef des tyrannies, le germe universel de la lâcheté.
Je le savais et cela ne change rien.
Je suis lasse, plus vraiment en colère.
Je reviens aux nuances, au quotidien, aux petites victoires et aux petites défaites.
Je cours le risque de recommencer, de faire comme si rien ne s'était passé.
Et c'est pire. Ça empire.

samedi 7 janvier 2006

QUESTIONS DU JOUR (7) : MER

Qu'est pour vous la mer?

Ils se parlent comme ils ne s’étaient pas parlé depuis longtemps. Et parce que le monde autour d’eux est tout de mer d’étoiles et de roc, leurs mots à eux qui ont hérité tous deux le sang des bardes vont plus loin peut-être que jamais.
Setanta qui n’aime guère tourner ses yeux vers l’océan le regarde quand même cette fois, car le danger que portent les vagues est moins incontrôlable que celui du visage d’Aoifa. Et il parle, avec les accents de la tristesse qui pèse sur lui depuis la veille.
« La terre d’Ulster est dans mon cœur et dans mon sang, et cependant mon âme est comme l’eau des rivières, insaisissable et folle. Inutile.
— Ton âme est comme la mer, répond Aoifa, elle nous appelle et nous fascine, et nous porte les songes de l’avenir. »
Setanta sourit, si amèrement : « La mer fascine parce qu’elle est sans contrôle et sans but. Son charme n’est qu’un pis-aller. Au fond de leur cœur les hommes la craignent. »
Aoifa s’est redressée et comme toujours la brise s’est levée avec elle et joue dans ses cheveux. Et Setanta peut la regarder, à présent, presque sans souffrir. « Le vent n’a pas à craindre la mer, petit oiseau. Elle ne peut rien contre lui. »
Aoifa lui fait face, gravement : « Le vent ne craint pas la mer. Il l’aime et la caresse. Je ne crains pas la mer. Elle chante à mon oreille avec la voix même des dieux. Elle me porte, me soulève au-dessus du monde, me redonne force et joie.
— La mer ne peut que rêver du vent, certaines nuits. Pas davantage. »
Pas davantage. Et ils se taisent, parce qu’ils ont dit vraiment tout ce qu’il était possible de dire, pour l’instant. Et bien sûr Setanta ne la prend pas dans ses bras. Personne n’embrasse le vent.

©"Le chemin de pierres", in L'Esprit des Bardes, Nestiveqnen

Ce n'est, bien sûr, qu'une des réponses possibles. J'aurais pu dire aussi :
J’aime le vent. J’ai vingt ans. Oh, comme j’aime le vent ! J’ai vingt ans et je suis Alba, Alba la Rouge. Et le vent tourbillonne sur moi sans me faire de mal. Je suis Alba. Et c’est à ce moment que l’on crie : tu peux descendre, Dieu, tu peux venir tout de suite sur cette plage, je ne jurerais pas que tu puisses faire taire mon rire. Et toi non plus, Orville. Je suis Alba la Rouge, dans la tempête. Même sans toi.
C’est une plaisanterie. Mais vraiment j’aime tant le vent, et je pourrais — avaler le monde, et Dieu, et Orville tout entière, la cerise sur le gâteau. Avec ce vent et cette mer je crois que que je pourrais les vaincre tous. Même toi, Ludwig d’Orville.
Rappelez-moi tout ça, la nuit, au milieu d’eux, sur les quais du Queen’s Bar. Rappelez-moi le vent, la mer et la pluie, et cette grande force qui me donne mieux que des ailes. Je vais rentrer et vous composer une musique qui s’appellera “The Open Sea”, l’anglais dit plus que nous cette fois, le large qui a oublié qu’il pouvait être l’élargissement, libération des forçats. Alors ce sera the open sea, la mer ouverte sous la tempête.

© "The Open Sea (La Mer Ouverte)", in Le Dit d'Orville.

samedi 19 novembre 2005

MUSIQUE

Parce que de tous les arts le plus immatériel. Parce que donc la jumelle inversée de la sculpture, et une fascination aussi grande, plus grande peut-être, plus ancienne aussi.
Parce que le plus immatériel et donc le plus magique. Parce que l'abstraction du chiffre et le frisson de l'onde. Parce qu'invisible.
Parce que la musique des sphères, le ballet des astres, l'écho des étoiles.
Parce que l'harmonie, parce que le rêve d'équilibre, parce que la proportion divine.
Parce que le don d'ubiquité, parce que le voyage à la vitesse du son.
Parce que mot, résonance, voix, corde, souffle.
Parce que secret, parce que crypté, parce qu'une autre langue.
Parce qu'union des contraires, parce qu'esprit et cœur, intellect et intuition, homme et cosmos.
Parce qu'une lecture et une parole.
Parce que magique. Simple et immense.

Je ne suis pas musicienne. Je suis écrivain.
Alors je triche.

Je triche: Morgana fait des notes blanches et noires du piano un héritage, un fil, un amour, un deuil, un espoir. Héloïse y déchiffre le monde, y crée une harmonie parallèle et inaccessible. Aoifa a une voix pour chanter et révéler le secret obscur de l'amour. Pour Chimène je chante en espagnol, pour Yukiko en japonais, pour Eldawen en gaélique ou en elfique, la musique abolit les frontières.
Je triche, je quête et recueille en toutes terres les airs qui me ressemblent, qui font écho à mes folies, qui sont comme la toile impressionniste de mes plagiats.
Je triche, je contourne, comme si la musique avait un contour, comme si elle n'était pas cette présence absolue sur laquelle nul ne peut poser le doigt. J'écris ses échos, je la laisse cheminer en moi et se figer en d'autres rythmes qui sont mes phrases, de Voyage de Noz en Requiem du Feu. Comme si la musique avait un reflet.
Je triche, je pousse plus loin la folie, je raconte les airs que je ne puis écrire, j'en ai déformé tant, composé tant, décomposé tant, les thèmes du Non-Requiem à Corwin, les expériences dodécaphoniques de la Musique des Dimensions, la BO intégrale des Giovanni Symphonies.


Et puis j'écoute.
It's a fine line, isn't it, Paul ?
So fine a line, so long the way, between chaos and creation.

Le site non-officiel de Noz (ci-devant Voyage de Noz)


Le site du projet Flamma, le Requiem du Feu