Affichage des articles dont le libellé est lucie chenu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est lucie chenu. Afficher tous les articles

jeudi 13 janvier 2011

IDENTITÉS

En lisant mes derniers posts alors qu'elle n'avait pas visité ce blog depuis longtemps, Oona m'écrivait : "Que vous semblez avoir changé !" — au point de s'être demandée, un moment, s'il s'agissait bien de moi.

J'ai été surprise, bien sûr. Et peut-être bien vexée.

Certes, mes derniers posts — et pour cause ! — parlaient de bébés, un sujet que je n'avais pas de raison d'aborder auparavant.
Certes me voici devenue une maman.
Ai-je pour autant radicalement changé ? Au point d'être presque méconnaissable?

1. Bien sûr, nous n'avons jamais l'impression de changer. Le processus d'évolution intérieure est si progressif que nous avons rarement conscience du changement, et les vieilles personnes avouent souvent ne pas se sentir foncièrement différentes de leur moi jeune. C'est un motif souvent évoqué : nos cellules se renouvellent entièrement tous les dix ou quinze ans. Nous sommes donc chaque fois un être entièrement neuf, pourtant nous gardons une même conscience. Terry Pratchett l'explique ainsi dans Le cinquième éléphant : si vous héritez de la précieuse épée de votre grand-père, et qu'elle reste dans votre famille génération après génération, vous allez être amené à la restaurer régulièrement. Ce faisant, il faudra remplacer des pièces. Telle pierre du pommeau qui se sera descellée ou ternie. Le fourreau entier. Peut-être même faudra-t-il, un jour, remplacer la lame par un acier neuf. Un jour, l'épée ne contiendra plus une seule parcelle de l'arme d'origine de votre aïeul. Pourtant, vous continuerez à la traiter comme telle, à la désigner comme telle et de fait, elle sera telle.

2. Parfois, dans un roman, l'auteur présente un personnage comme "ayant une conscience aigüe de sa propre identité." Si je me souviens bien, c'est par exemple le cas de Benedict dans le Cycle d'Ambre de Zelazny.
Et bien, j'ai, depuis longtemps, une conscience aigüe de ma propre identité. D'où ce malaise, cette petite vexation même, à l'idée que quelqu'un que j'aime puisse ne pas distinguer ce fil, cette continuité, ce noyau. Noyau est le mot le plus juste.
Pourtant nous sommes tous changés par la naissance d'un enfant, chacun le dit, il n'y a pas de honte à ça.
Changée, oui. Pas métamorphosée. Je ne me sens pas métamorphosée. Je ne me sens pas fondamentalement différente. Ma vie, mon emploi du temps, mes préoccupations le sont, à des degrés divers (le degré maximal étant pour l'emploi du temps, évidemment !) Mais le noyau ? Simplement de nouvelles particules gravitent autour de lui.

3. Car c'est ainsi que nous fonctionnons : nous sommes une mosaïque d'identités. Elles ne se superposent pas les unes aux autres, elles ne se remplacent pas, elles s'ajoutent. Ainsi puis-je être une maman geek, une Marseillaise et une Genevoise ou une Pays-de-gessienne, une Française et une Européenne, une agnostique d'éducation catholique sensible à la poésie de toutes les religions, une prof et une rôliste, une agrégée de formation académique au possible et une lectrice (et auteur) de fantasy… et ainsi de suite. Ces identités coexistent pacifiquement dans la plupart des cas, notamment dans le mien qui suis chanceuse (pour le reste, vous pouvez lire l'essai d'Amin Maalouf, Les identités meurtrières et la merveileuse anthologie de Lucie Chenu.)

Et ce blog ne reflète pas fidèlement toutes les facettes. Ou pas régulièrement. Pourtant la forme même du blog, disjointe, fragmentée, mosaïste, nous y encourage. Des outils tels que les Libellés le reflètent.

Quelle photographie des identités de ce blog offrirait par exemple le génial Wordle ?



Il faut bien avouer que les bébés sont très présents, n'est-ce pas ?

Pourtant ce beau nuage n'est qu'un instantané — terriblement lacunaire, si dense parût-il.
Les deux mots qui dominent le nuage de tags, à votre droite, sont MONDES et MOTS. Sans doute le noyau que j'évoquais est-il quelque part entre ces deux mots.

mardi 21 septembre 2010

CONTES DE VILLES ET DE FUSEES


Longtemps attendue, voici enfin parue l'anthologie Contes de villes et de fusées, 16 réécritures de contes de fées dans des contextes contemporains ou futuristes.

L'anthologie est dirigée par Lucie Chenu et vous pourrez lire au sommaire des nouvelles de Julien Fouret, Jean Millemann, Delphine Imbert, Pierre-Alexandre Sicart, Antoine Lencou, Pierre Gévart, Nico Bally, Charlotte Bousquet, Sylvie Miller & Philippe Ward, Jean-Michel Calvez, Lionel Davoust, Sophie Dabat, Jess Kaan, Mélanie Fazi, Estelle Valls de Gomis et Léonor Lara, le tout sous une couverture d'Éric Scala.

Mon propre texte, "Une histoire de désir", est une réécriture de "La Belle au Bois Dormant" de Perrault, y compris de sa deuxième partie, car le conte, pour une fois, ne s'arrête pas au mariage princier… C'est une nouvelle que je me suis beaucoup amusée à écrire et où vous repérerez sans doute de nombreux clins d'oeil : c'est après tout le jeu des réécritures et de l'intertextualité.

Je suis particulièrement fière de figurer au sommaire de cette anthologie qui regroupe des textes variés, passionnants, originaux, offrant sur les contes des regards vraiment neufs.
Mes quatre préférés (dans l'ordre du sommaire, je suis bien incapable de les classer autrement) sont :
- "La Griffe et l'Epine" de Pierre-Alexandre Sicart : une réécriture de "La Belle et la Bête" (même si là encore on retrouve de nombreuses autres sources) qui prouve avec brio qu'on peut mêler dans un texte science, mythes et profondeur des sentiments.
- "Le Sang du large" de Lionel Davoust : une réécriture de "La Petite Sirène" qui est aussi une magnifique et poétique mise en abyme des affres de la création.
- "Swan le bien nommé" de Mélanie Fazi : une réécriture des "Cygnes sauvages" et de "Ole Ferme l'oeil" où l'on retrouve le ton inimitable et l'univers de fantastique contemporain, intimiste et subtil, de Mélanie Fazi.
- enfin "Sacrifices" de Léonor Lara : une réécriture du "Petit Poucet" absolument bouleversante qui offre une réponse sans concession à cette question "comment, avec tant de bonté, peut-on être la femme de l'ogre ?"

On peut le commander directement sur la boutique de l'éditeur, Ad Astra.
Vous pouvez aussi le le commander dans n'importe quelle librairie puisque Ad Astra est référencé sur les réseaux Electre et Dilicom.

mercredi 6 janvier 2010

DE LUCIE ET DE LUCIFER

Lucie Chenu est une lumière. Personne n'a jamais mieux porté ce prénom.
Elle éclaire, elle réchauffe.
Elle est modeste, et met en lumière ce qu'elle aime, ceux qu'elle aime.
Elle éclate et jaillit en étincelles quand sa révolte déborde.
Elle est brûlante, de désirs, de projets, de colères parfois, de passions toujours.
Elle donne. Elle avance les yeux ouverts, les bras ouverts, le coeur ouvert.
Elle réchauffe, à mots simples, à mots doux, quand on en a besoin.
Elle apprivoise et réconforte, car les auteurs sont d'étranges et fragiles bêtes.
Parfois elle se glisse même dans leurs textes — dans deux des miens je l'ai retrouvée, changée en personnage sans pourtant être changée, éleveuse ou éditrice.

Il est si facile de faire son éloge que j'en ai presque honte.
J'espère que nos chemins continueront de se croiser, de se trouver.
Je rêve pour elle d'une énergie inépuisable, si quelque auteur de SF en trouve le secret.
J'espère, un jour, lui rendre un peu de sa lumière.



Et croyez-moi, elle mérite cet éloge.
La preuve en est dans les quantités d'autres éloges, de plumes autrement plus célèbres que la mienne, et même, excusez du peu, des pinceaux de Caza !

Vous pouvez les lire ici, dans le dernier numéro d'Univers & Chimères (menu "Entretiens")


Vous pouvez les lire aussi dans le recueil de ses textes qui vient de paraître aux éditions Rivière Blanche :
Les Enfants de Svetambre
avec une autre magnifique illustration de Caza en couverture.

J'ai le plaisir et l'honneur, avec mon "jumeau de l'Eden", Julien Fouret, de voir l'un de mes propres textes publiés dans le recueil de Lucie, le troisième volet du tryptique de la Genèse, "Haine, rupture et commencement" qu'elle a entamé de façon si stimulante avec le point de vue de Lilith que nous avons eu envie de le poursuivre, Julien donnant la version d'Adam et moi celle de Lucifer : une histoire de commencement, donc.