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dimanche 6 avril 2014

Les (Autres) Métiers que je Pourrais Exercer


Parce que le congé parental est un moment où on se pose de telles questions.
Le reste du temps, on a le nez dans le guidon, on avance, au jour le jour, pas le temps de se demander si c’est ce qu’il nous faut.
Mais comme la première fois, en ces six mois où je ne suis plus au lycée, je m’interroge, j’interroge ce qui en moi n’en finit pas de bouillonner.

Voici donc une liste incomplète et circonstancielle de ce que je pourrais faire si je n’étais pas prof de lycée.

Maître de conférences (enseigner à l’université, quoi)
Surtout depuis qu’on y enseigne des choses amusantes comme Tolkien et autres fantasy. Ce regret-là restera peut-être : ne pas avoir eu le courage de travailler sur ce qui me passionnait et qui était si mal vu dans les universités françaises au temps où je passais l’agreg, ne pas avoir fait de doctorat. J’enseignerais la fantasy, donc, et les réécritures arthuriennes (pas toutes de fantasy, d’ailleurs) et les réécritures de mythes et de contes.

Professeur de Défense Contre les Forces du Mal
Je le disais déjà ici. Je n’ai pas changé d’avis. Ces deux premiers métiers montrent bien que l’enseignement me convient, remarquez.

Chef de Projets Transmedia
Pas seulement parce que je viens de suivre le MOOC Comprendre le Transmedia Storytelling. Parce que j’aime construire des projets, les faire avancer, coordonner un effort d’équipe, et parce que le transmédia, je l’ai dit ici, m’a fascinée avant que je n’en connaisse le nom. J’adorerais créer ainsi, entre fiction et réalité, entre écriture et scénario.

Variante du précédent : Conceptrice de Serious Games.
Même que j’en ai sur le feu…
Là encore, c’est un domaine auquel je crois profondément et j’ai une partie des compétences nécessaires : pédagogiques d’une part, ludiques de l’autre. Après tout, j’ai été et suis encore rôliste, et en particulier MJ concevant et faisant jouer ses propres campagnes. Je n’avais jamais pensé croiser ces compétences et celles que j’ai acquises en enseignant, et voilà que c’est possible.

Ecrivain
C’est mon métier de rêve depuis l’enfance. Et j’ai écrit, un peu, publié, un peu. Des nouvelles. Pas un seul roman. Je n’y crois plus vraiment, à ma capacité de devenir écrivain. Je ne suis pas assez disciplinée pour m’astreindre à écrire chaque jour, dans quelque condition que ce soit, et c’est pourtant la seule façon d’y parvenir. Je l’ai compris un peu tard.

Femme Politique
Là encore, ce n’est pas un appel si nouveau, puisque j’ai étudié à l’IEP d’Aix en Provence. Je n’ai pas fait les sacrifices nécessaires et j’ai préféré d’autres voies, mais j’aime encore la parole publique, la rhétorique, la stratégie, je crois encore aux grands enjeux, aux grandes valeurs, à l’importance de ces engagements-là, à l’importance du politique.

Journaliste Radio
Bien sûr je pourrais être journaliste-rédactrice. Mais la radio, c’est autre chose. Ceux qui me connaissent, ceux qui me connaissent vraiment très bien, savent l’importance que j’accorde à la voix, combien j’aime lire et dire à haute voix. Le journalisme radio est donc pour moi une merveille particulière. Je n’animerai jamais d’émission sur France Culture (hélas) mais je ne désespère pas de monter une webradio au lycée, un jour ou l’autre).

Je pourrais.
J’ai énuméré ici des alternatives réalistes, pas Astrophysicienne ni Super-Héroïne (j’aimerais aussi).
Mais, c’est étrange, je suis plus sereine que la dernière fois. Aucun de ces regrets n’est assez vif pour me blesser.
La preuve : je suis en train de construire des projets scolaires pour 2014-2015.

mardi 13 décembre 2011

Encore la Question de l'Homme

L'été dernier, j'évoquais ma conviction que ce nouvel objet d'étude en classe de première était, en fait, au coeur de notre enseignement.
En octobre j'illustrais par un Wordle la diversité des réponses de mes élèves à cette question.

Je persiste. Il y a beaucoup à redire à la réforme des lycées en général et aux nouveaux programmes en particulier. Mais cet infléchissement de l'étude jusque là technique de l'argumentation autour de cette question centrale, la volonté répétée de "contribuer ainsi à donner sens et substance à une formation véritablement humaniste" me semble positive, cruciale, rendant à l'étude littéraire pour les non-spécialistes que sont nos lycéens une fonction essentielle, en ces temps où la littérature est en "état de siège".

Seule la littérature, seuls les arts, me paraissent poser réellement cette question dans toute sa complexité.
Ainsi la posé-je inlassablement à mes élèves et avec eux, semaine après semaine, tandis que nous naviguons de théâtre en argumentation, de réécritures en Renaissance.

De toutes les oeuvres que j'ai lues ou relues cet été, la pièce de Vercors Zoo ou l'Assassin philanthrope dont vous pouvez lire aussi la version romanesque Les Animaux dénaturés est celle qui m'a le plus enthousiasmée.
Elle pose la question de l'homme et de son impossible définition dans toute sa fausse candeur, rappelant sa nécessité au fondement de toute pensée et de toute décision, sa tétanisante absence au sein de nos textes de loi qui ne se soucient pas de définir l'évidence (j'ai vérifié auprès de Maître Eolas et il en est bien ainsi: pas de définition de l'homme dans le droit français.) Elle lui rend, par le biais de la fiction, son urgence: l'enjeu est ici de vie ou de mort, pour un homme et pour tout un peuple, et il est bon de s'entendre redire que les questions métaphysiques peuvent aussi changer le monde. Elle ne diminue pas sa complexité, ne cède pas à la démagogie: à cette infernale question, ni les scientifiques ni le bon sens populaire ne peuvent apporter de réponse simple, unique, satisfaisante… sans doute parce qu'il n'y en a pas. Il est aussi salutaire, en ces temps où l'on oscille entre la révérence aveugle pour les spécialistes et la croyance démagogique au sens commun, de constater que certaines questions échappent à la fois aux uns et aux autres, qu'elles sont trop vastes et trop complexes pour être réglées. Les élèves aiment trop souvent que tout soit réglé, que le sens leur soit donné une fois pour toutes, qu'aucune question ne reste en suspens.
Celle-ci est perpétuellement en suspens. Sa réponse ne peut être que circonstancielle, décidée pour de mauvaises raisons, comme le déplore le héros, vouée à ne satisfaire personne. Pourtant elle doit être posée, pourtant la réponse que propose finalement Vercors est belle et féconde: la principale caractéristique de l'homme est son "esprit de rébellion".

Cet animal rebelle, nous le déclinons dans tout notre parcours de cette année.
C'est Antigone, bien sûr, dont le "Non" résonne en nous de Sophocle à Henry Bauchau en passant par Anouilh.
C'est l'homme double du théâtre qui ne sait plus s'il est chair ou masque, si ses actes ont un sens, si la vie à un sens, mais qui pourtant se dresse contre les tyrans. C'est Caligula, c'est le Lorenzaccio de Musset, ce sont les "meurtriers délicats" de Camus qui ne savent plus si finalement la fin justifie les moyens, s'il faut ou non se salir les mains, s'il faut être Hugo ou Hoederer, Néron ou Auguste, Britannicus ou Cinna, Jules César ou Richard III.
Ce sont les premiers humanistes, ceux qui nous ont légué leurs doutes avec ce mot, des Cannibales de Montaigne à la Folie d'Erasme, qui se sont demandé si la servitude de l'homme devait être volontaire, si une utopie était possible, ou s'il fallait choisir Machiavel.
Ce sont les savants raisonnables ou fous du temps où les utopies se changèrent en dystopies, ceux qui se demandent si l'homme peut créer l'homme et se poser en rival prométhéen de Dieu, si le progrès fait toujours le bonheur.
Ce sont ceux qui s'efforcèrent de penser l'Homme après la colonisation, après les camps.
Ce sont les poètes qui cherchent inlassablement à répondre à toutes les questions sans réponse, à dire tout ce qui est indicible, et s'avouent humblement ignorants.
Ce sont les romanciers qui nous rappellent la bête en nous, et combien la frontière entre l'ogre et le héros, le monstre et le justicier, est fragile et poreuse.

C'est ce qui fait qu'en fin de compte j'enseigne la littérature plutôt que la Défense contre les Forces du Mal, et que ce n'est pas si différent.

mardi 19 avril 2011

Saveurs et Couleurs

Un texte très, très imparfait, pour la deuxième consigne de l'atelier d'écriture qui m'a donné beaucoup de mal…

Je suis en charge du gâteau. Il en a toujours été ainsi, d’aussi loin que je me souvienne. Après tout, la pâtisserie est une de mes spécialités.
J’aime regarder d’abord mes ingrédients, les ranger en arc de cercle devant moi, sentinelles du plat à venir. Les pots de terre granuleuse où je conserve mes farines, le papier épais, crissant, qui enveloppe les tablettes de chocolat, les cerises qui macèrent à l’abri de leur bocal de verre, l’or brun du sucre, la blancheur de la crème.
Et les œufs. D’ordinaire je ne prends pas le temps de réfléchir à ce qu’ils représentent, j’enchaîne des gestes presque mécaniques : un coup sec, précis, sur le bord du saladier, pour obtenir cette brisure nette de la coquille sans abîmer le jaune, que l’on transvase adroitement dans une moitié, puis l’autre, et encore, jusqu’à ce que tout le blanc ait coulé dans le saladier. Mais aujourd’hui les symboles importent. La vie, les cycles, ce qui palpite en secret derrière la coquille. Je m’accorde un instant pour cela, pour sentir la fraicheur de l’œuf, sa rondeur dans ma paume, et je reprends mon ballet.
La cuisine est tout entière un art de métamorphose, bien sûr, mais il est peu d’aliments dont la transformation soit aussi spectaculaire que celle des œufs. Les blancs ne sont pas même blancs, pour l’instant, seulement un fluide translucide et glaireux. Je les bats, je les fouette, et voilà qu’ils se changent en neige. C’est un de mes moments préférés. Je guette les stades de leur métamorphose, la seconde où ils blanchissent, s’opacifient, se dilatent, deviennent cette neige plus douce, plus blanche, plus belle que la véritable neige.
Le chocolat aussi a sa magie. Tous les enfants la connaissent. Lui aussi change de texture en tournant doucement sur le feu : froid et craquant, il se fait onctueux et chaud, libérant ses arômes, adhérant à la cuillère en bois. Tout à l’heure je pourrai lécher cette crème sur les parois de la casserole, y passer mon doigt, trois fois, pour le plaisir, pour la force, pour la plénitude qui tapisse le palais et repousse la nuit.
Le plus difficile est toujours de mêler les blancs en neige au reste de la pâte. Toutes les pâtissières connaissent le mouvement, pourtant, ce geste tournant du poignet, enveloppant, presque tendre. On craint toujours de briser les blancs. On les brisera, d’une façon ou d’une autre, ils disparaîtront, engloutis dans la pâte. C’est cela qu’il faut accepter. C’est cela qui importe, ce soir. Le chocolat recouvre la neige, l’absorbe, la fond en lui.
Puis je m’octroie une petite tricherie et répartis la pâte dans trois plats circulaires identiques. Les gens croient qu’on ne peut pas tricher, en pâtisserie, et c’est vrai, on ne peut pas plaisanter avec les mesures, avec l’équilibre. Mais on peut faire cela, à condition d’avoir un four assez grand. Le mien ne pose pas problème, évidemment : il est assez grand pour qu’une femme adulte puisse s’y faufiler, ou pour y faire cuire cent pains d’épices. C’est étonnant que les gens se souviennent de ça.
Après quoi ce n’est plus qu’une question de patience, de strates, de vérités posées l’une sur l’autre jusqu’à ne plus savoir laquelle est vraiment cachée. Un tiers du gâteau. La crème. Les cerises. Et encore : le gâteau, chaud et odorant ; la crème, bien battue, légère, onctueuse ; les cerises, rondes et luisantes de sirop. Noir. Blanc. Rouge. Les alchimistes ont deviné tant de choses, pourquoi diable ne se sont-ils jamais intéressés à la pâtisserie ? Une dernière fois. Noir. La terre fertile, l’ombre dense des sapins. Blanc. La neige qui recouvre le monde. Rouge. Mais je ne suis pas obligée de me couper le doigt pendant la confection du gâteau.
Je recouvre la dernière couche de crème, délicatement je la saupoudre de copeaux de chocolat. Je n’ai jamais été très douée pour cette étape : les copeaux sont si fragiles entre mes doigts. Il faudrait des mains d’enfants, mais les enfants sont loin, au chaud dans leurs propres foyers. Pourtant c’est terriblement important : c’est le chocolat qui doit l’emporter sur la neige.
La nuit tombe déjà, la plus précoce de l’année, et mes sœurs frappent à la porte juste quand le gâteau est prêt. Forêt Noire.

samedi 21 août 2010

UNE LEÇON DE DÉFENSE CONTRE LES FORCES DU MAL

Certains d'entre vous savent que c'est la matière que j'aurais vraiment voulu enseigner… A défaut, je me contente de la Littérature, qui a malgré tout quelques points communs avec la D.C.F.M.
Voici donc un de ces cours…

Nous abordons dans ce chapitre le cœur même de la Défense contre les Forces du Mal. Malheureusement, il s’agit aussi de la part la plus difficile à enseigner.
Au niveau le plus fondamental, la Défense puise dans vos ressources intérieures, dans votre cœur, votre courage, la confiance et la joie que vous abritez en vous. C’est ce qui explique que les réussites dans cette branche particulière de la magie ne reposent pas seulement sur les talents que vous utilisez par ailleurs. C’est ce qui explique que de brillants sorciers comme Bridget Wenlock(1) aient été si désemparés face aux forces des Ténèbres, et à l’inverse, que Bod Owens(2), toujours maladroit avec les Potions et incapable de maîtriser tout sortilège plus complexe qu’un maléfice d’Entrave ait pu sortir vivant et sain d’esprit de la Nécropole du Sleer et en rapporter les artefacts alors que maints sorciers et sorcières plus expérimentés avaient fui, péri ou sombré dans la folie.
Ces forces intérieures ne s’enseignent pas. Mais elles peuvent être identifiées, apprivoisées, renforcées, développées, et, en partie, expliquées.

(1) Bridget Wenlock (1202-1285) Célèbre Arithmancienne. Première à établir les propriétés magiques du chiffre 7.
(2) Dont l’écrivain Moldu (?) Neil Gaiman a relaté l’histoire de façon hautement fantaisiste dans The Graveyard Book (L’Etrange Histoire de Nobody Owens).


LEÇON 1 : RECONNAÎTRE LES TÉNÈBRES


À ce stade de votre apprentissage, vous devez déjà avoir compris combien il importe de connaître son ennemi, d’être capable de le reconnaître en toutes circonstances, d’identifier et d’exploiter ses faiblesses. Mais comment connaître les Ténèbres elles-mêmes ?
À quoi reconnaît-on leur empreinte ? Dans quelles situations leur est-on le plus vulnérable ? Quelles faiblesses peuvent-elles bien avoir ?
Certains parmi vous hochent la tête et murmurent : Elles n’en ont pas, c’est même exactement le contraire, elles exploitent les nôtres.
Ceux-là sont sages, mais pas assez. Si les Ténèbres exploitent nos faiblesses – et ce prémice est entièrement et profondément vrai – c’est qu’elles en ont besoin, qu’elles s’appuient sur nos failles pour exercer leur pouvoir. Qu’elles sont vulnérables à nos forces.

Exercice pratique

ATTENTION : EN AUCUN CAS CET EXERCICE NE DOIT ETRE PRATIQUÉ AVEC DES PERSONNES SOUFFRANT D’UNE FAIBLESSE CARDIAQUE OU AYANT RECEMMENT SUBI UN CHOC ÉMOTIONNEL. L’AUTEUR ET L’EDITEUR DÉCLINENT TOUTE RESPONSABILITÉ SI UN ACCIDENT SURVENAIT DANS CE CAS.

Si vous n’êtes pas en mesure de jeter les sortilèges indiqués en note et si personne dans votre entourage ne peut vous y aider, vous pouvez vous en remettre à des moyens non-magiques. Ignorez les notes, baissez les lumières, concentrez-vous, fermez les yeux s’il le faut et faites appel à votre imagination.

D’un coup, les lumières s’éteignent.(3) Sans grésiller, sans trembler ni fléchir : elles étaient, et elles ne sont plus, comme si le souffle d’un géant les avait anéanties.
Mais vous n’êtes pas seul dans la pièce. Vous entendez (NOM DU PROCHE) s’agiter près de vous, vous sentez sa chaleur, sa respiration qui s’accélère, il/elle semble encore plus terrifié que vous.(4)
Puis vous ne le sentez plus, ne l’entendez plus. Vous l’appelez, mais en vain. Il/elle n’a pas crié. A-t-il/elle été muselé sans bruit ? Est-il/elle tombé sans un cri, assommé ou…(5)
A présent, vous êtes seul. Vous faites quelques pas précipités vers l’arme la plus proche, votre baguette, le couteau avec lequel vous peliez les légumes, le lourd vase de Tante Harriet… Il n’est pas la. Vous butez contre un obstacle inattendu. Vos mains tâtonnent, affolées. Elles ne reconnaissent rien. Vous n’êtes plus chez vous, mais dans un lieu inconnu.(6) Voila pourquoi vous n’entendez plus (NOM DU PROCHE). Ce n’est pas lui/elle qui a disparu : c’est vous. C’est vous qui avez été arraché de son côté.
Vous laissez échapper un cri. Ou vos lèvres s’ouvrent, mais un souffle seul s’en échappe, inaudible. Aucun son ne retentit plus autour de vous.(7)
Vous avancez malgré tout dans votre prison de silence et de nuit, à tâtons frénétiques, et c’est alors que vous commencez à le sentir. Juste un frisson qui hérisse vos poils puis le froid monte et se répand, insidieux, dans vos membres, suintant de l’air, glaçant votre échine, et vous tremblez, sans savoir si c’est de froid ou de terreur.(8)
De la lumière, de la lumière, marmonnez-vous, criez-vous, incantez-vous sans bruit, et les Puissances doivent vous être favorables, car en effet les ténèbres semblent se dissiper un peu, et vous distinguez… vos propres mains blêmes, agitées de tremblements, trempées de sueur… des formes sombres et immobiles, un mince rai grisâtre, un interstice, une issue… et une silhouette(9) confusément s’y dessine et s’ébranle et glisse vers vous…(10)



Prenez quelques instants pour reprendre vos esprits. Respirez profondément. Regardez autour de vous : la lumière est revenue, vous êtes chez vous. Vous n’en avez jamais bougé.(11)


Maintenant, réfléchissez. Pourquoi avez-vous eu peur ?
Dix causes de peur sont survenues dans cette expérience. Efforcez-vous de toutes les identifier et notez-les ci-dessous.
Puis classez-les (en 1 celle qui vous a le plus effrayé).

Si vous en trouvez moins de six, vous vous êtes tant laissé déborder par vos émotions que vous n’arrivez pas à prendre de recul.
Cette capacité est importante pour la Défense contre les Forces du Mal. Malheureusement, il vous faut donc renouveler l’expérience jusqu'à ce que vous parveniez à identifier au moins six causes de peur.
Ce sera plus facile la deuxième fois. Il s’agit même d’une des raisons d’être de cet enseignement : on combat plus aisément les peurs déjà rencontrées.

Vous pouvez m'envoyer votre liste en commentaire ou par mail…

(3) Un sortilege de Nuit suffit. Vous pouvez y ajouter un effet sonore de Souffle.
(4) Soit une solution de Senteffroi à diffuser soit un sortilège d’illusion
(5) S’il y a réellement d’autres personnes (par exemple si vous entrainez plusieurs élèves en même temps), des Murs Sensoriels seront nécessaires à ce stade pour les séparer.
(6) Un sortilège de Confusion devrait suffire. Je déconseille de recourir aux grands moyens (Portoloin, Transplanage imposé). Au pire, des illusions tactiles peuvent renforcer la Confusion.
(7) Simple sortilège de Silence
(8) Simple sortilège de Caillegèle
(9) Encore un sortilège d’illusion – attention : il doit être suffisamment précis et bien ciblé pour passer outre à la Nuit magique. Si vous n’y parvenez pas, ou si vous entrainez plusieurs élèves simultanément, il faut lancer un sort de Voile d’Ombre puis lever le sortilège de Nuit avant de créer l’illusion de la silhouette. Il n’est pas recommandé, à ce stade, d’utiliser un Epouvantard. Ils feront l’objet d’un autre exercice pratique.
(10) Finite Incantatem.
(11) En cas d’élève particulièrement paniqué et ne parvenant pas à reprendre ses esprits, voir Remèdes d’urgence contre le Choc Emotionnel

CORRECTION ET SUITE DU COURS A VENIR

mercredi 20 février 2008

DISSERTATION (3 ET FIN)

Cependant les membres de cette Maison ne se bornent pas à un rôle de préservation et de transmission, si important soit-il. Les Serpentards ne sont pas tout entiers tournés vers le passé. Il nous faut à présent aborder l’ultime facette de cette Maison, sans doute la plus difficile à cerner et la plus précieuse.
Le Choixpeau magique la rappelle pourtant chaque année aux élèves de Poudlard : contrairement à l’opinion communément admise, le trait de caractère qui place les élèves dans cette maison n’est pas l’orgueil, mais la ruse. «Vous finirez à Serpentard / Si vous êtes plutôt malin / Car ceux-là sont de vrais roublards / Qui parviennent toujours à leurs fins.»(1) On peut même se demander s’il n’y a pas eu là une forme d’amalgame historique, de malentendu dans la transmission, tant les deux qualités exigées par Serpentard alternent : « Ainsi Serpentard voulait un sang pur / Chez les sorciers de son académie / Et qu'ils aient comme lui ruse et rouerie.» Laquelle de ces deux caractéristiques domine l’autre? En quoi peuvent-elles être liées? On regrette l’absence d’une autre statistique, jamais mesurée par le Ministère : le nombre d’élèves de Serpentard qui n’étaient pas issus de familles au «sang pur». Ceux-là auront bien été choisis pour cette autre qualité, la ruse, que le Choixpeau (encore de parti pris?) rebaptise parfois du terme péjoratif de rouerie, mais qui consiste, explique-t-il, à parvenir à ses fins.
La Maison Serpentard a-t-elle donc, depuis ses origines, un double visage ? Ou n’est-ce pas plutôt le regard que nous portons sur elle qui est double, comme en témoigne à nouveau le Choixpeau dans cette autre description : «Serpentard, assoiffé de pouvoir et d'action, / Recherchait en chacun le feu de l'ambition.» Le qualificatif assoiffé de pouvoir est non seulement peu flatteur mais aussi dangereux, évoquant la plus célèbre des tentations de la magie noire. Mais le feu de l’ambition n’est-il pas une noble passion, une de celles qui permettent au monde et aux êtres de progresser? N’est-ce pas la part essentielle que les Serpentard sont chargés d’apporter au monde des sorciers?
Ces caractéristiques ont fait des élèves de Serpentard, génération après génération, les meilleurs diplomates, les plus retors des négociateurs, doués de la plus charmeuse des langues, des diplomates capables de faire signer la paix à des Géants, de contraindre les Anciens Dragons par des pactes enchantés, de mettre au point patiemment les chartes de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers malgré les susceptibilités et intérêts contradictoires de chaque Etat.(2)
On parle souvent du mage noir Clivedden et de son cercle, des Serpentards anglais qui se sont ralliés à Gellert Grindelwald. Mais on oublie que le groupe secret des Défenseurs de la Terre, qui ont lancé et maintenu pendant de longs mois le sortilège d’ancienne magie empêchant l’invasion de la Grande-Bretagne, était composé pour moitié d’anciens élèves de Serpentard. On parle des héroïques Brigades à Balais et de leurs capitaines, presque tous Gryffondors ; on parle d’Alan Rungit, le brillant sorcier de Serdaigle qui a mis au point le sortilège de Décryptage pour intercepter les messages ennemis ; on ne dit pas assez que le Ministre de la Magie de l’époque était un Serpentard, et que seul un Serpentard, sans doute, était à même d’accomplir ce qu’il a accompli. Il ne s’agit plus ici de rouerie ni d’ambition, mais bien d’être capable de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour atteindre une fin, même quand ces moyens sont durs, et sombres. Il s’agit d’être capable de sacrifier un village et ses douze familles de sorciers quand le sort de la guerre est en jeu. Ce n’est pas une décision facile à prendre. Ce n’est pas beau, ni noble. Ce n’est pas quelque chose qui attirera remerciements ni médailles, ni notre amour. Mais c’est nécessaire, quelquefois. Et seuls les Serpentards sont capables de répondre à cette nécessité.
Ils en payent le prix : l’opinion les regarde avec horreur, et sans doute en sera-t-il toujours ainsi. Mais ils atteignent le but, et c’est ce qu’il fallait.

Souvent ils errent. Parfois ils cèdent à la tentation. Ils ne cherchent pas à être sympathiques. Parfois ils rêvent de vengeance, parfois ils s’agrippent désespérément au passé et nous tirent en arrière. La méfiance qu’ils inspirent est ancienne, comme est ancienne la division qu’ils incarnent dans le monde des sorciers.
Pourtant le Choixpeau de Poudlard sait lui aussi qu’en temps de guerre, quand tout nous pousse à la discorde, l’union est plus importante que jamais. Il n’a jamais manqué de le rappeler aux élèves, à chaque conflit : «Et depuis que les quatre fondateurs / Furent réduits à trois pour leur malheur / Jamais plus les maisons ne fur'nt unies / Commes elle's l'étaient au début de leur vie.»(1) Leur malheur, dit-il : notre malheur à tous, pour le passé, le présent et l’avenir. Ces dernières années, nous avons souffert plus que jamais peut-être, nos familles et nos vies ont été déchirées, et à présent tous cherchent des explications, des coupables, la justice ou la vengeance. Mais n’allons pas trop vite en besogne, n’abusons pas des simplifications. N’oublions pas le double rôle de la Maison Serpentard : elle veille sur notre passé, elle entretient la flamme de l’ambition future. Ne soyons pas trop prompts à proclamer que seuls les Serpentards et les faibles succombent à l’attrait des Arts Obscurs, car le prix à payer serait terrible. N’oublions pas que nous sommes tous responsables, et que pour la plupart, nous devons surtout bénir la chance qui nous a épargné la tentation.


A la surprise générale, lors du DésanonyMage des copies, ce devoir se révéla être écrit par une élève de Gryffondor…

1 : Histoire de Poudlard, Annexe II, Compendium des chansons de rentrée du Choixpeau Magique, op. cit.
2 : Histoire de la Magie Moderne et Les Grands Evénements de la Magie au XXe siècle


J'ai tellement aimé rédiger cette dissertation que je suis volontaire pour en composer d'autres. A vous donc de me proposer des sujets dans l'univers de Harry Potter, je choisirai celui qui m'inspire le plus.

mardi 19 février 2008

DISSERTATION (2)

L’association entre la Maison Serpentard et les Pratiques Obscures serait-elle entachée des mêmes préjugés ?
Force est de constater que le Choixpeau n’en fait jamais état dans ses descriptions des quatre Maisons, mais cela n’est pas probant : le Choixpeau est le garant des traditions de Poudlard et de sa ligne directrice, qui a toujours exclu l’enseignement de la magie noire à ses élèves. L’analyse des statistiques du Ministère de la Magie est à nouveau éclairante : sur les deux derniers siècles, 70 % des artefacts de magie noire ont été saisis chez des familles liées à la Maison Serpentard, mais seulement 37 % des condamnations pour pratiques de sortilèges de magie noire concernent ces familles. Cette disparité est aisée à expliquer : les artefacts en question sont pour la plupart très anciens, transmis de génération en génération, et se trouvent donc majoritairement en possession des vieilles lignées de sorciers.
Le même argument peut être appliqué, sous une forme atténuée, à la pratique des Maléfices. D’après les Sorts & enchantements anciens et oubliés (Olde & Forgotten Bewitchments & Charmes), nombre de ces sortilèges « oubliés » l’ont été par la volonté des sorciers ou de leurs autorités, parce qu’ils témoignaient d’une « vision obsolète du monde ». C’est à ces sources et à cette vision que s’abreuve la magie noire : un temps où les valeurs étaient différentes et où la voie des ténèbres était souvent considérée comme une réponse acceptable aux ténèbres du monde.(1) Les sorciers des anciennes familles ont plus facilement accès à ce savoir, soigneusement exclu des bibliothèques officielles ou protégé par de puissants enchantements restrictifs. Il ne faut pas sous-estimer le rôle de cette facilité. La pratique de la magie noire repose sur une forme de tentation, comme le souligne l’excellent Affronter l'ennemi sans visage (Confronting the Faceless): «Certains, très rares, ont la force de volonté nécessaire pour résister à cette tentation. Mais heureusement pour notre monde, d’autres, beaucoup plus nombreux, n’y sont simplement jamais confrontés.» Ne s’agit-il pas là de la plus lucide analyse de l’affinité des Serpentards avec la magie noire? Ils ne sont ni plus faibles ni plus vicieux que les élèves des autres Maisons, ils sont seulement plus souvent confrontés à cette tentation.
Et la plus grande des tentations fut celle initiée par les deux grands mages noirs de notre siècle. On l’a dit, tous deux ont choisi de défendre une vision traditionaliste de la société et d’encourager les familles de «sang pur» à lutter contre l’influence croissante des Moldus. Sans doute faudra-t-il de longues années avant que quelqu’un ait le recul et la sérénité nécessaire pour écrire une histoire critique de ces périodes sombres, mais on peut déjà se demander si cette décision de Grindelwald et de Volde Vous-Savez-Qui n’a pas été motivée par l’intérêt autant que par l’idéologie. Il s’agissait d’un moyen sûr de recruter des partisans, parmi les plus riches en savoir, en terres et en or du monde sorcier, d’exploiter leur amertume nourrie par les événements des trois siècles précédents et d’utiliser leur désir de revanche. Parmi tous les suivants de Grindelwald, rares furent ceux qui ont pris son parti par affinité avec les pratiques obscures, bien plus nombreux ceux qui l’ont fait par conviction politique, par incompréhension face à l’évolution rapide du monde et à la place croissante prise par les Moldus, par peur d’un avenir inconnu.

Et s’il est une valeur qui peut-être réellement associée à la Maison Serpentard, c’est bien le traditionalisme. Au XIXe siècle, alors que l’agitation sociale commençait à se calmer, Victor Caspar Bulstrode fut le plus traditionaliste des Ministres de la Magie, Phinéas Nigellus le plus traditionaliste des directeurs de Poudlard(2). Tous deux avaient fait leurs études au sein de la Maison Serpentard. Ce traditionalisme n’est-il qu’une régression, un frein pour l’avancée de la société des sorciers? Ou peut-il lui apporter des forces positives?
Les Serpentards et leurs sympathisants sont aussi par essence des gardiens de la tradition, permettant la préservation du savoir et la transmission de la mémoire du monde sorcier. Ce sont là de nobles missions qui ne doivent pas être sous-estimées.
Ce rôle a pris de nombreuses formes au fil des siècles, la plus évidente étant celle de la conservation et de la garde d’artefacts magiques qui auraient certainement été perdus sans leurs soins. Certes il y avait parmi ces artefacts des objets liés aux Arts Sombres, mais aussi des trésors, tels que les Cœurlumières, rares et précieux objets de Défense contre les Forces du Mal(3). La famille McLaggen est célèbre pour le Cœurlumière qu’elle détient depuis quatre siècles et qui veille sur ses héritiers à chaque génération : si ce n’est plus le cas de son chef de clan actuel, elle a été longtemps affiliée à la Maison du Serpent. Le plus grand et le plus puissant des Cœurlumières a longtemps reposé au sommet d’un phare en Ecosse, sous la garde de la famille Stevenson, assurant la sauvegarde non seulement des sorciers des environs mais aussi des marins Moldus. Il est utile de rappeler que Septimus Stevenson, le dernier représentant de cette famille et lui-même ancien élève de Serpentard, est mort en essayant de défendre le phare contre les partisans de Grindelwald en 1943.
Les Serpentards ont aussi préservé de nombreux manuscrits et grimoires de magie et d’histoire. Nombreux furent ceux qui risquèrent leur vie pour soustraire de tels livres à l’Inquisition, tels que Bence Malefoy, décoré de l’Ordre de Merlin, première classe, pour s’être introduit au début du XIVe siècle dans une place-forte de l’Inquisition en Italie du Nord et y avoir soustrait cent six grimoires de sorcellerie, pour la plupart exemplaires uniques ou originaux de grand prix. Le sortilège de Gèle-Flamme, célèbre pour avoir trompé maints Inquisiteurs sur des bûchers de sorcières, a été conçu au départ pour sauver des bibliothèques par Isabella D’Arcy, une élève de Salazar Serpentard lui-même(4). Parmi les sorciers antiques honorés dans la Maison Serpentard, et dont le portrait figure dans leur Salle Commune, se trouvent Hipatia et Eratosthène, les mythiques sorciers qui ont transplané à soixante-sept reprises dans la bibliothèque d’Alexandrie en flammes pour en sortir des manuscrits, et n’ont pas survécu à la soixante-huitième…(5)
C’est encore à des Serpentards que l’on doit la conservation de sorts tels que Priori Incantatem ou le sortilège de Réclusion, tous deux «perdus» pendant les grandes guerres contre les Géants, et réintroduits en Angleterre par la famille Strange qui les a mis au service des enquêteurs (pour le premier) et des chambres-fortes (pour le second) du Ministère, à une époque où les soulèvements gobelins avaient conduit la plupart des sorciers à retirer leurs biens de Gringotts et à chercher d’autres protections.
Cette position de gardien des traditions et de garant de la mémoire a conduit les Serpentards à être souvent nommés à des postes clefs tels que Directeur des Archives du Ministère, chef du Département des Mystères, ou, dans des temps plus anciens, Sénéchal d’Angleterre(6).

Cependant les membres de cette Maison ne se bornent pas à un rôle de préservation et de transmission, si important soit-il. Les Serpentards ne sont pas tout entiers tournés vers le passé. Il nous faut à présent aborder l’ultime facette de cette Maison, sans doute la plus difficile à cerner et la plus précieuse... À SUIVRE



1 : Grandes Noirceurs de la magie (Magick Most Evile)
2 : Histoire de Poudlard, chapitre XXXII, «Le retour à l’austérité : Poudlard à l’ère victorienne»
3 : Les Forces du Mal surpassées (The Dark Arts Outsmarted), chapitre IV, « Artefacts et sortilèges de la Lumière »
4 : Guide de la Sorcellerie Médiévale, « Le temps de l’Inquisition »
5 : Les sites historiques de la sorcellerie, « L’Empire romain »
6 : Archives officielles du Ministère de la Magie, Postes officiels

lundi 18 février 2008

DISSERTATION À SUJET IMPOSÉ (1)

Pour ceux qui ne le savent pas, nous nous préparons à un jeu de rôles grandeur-nature des plus prometteurs, se déroulant dans le monde de Harry Potter en 1982, donc à la fin de la première guerre contre Voldemort.
Une autre joueuse ayant proposé un concours exigeant de chanter les louanges de la mal-aimée Maison Serpentard, j'ai trouvé amusant de présenter ma contribution sous la forme d'une copie d'élève...

Que ceux qui n'ont pas fini le tome 7 ne s'inquiètent pas, cette dissertation étant censée dater de 1982, elle ne contient aucun spoiler!



À l’heure où les horreurs de la guerre laissent place aux purges, aux tribunaux et aux règlements de compte, nombreux sont ceux qui remettent en cause les valeurs de la Maison fondée par Salazar Serpentard, dénoncent son implication aux côtés de Celui Dont Il Ne Faut Pas Prononcer le Nom, et vont jusqu’à réclamer son éradication.
Cependant le Choixpeau Magique et les traditions de Poudlard nous rappellent que l’Ecole n’est entière que si elle conserve ses quatre Maisons. Il semble donc nécessaire de nous interroger sur les valeurs réelles de la Maison Serpentard : est-elle historiquement et intrinsèquement liée à la magie noire et à l’obsession du sang pur? N’apporte-t-elle pas à la société des sorciers des éléments essentiels à sa survie?

Deux accusations reviennent dans les critiques formulées contre la Maison du Serpent : elle nourrirait de violents préjugés envers les Moldus et les sorciers d’ascendance moldue, et elle s’attacherait à des pratiques de magie noire condamnées par le Ministère de la Magie et le Code International.
De fait, il est impossible de nier que d’anciens élèves de la Maison Serpentard se rendent régulièrement coupables d’agressions contre les Moldus. Selon les dernières statistiques publiées par le Ministère, 56 % de ces agressions ont été commises par des ressortissants de Serpentard, et le pourcentage s’élève à 62 % si l’on prend en compte uniquement les agressions avec violence aboutissant à la mort ou un handicap permanent. Ce phénomène n’a rien de récent (ainsi le groupe de marins sorciers qui a créé en 1801 un nouveau poisson magique, le Sharak, entièrement couvert d'épines, destinées à déchirer les filets des Moldus, était déjà d’obédience Serpentard (1)), mais il s’est amplifié au cours du XXe siècle. Cette rancœur envers les Moldus est l’une des causes principales de l’adhésion des Serpentards aux thèses de certains mages noirs, au premier rang desquels Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-le-Nom et Gellert Grindelwald, qui ont tous deux développé des thèses prônant l’asservissement des Moldus ou l’interdiction d’enseigner la magie aux sorciers d’ascendance moldue.
Cette idéologie est-elle intrinsèque à la Maison ? On peut le penser, car de telles idées sont prêtées au Fondateur de la Maison lui-même: « Serpentard disait : Il faut enseigner / Aux descendants des plus nobles lignées », nous rappelle le Choixpeau. Cette conviction est même présentée comme la cause du départ de Serpentard, et donc de la rupture de l’harmonie entre les quatre Fondateurs de Poudlard, ce qui fournit un nouvel argument aux détracteurs de Salazar Serpentard.
Malgré tout, une étude objective prenant en compte la dimension historique permet de relativiser cette accusation. Il convient avant tout de rappeler que la Fondation de Poudlard date du Haut Moyen-Age, période à laquelle l’idée d’une noblesse de sang était considérée comme naturelle tant chez les Moldus que chez les sorciers. L’ensemble de la société était persuadée de l’existence d’une telle division, et Serpentard n’était en rien une exception, il représentait même le courant de pensée majoritaire à son époque : « Point ne devons mêler, écrit le chroniqueur des Annales Britanniae, le noble et le vilain, comme dans nos potions nous savons séparer ces substances, de même nous devons le faire dans le monde. » Randolphus Pittiman, l’auteur de la biographie d’Uric le Follingue, rappelle qu’à l’époque, on considérait même que la magie pratiquée par les sorciers de sang pur (appelée Sorcellerie) était intrinsèquement différente de la «magie vulgaire» qui se révélait chez certains Moldus et passait pour une forme de prestidigitation. A cette époque, plusieurs sorciers et sorcières ont été condamnés au bannissement par des cours de justice officielle pour le crime de mésalliance.
D’autre part, on oublie trop souvent que les anciennes familles de sorciers, dont sont majoritairement issus les Serpentards, ont elles-mêmes été la cible de nombreuses violences au cours des siècles. Si l’Inquisition de l’Eglise Moldue est souvent tournée en dérision par les ouvrages d’Histoire de la Magie, et si effectivement la plupart des véritables sorciers et sorcières arrêtés ont pu se soustraire à la mort, il n’en a pas été de même de leurs biens matériels. Maintes demeures ancestrales ont été brûlées, maintes fortunes dispersées : la famille Goyle, qui possédait la moitié du Northumberland, a été réduite à la misère et contrainte à demander l’asile à d’autres sorciers, refusant par fierté d’envoyer ses enfants à Poudlard pour dissimuler sa pauvreté. Jusqu’alors, les sympathisants de Serpentard tournaient plutôt leurs foudres contre les sorciers d’origine «impure», mais à cette époque, ils ont commencé à considérer les Moldus eux-mêmes comme une menace, et à chercher des moyens de les combattre ou de les contrôler. Plus tard, dans les années de désordre et de terreur qui ont accompagné les révoltes gobelines et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les mêmes familles ont été la cible de violentes campagnes de propagande de la part des autres sorciers. Pendant cette période, de nouveaux biens ont été confisqués au nom de prétextes plus ou moins convaincants, des titres de noblesses ont été abandonnés sous la pression générale (Ambrosius de Logres qui affirmait descendre d’Arthur et de Morgane a dû renoncer à ses prétentions et changer son nom en «Sorgel»), et certains sorciers ont même été bannis ou exécutés. Ces pages de l’histoire des sorciers d’Angleterre sont tellement sujettes à polémique qu’elles ont été édulcorées dans les récits officiels (notamment dans le manuel d’Histoire de la magie en usage à Poudlard), et seuls les sorciers des familles concernées continuent à les transmettre de bouche à oreille à leurs héritiers, entretenant ainsi un sentiment d’injustice et un désir de vengeance certes regrettable mais aussi compréhensible, compte tenu de la position «amnésique» adoptée par le Ministère.
Il semble que ce soit cette même rancœur latente vis à vis des Serpentard qui resurgit à présent, réveillée par l’horreur de la guerre et les tragédies hélas bien réelles auxquelles de nombreuses familles viennent d’être confrontées. On pointe du doigt la discrimination réclamée par Salazar Serpentard, en oubliant que deux autres Maisons pratiquaient aussi des formes de discrimination (Rowena Serdaigle par l’intelligence, Godric Gryffondor par le courage) et que seule Helga Poufsouffle prônait l’égalité entre les élèves. On cite les propos du Choixpeau magique, en oubliant qu’il coiffait jadis la tête de Gryffondor, et que malgré sa sagesse et son expérience, il est nécessairement prisonnier du point de vue de son ancien possesseur. Ne cite-t-il pas neuf fois sur dix la Maison Gryffondor comme premier choix? (2)

L’association entre la Maison Serpentard et les Pratiques Obscures serait-elle entachée des mêmes préjugés ? ... Vous le saurez en lisant demain la suite de cette dissertation.


1 : Et sans doute est-il bon de préciser, sans les excuser, que les sorciers en question ont agi en réponse à des insultes répétées de pêcheurs Moldus. Comme on le verra plus tard, cette précision n’est pas indifférente pour comprendre les fondements du comportement Serpentard envers les Moldus.
2 : Comme le confirme l’Histoire de Poudlard, Annexe II, Compendium des chansons de rentrée du Choixpeau Magique

jeudi 24 janvier 2008

MILENA (EPISODE 4)

There he stood, alone in a foreign country, with an old and powerful witch who used to be Grindelwald’s consort, and he had just told her about the Deathly Hallows, about how he united the three of them. Perhaps Dumbledore had said she was right, but never that she was righteous. There he stood, a trustful and childish fool, after so many traps. He grasped his wand, nervously.
Milena’s eyes, acute and bright, followed his movement.
“That isn’t the Elder Wand” she said slowly.
“No, Harry muttered. It was just… I was just… only for a brief moment… they are away now. I don’t own them anymore.”
Except for the Cloak, he thought, but he had fortunately turned off the Translatongue, and she wasn’t able to read his mind… was she?
And in a second, in a few quiet music notes, everything was over. The room was warm again, with hot tea and sweet cakes. She was old again, frail again, smiling again. But her smile was a sad one, he was now able to tell. Was it really like that, a sudden wave of darkness, barely a few seconds of tentation, enough to throw someone on a dead end? Was it like that when Dumbledore had tried to use the Stone?
“Then it happened. I’m not sure if I shall be happy.”
“Only for the briefest moment” Harry repeated. He was almost breathless, as he had been after his greatest perils.
She nodded dreamily. “Perhaps that was the only way. For the briefest moment. Death wouldn’t allow more. But it was enough, wasn’t it? You survived, and defeated Voldemort. It was enough for the world, who has its own ways of… regulation. Yes, I suppose that was all we could expect.”
But she looked even sadder. She was no more frightening at all, and Harry felt the urge to comfort this very old woman.
“But you were right. I had to own the Cloak first. I had it with me, when I… used the Stone. Sort of. The third Hallow. I had the Cloak with me. You were right. ”
But she shaked her head. “No. I might have been right about that, but I don’t think that is the matter Albus had in mind. I think he meant… a much deeper question. Much more essential.”
Deeper than Death? More essential than the Quest of the Hallows for people into it since they were teenagers?
Milena probably saw doubt in Harry’s eyes.
“Yes, she smiled, there are deeper things, closer to our hearts, even for old obsessive wizards like us. I told you the story had little to do with you. That is an ancient one, one that took place at the end of our first war, when Albus finally defeated Grindelwald.”
“I was wondering…” But Harry blushed again, felt tactless again. He was nothing of a diplomat.
“Please go on. Every wonder is appreciable.”
“Well, I was wondering… why you needed Dumbledore. Sure he was powerful and everything, but your people certainly had its great witches and wizards, too, able to challenge Grindelwald… I mean, yourself…”
“I would have been able to beat him? Perhaps you are right. Many people believed it then. Including my own sister.” The music became dark, bringing bitter grief and bleeding remorse. “Perhaps they were right. I will never know. But there was a great difference between Albus Dumbledore and me. He was brave, while I am not.”
“You cannot say that ! Harry exclaimed. You had been in love with Grindelwald, of course you…”
“And so was Albus. Why do you think he waited for so long? Why do you think he was so reluctant to confront Gellert, even when his very country was threatened? But he did it. He managed to do it, at end, and I didn’t. That’s the sole difference between the brave one and the coward. Some are able to go through their fears and act. Some aren’t. I was not.”

lundi 21 janvier 2008

MILENA (EPISODE III)

(At end... Sorry for delay...)

“You are probably tired of teachers, but I always thought better to begin from the student’s knowledge. And I do not want to bore you with needless repetitions. What did you learn about my past ?”
“I know little about your country, but I read you were once a renowned journalist, and that you fought against Grindelwald during the forty’s. It was said you to be a very gifted witch, but you never accepted a ministerial appointment. You are told to be no friend with the late Professor Karkaroff, and to disagree with the uses of Durmstrang. You even offered private lessons to the families who shared your views and refused to send their children at Durmstrang. You are presented like… some subversive personality”, he ended quite shamefully. She looked so old and respectable, not even odd as Dumbledore had been. She really wasn’t the kind of person you would call “subversive”.
“I suppose that will stay more or less as my official biography. Have you ever noticed how biographies usually ignore the youth of people who live old? That won’t be the same for you, of course. Your child and youth’s accomplishments already make you famous.”
“Perhaps I won’t live old”, smiled Harry. Strange how he was able to smile about such things, now.
But she answered seriously : “I’m afraid you will.” And he felt uneasy again. Was she a prophetess of some kind? He had read nothing like that, but one might want to hide such a gift, that wasn’t especially comfortable. She didn’t look like a prophetess, but he had little experience, except for Professor Trelawney. She really hadn’t the slightest resemblance with Trelawney.
“However I was about your age when I did the most important encounter of my life. One of these encounters from which you will never recover. One that binds the course of your life forever.”
Harry wonders if he had met such an encounter. It would probably have been Voldemort. He found it quite depressive.
“It was a young and brilliant wizard, and we met in the way boys and girls usually do. We fell in love, and shared many things, not only a bed.”
He blushed, and felt stupid to do it. Of course old people had been young, and made love. Milena had been a beautiful woman. The man she used to love should have been a remarkable one indeed. Then he understood, and felt stupid again.
“Grindelwald, he said. You fell in love with Grindelwald.”
“Certainly. Many did. He had the most fascinating personality. But I was the one who shared his life, for years. Until the darkness falled.”
Was it really like that ? Love and youth and enthusiasm, then someday the darkness falling upon people like a storm?
“I shared his magic and his dreams, and even his quest for the Deathly Hallows. We were dreaming of a way to become both immortals, I suppose. That is very common to young lovers, wanting to be so for eternity. We spoke about them so many times, in so many long lovers’ nights, that I cannot recall these conversations otherwise than as a sole one, a very long and often interrupted one. For years, his… our ambitions took this only shape, this only path. You probably know this part of the story : the first Hallow we managed to trace was the Elder Wand. I remember we argued about the order. I was defiant towards the Wand, and quite certain the Tale of the Three Brothers was showing us the sole way to unite the three Hallows : we should possess the Cloak first. Gellert answered that was all fine, but we cannot afford the luxury to wait for the Cloak when the Wand was at hand. I still thought that was wrong, and the Cloak was the only way to protect us against the lethal powers of the two other Hallows. The Wand’s or Stone’s owner would die from them before he could find the other ones. That was probably our first major discordance.”
“And you were right !” Harry cried with no care of what he was revealing. “That was it ! You were right, but we only had the proof last year, when… when I…”
He stopped. There was a new light in Milena’s eyes, and she was now looking much younger, and much more powerful, as Dumbledore had been in his most threatening moments.

jeudi 13 décembre 2007

MILENA (EPISODE 2)

(Same disclaimers...)

Now he was there, far across the sea and lands, staring at the woman Dumbledore had said to be right. At first he was afraid his pessimistic expectations would come true, because the old witch looked pale and frail and tired, almost exhausted. Then she, or the Translatongue, spoke : “You can light off this Charm. I speak your language.” He did as she said, heard her real voice, and wasn’t afraid any more, which was the usual reaction to Milena Horakova’s voice.
“Be very welcome, Harry Potter” she said in an incredibly melodic English, accentuated in a way he never heard, and would never heard again after her. “Please have a seat. I suppose you came for quite a long chat.”
He took place in an ancient high-backed ebony chair, and attempted to look at the room to dispel the charm of her voice. The stone walls were of a warm shade of gold, decorated with tapestries and paintings, not only enchanted ones but also Muggle motionless artworks. Harry saw the numerous books, old and new, the precious boxes, the elegant furniture: he knew little about such things, but the word of “taste” came to him. It was as if generations of witches and wizards with culture, taste, and probably money, had successively left their subtle touch to this place.
“Would you mind a little music ?” Milena asked politely, pointing at a coppery device looking like some vase full of metallic flowers shaped like brass.
He nodded, and rich sounds came from the device, piano and strings, too soft to be a disturbance but as present as if the orchestra would have been in that very room.
“Professor Dumbledore was fond of music too” he couldn’t help to say.
She smiled, but not happily : “Indeed. And that isn’t the only fondness we shared. But for that one, there are some obvious reasons. Music is a strong ally against Dark Arts. I find it more and more needed with the passing of time. Old age might be a Dark Art, too.”
And she looked old indeed, not because of wrinkles nor white hair, but for the sudden weight shadowing her shoulders. Harry had seen pictures of her in her youth, wearing strange old-fashioned robes, and she had been beautiful, tall and slender, fair-haired, with a gracious face and deep dark blue eyes. But he wasn’t able to tell if something of that beauty remained. He was too young. Or she was passed in a realm where physical beauty no longer mattered.
“You might be hungry. Or thirsty. I can offer you Russian tea and cakes, if you please.”
He nodded again, then answered, with effort : “Thank you, yes. You’re very kind. That was quite a long trip.” His voice sounded hoarse and ill-articulated after hers. But he was a polite boy, and she looks a little like some old Hogwarts’ teacher.
The tea was dark and strong. He added sugar. The cakes were good, both sweet and spicy. Mrs Weasley would have asked for the recipe. The thought of his mother-in-law helped him to feel better: she would have been perfectly at ease there, eating cakes and chatting with the old witch. The tea was probably helping, too. That was another thing Mrs Weasley knew about Defence Against Dark Arts.
So Harry was able to drink his cup, eat two cakes, and begin. Words came easily after all.
“I had a dream about Professor Dumbledore. I’m not sure that was a dream, but it took place after his death, so I have to suppose… A vision or something. We spoke of many subjects, but he said something about you.”
She was listening very attentively now, her head slightly leaned to her right.
“And you see, I had never heard about you, so I couldn’t have imagined your name.”
That sounded desperate, he thought.
But she said : “Of course you couldn’t. What did he say? What did Albus say, exactly?”
“He said you were right, after all.”
He expected something, of course, some violent reaction, some revelation. Nothing happened of that sort. She kept smiling in her neither happy nor sad way. Harry’s excitation falled off. There he was. A detail of no importance. May be a cake’s recipe after all.
She looked at him directly. Her eyes were still dark and deep, blue as an evening sky.
“And I suppose that during this conversation, you talked about both Voldemort and Grindelwald?”
Harry sustained his breath. She went on without an answer : “Of course you did. There are few questions worthy to delay a departure to the other world. Especially for someone like Albus Dumbledore. Only remorse and duty, love and death.”
We didn’t speak about love, Harry wanted to say, but he stopped. He wasn’t sure anymore. They might have had. They might have spoken exactly of the matters she had named.
“You know ? he dared. You know what he was talking about ?”
“I might. I suppose I do, yes. But that’s a long tale, in an old-womanish fashion. Are you sure you want to hear it? That is about things past and done, not even connected to you.”
Didn’t she know that anyone would listen to the longest tales, told by a voice like hers?
“I do, Harry answered gravely. I feel… I need to know more about Dumbledore, about what he was before I knew him. I came for this tale. It cannot be too long.”
Then she began, and the music from the copper vase changed, as if it was accompanying her storytelling.

mardi 6 novembre 2007

CANDIDATURE

Professeur de Défense Contre les Forces du Mal cherche poste, de préférence aux environs de Genève.

Le métier dont je rêve : enseigner la Défense Contre les Forces du Mal. Against the Dark Arts est meilleur, le mot dark est important, les ténèbres sont importantes.
J'en rêve depuis quelques années.
Et, enfin, je me demande pourquoi.

Pourquoi ce désir persiste.
Pourquoi je rêve d'enseigner ça, pourquoi j'y repense régulièrement, pourquoi il m'arrive d'imaginer des séances de cours, de prendre quelques notes, de rassembler en esprit du matériel.
Pas seulement écrire un manuel, non, enseigner, à de vrais élèves. C'est un appareil pédagogique qui m'occupe.

Et voilà, je crois, une partie de la réponse : parce que c'est utile. Peut-être l'enseignement le plus utile au monde. Même pour les Moldus.
Car il y a des ténèbres, et nous y sommes tous confrontés un jour ou l'autre. Il y en a dans le monde et il y en a dans nos âmes. Il y a le monstre bouffi de la Haine. Il y a les Monstres sous les Lits. Il y a le Désespoir qui nous tend d'affreux miroirs. Il y a les choses sombres qui se glissent dans les ténèbres et auxquelles nous refusons de croire. Il y a nos instincts les plus noirs. Il y a la souffrance, et la solitude, et la trahison. Il y a la Mort (qui n'est pas une Force du Mal, ni un Dark Art, mais qui en engendre, même si c'est contre son gré.) Il y a des abîmes bien plus profonds et bien plus anciens qu'on ne le prétend. Il y a la peur. Celle de la Nuit, par exemple.
Il y a des ténèbres, nous y sommes confrontés, ou le serons, même les Moldus, et il y a effectivement des Défenses pour s'en protéger.

Parmi lesquelles, bien sûr, la littérature, que j'enseigne "pour de vrai".
Alors voilà : je voudrais enseigner la Défense contre les Forces du Mal parce que de toutes les fonctions de la littérature, c'est celle qui m'est la plus chère.