Affichage des articles dont le libellé est amis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est amis. Afficher tous les articles

dimanche 25 août 2013

Bénédictions

Nous ne parlons jamais de cela. Nous parlons pour nous plaindre et pour railler, pour rendre compte et déplorer, pour combattre et pour regretter. Quand, si rarement, nous écrivons sur quelque sentiment positif, il faut que ce soit l'amour fou, ou la sérendipité.
J'aime l'amour fou et la sérendipité, bien sûr.
Et comme tous les autres je raille et je me plains.
Mais je rends grâce. De plus en plus souvent, ces temps-ci.
Humblement, émerveillée de ma chance.

De vivre là où je vis, sur la frontière poreuse de deux Etats en paix depuis longtemps, dans un pays de beauté, où montagnes et lacs jouxtent la ville et ses théâtres.
De vivre avec qui je vis, un merveilleux compagnon, un adorable petit garçon, bientôt un deuxième.
Que nous soyons tous en bonne santé.
Que nous ayons deux formidables et disponibles grands-mères, nous permettant ce luxe que si peu de jeunes parents peuvent se permettre, de sortir parfois le soir.
Que nous travaillions tous deux et gagnions raisonnablement notre vie, vivions dans une jolie maison (même si nous n'en sommes pas propriétaires). Que mon travail me permette de lire, de rencontrer des jeunes gens passionnants de toutes nationalités, et cependant de passer un peu de temps avec mon fils.
Que nous riions tous les trois (bientôt quatre), jouions, allions parfois nous baigner dans le lac, racontions des histoires, achetions des livres, réservions des places de théâtre.
Que certains de nos amis vivent assez près pour nous voir régulièrement, et que les autres soint présents malgré tout, par la grâce des Réseaux.
Que nous ayons encore ce refuge enchanté du Jura, cette vallée fraîche et secrète où les quatre saisons nous comblent de merveilles.

Je ne le dis pas, pas assez, je suis comme les autres. Mais j'y pense, souvent.
Avec la culpabilité diffuse de mes ancêtres catholiques, chaque fois que j'entends les nouvelles de Syrie, d'Egypte ou d'ailleurs. Celle qui nous fait signer les pétitions, donner aux associations humanitaires — lâchement, mais.

Mais je rends grâce. Publiquement, pour une fois. Merci. Même si je ne sais pas à qui je dis merci.

mercredi 19 janvier 2011

IDENTITÉ : RÔLISTE

Je suis rôliste, donc.
J'aime bien ce mot, en français, parce qu'il insiste sur le rôle plutôt que sur le jeu. Vieux débat. Pourtant je suis joueuse aussi. Il m'est arrivé, au moins deux fois, de jouer une joueuse.
J'aime aussi le jeu de rôles pour les mises en abyme qu'il offre.

Je suis rôliste parce que j'aime les histoires, j'aime en raconter et que l'on m'en raconte ; j'aime les héros (même noirs, même anti-) ; j'aime le dépaysement, les batailles épiques, les terres inexplorées et les cartographies mystérieuses ; j'aime l'Histoire aussi, et le voyage dans le temps ; je suis rôliste parce que j'aime tricher et démultiplier mes identités, mes possibles.
C'est le thème du Voyage qui domine, n'est-ce pas?
Oui, le rôliste est un explorateur. De mondes, de temps, de caractères, de possibilités, de ses propres facettes.

Cette identité-là m'a offert maintes intensités, maints souvenirs, maints textes (le rôliste est aussi, presque toujours, quelqu'un qui écrit), et même des amours. Des amours imaginaires, certes, mais pas moins belles, pas moins fortes, d'avoir pour objet Corwin, Vykos ou Porthos Fitz-Empress.
J'ai aussi d'intenses souvenirs de maîtrise, ceux que m'ont donné Jorune et ses tourments, Edgar et ses quêtes, Adrien enchaîné à son Arbre…
Et des amis, des amours, réels.
Cette identité-là est une de celles que je partage avec mon Amour.

Ces dernières années, il semblait que les rôlistes français étaient condamnés à vieillir et s'éteindre, si je puis le formuler aussi mélodramatiquement. Nous devenions trentenaires et les plus jeunes générations ne semblaient plus s'intéresser à de tels jeux.
Une identité menacée, donc, comme celles dont parle Amin Maalouf.
Conséquence de cette menace, mécanisme d'auto-défense? Ou belle flamme venant la contredire?
Toujours est-il que le monde du jeu de rôles français redevient plus vivace que jamais.
Les signes en sont nombreux, de la résurrection du mythique magazine Casus Belli au grand nombre de nouveaux jeux publiés récemment en France — souvent aussi par de nouveaux éditeurs. Peut-être en reparlerai-je.

L'un de ces signes est le beau magazine Di6dent qui, après un bel essai modestement considéré comme n°0, consacre son n°1 aux femmes dans le jeu de rôles, dossier pour lequel j'ai eu l'honneur de m'exprimer ici.

Ledit numéro 1 est disponible en PDF au prix défiant toute concurrence de 3 euros, pour 164 pages riches et intéressantes.
Le dossier sur les femmes est particulièrement bien traité. Mention spéciale aux conseils aux MJ masculins pour incarner des personnages féminins, en utilisant finement et dépassant les archétypes (signés Sébastien Delfino), à la question des personnages féminins dans les jeux à cadre historique, et au très beau scénario pour Tenga rédigé par l'auteur du jeu, Jérôme "Brand" Larré, où les joueurs incarnent les épouses de samouraïs partis au combat.

Autre dossier intéressant et bien traité, et qui me touche aussi d'assez près, celui consacré à "la Suisse, l'autre pays du jeu de rôles".

jeudi 13 janvier 2011

IDENTITÉS

En lisant mes derniers posts alors qu'elle n'avait pas visité ce blog depuis longtemps, Oona m'écrivait : "Que vous semblez avoir changé !" — au point de s'être demandée, un moment, s'il s'agissait bien de moi.

J'ai été surprise, bien sûr. Et peut-être bien vexée.

Certes, mes derniers posts — et pour cause ! — parlaient de bébés, un sujet que je n'avais pas de raison d'aborder auparavant.
Certes me voici devenue une maman.
Ai-je pour autant radicalement changé ? Au point d'être presque méconnaissable?

1. Bien sûr, nous n'avons jamais l'impression de changer. Le processus d'évolution intérieure est si progressif que nous avons rarement conscience du changement, et les vieilles personnes avouent souvent ne pas se sentir foncièrement différentes de leur moi jeune. C'est un motif souvent évoqué : nos cellules se renouvellent entièrement tous les dix ou quinze ans. Nous sommes donc chaque fois un être entièrement neuf, pourtant nous gardons une même conscience. Terry Pratchett l'explique ainsi dans Le cinquième éléphant : si vous héritez de la précieuse épée de votre grand-père, et qu'elle reste dans votre famille génération après génération, vous allez être amené à la restaurer régulièrement. Ce faisant, il faudra remplacer des pièces. Telle pierre du pommeau qui se sera descellée ou ternie. Le fourreau entier. Peut-être même faudra-t-il, un jour, remplacer la lame par un acier neuf. Un jour, l'épée ne contiendra plus une seule parcelle de l'arme d'origine de votre aïeul. Pourtant, vous continuerez à la traiter comme telle, à la désigner comme telle et de fait, elle sera telle.

2. Parfois, dans un roman, l'auteur présente un personnage comme "ayant une conscience aigüe de sa propre identité." Si je me souviens bien, c'est par exemple le cas de Benedict dans le Cycle d'Ambre de Zelazny.
Et bien, j'ai, depuis longtemps, une conscience aigüe de ma propre identité. D'où ce malaise, cette petite vexation même, à l'idée que quelqu'un que j'aime puisse ne pas distinguer ce fil, cette continuité, ce noyau. Noyau est le mot le plus juste.
Pourtant nous sommes tous changés par la naissance d'un enfant, chacun le dit, il n'y a pas de honte à ça.
Changée, oui. Pas métamorphosée. Je ne me sens pas métamorphosée. Je ne me sens pas fondamentalement différente. Ma vie, mon emploi du temps, mes préoccupations le sont, à des degrés divers (le degré maximal étant pour l'emploi du temps, évidemment !) Mais le noyau ? Simplement de nouvelles particules gravitent autour de lui.

3. Car c'est ainsi que nous fonctionnons : nous sommes une mosaïque d'identités. Elles ne se superposent pas les unes aux autres, elles ne se remplacent pas, elles s'ajoutent. Ainsi puis-je être une maman geek, une Marseillaise et une Genevoise ou une Pays-de-gessienne, une Française et une Européenne, une agnostique d'éducation catholique sensible à la poésie de toutes les religions, une prof et une rôliste, une agrégée de formation académique au possible et une lectrice (et auteur) de fantasy… et ainsi de suite. Ces identités coexistent pacifiquement dans la plupart des cas, notamment dans le mien qui suis chanceuse (pour le reste, vous pouvez lire l'essai d'Amin Maalouf, Les identités meurtrières et la merveileuse anthologie de Lucie Chenu.)

Et ce blog ne reflète pas fidèlement toutes les facettes. Ou pas régulièrement. Pourtant la forme même du blog, disjointe, fragmentée, mosaïste, nous y encourage. Des outils tels que les Libellés le reflètent.

Quelle photographie des identités de ce blog offrirait par exemple le génial Wordle ?



Il faut bien avouer que les bébés sont très présents, n'est-ce pas ?

Pourtant ce beau nuage n'est qu'un instantané — terriblement lacunaire, si dense parût-il.
Les deux mots qui dominent le nuage de tags, à votre droite, sont MONDES et MOTS. Sans doute le noyau que j'évoquais est-il quelque part entre ces deux mots.

mercredi 6 janvier 2010

DE LUCIE ET DE LUCIFER

Lucie Chenu est une lumière. Personne n'a jamais mieux porté ce prénom.
Elle éclaire, elle réchauffe.
Elle est modeste, et met en lumière ce qu'elle aime, ceux qu'elle aime.
Elle éclate et jaillit en étincelles quand sa révolte déborde.
Elle est brûlante, de désirs, de projets, de colères parfois, de passions toujours.
Elle donne. Elle avance les yeux ouverts, les bras ouverts, le coeur ouvert.
Elle réchauffe, à mots simples, à mots doux, quand on en a besoin.
Elle apprivoise et réconforte, car les auteurs sont d'étranges et fragiles bêtes.
Parfois elle se glisse même dans leurs textes — dans deux des miens je l'ai retrouvée, changée en personnage sans pourtant être changée, éleveuse ou éditrice.

Il est si facile de faire son éloge que j'en ai presque honte.
J'espère que nos chemins continueront de se croiser, de se trouver.
Je rêve pour elle d'une énergie inépuisable, si quelque auteur de SF en trouve le secret.
J'espère, un jour, lui rendre un peu de sa lumière.



Et croyez-moi, elle mérite cet éloge.
La preuve en est dans les quantités d'autres éloges, de plumes autrement plus célèbres que la mienne, et même, excusez du peu, des pinceaux de Caza !

Vous pouvez les lire ici, dans le dernier numéro d'Univers & Chimères (menu "Entretiens")


Vous pouvez les lire aussi dans le recueil de ses textes qui vient de paraître aux éditions Rivière Blanche :
Les Enfants de Svetambre
avec une autre magnifique illustration de Caza en couverture.

J'ai le plaisir et l'honneur, avec mon "jumeau de l'Eden", Julien Fouret, de voir l'un de mes propres textes publiés dans le recueil de Lucie, le troisième volet du tryptique de la Genèse, "Haine, rupture et commencement" qu'elle a entamé de façon si stimulante avec le point de vue de Lilith que nous avons eu envie de le poursuivre, Julien donnant la version d'Adam et moi celle de Lucifer : une histoire de commencement, donc.

dimanche 15 novembre 2009

TEASER (1)

Il y a si longtemps que je n'écris plus.
Pas seulement : que je ne vous écris plus, amis ni anonymes ni électroniques qui me lisez ici.
Que je n'écris plus, comme cela m'arrive parfois, depuis longtemps, depuis toujours, chaque fois que le tourbillon du monde m'éloigne de la page, de la plume, du temps suspendu et fragile de l'écriture.
Toujours ce fut ma plaie : j'écris si peu.

Mais je goûte les saisons, l'automne flamboyant qui se givre d'hiver peu à peu, saisons si différentes de celles où je suis nées, et combien plus spectaculaires !
Et je rêve de textes, ébauches d'idées, personnages possibles, intrigues amorcées.
Je ressens l'appel de l'écriture comme j'imagine l'appel de la mer, comme j'éprouve parfois l'appel de l'Ecosse : un élan ardent, presque douloureux, qui écrase les poumons, crispe le ventre, la plus violente des formes de nostalgie.

Et voici des nouvelles, malgré tout.
Que je décline, pour gagner du temps, sous forme de Teasers.

La première commence ici :
Un disque mystérieux

dimanche 16 août 2009

UN JEDI APPREND ET SE SOUVIENT (3)

Post entre deux départs, spécialement pour Maiwenn…

3. N’aie jamais peur d’être triste


« Elle est trop jeune ! De nombreux padawans plus âgés attendent un maître.
— Jamais nous n’avons attribué les apprentis en fonction de leur âge.
— Vous ne pouvez nier, cependant, que les padawans qui attendent trop longtemps en éprouvent de la frustration et en gardent longtemps un manque d’assurance.
— Ceux-là qui ne sont pas capables de faire face à cette attente ne sont pas dignes de devenir des Jedis. »
Les Maîtres se taisent. Une minute de silence est nécessaire pour faire disparaître la tension naissante : une tension qui ne devrait jamais troubler le Conseil, et qui surgit de plus en plus souvent. Les plus perceptifs des membres du Conseil s’en inquiètent.
« Si ses maîtres jugent qu’elle est prête, le Conseil n’a pas à remettre en cause leur décision.
— Prête, elle est, affirme Maître Yaddle. Lucide. Réfléchie. Plus que beaucoup de padawans. »
Maître Adi Gallia intervient : elle attendait l’instant propice depuis le début de la discussion : « Stass Allie aimerait l’avoir comme apprentie. Elle estime qu’Oroshi ferait une excellente guérisseuse.
— Sa voie, cela n’est pas. Un autre chemin a été choisi pour elle.
— Il est encore temps de changer. N’est-ce pas au Conseil de décider de sa voie ? Nous manquons de bons guérisseurs, et il est rare de trouver à la fois force et empathie chez un enfant.
— Je regrette, Adi, intervient Maître Windu. Le Conseil a besoin d’elle à un autre rôle. Vous le savez. Nous ne pouvons pas laisser passer une telle chance : combien de temps attendrions-nous avant d’avoir un autre Qel’Sayan en formation?»
Cette fois, personne ne proteste. Le Conseil sait trop combien il a été difficile de trouver des jeunes Jedis convenant à ce plan. Une Qel’Sayan est une chance inouïe. La voie d’Oroshi est fixée depuis son arrivée au Temple.
« Maître Rancisis est un bon choix. Il enseignera à Oroshi ce qui lui manque, une discipline de combat. De plus…
— De plus, son éloignement nous sert. On ne verra plus Oroshi à Coruscant avant la fin de sa formation.
— Qu’il en soit ainsi.
— Faites venir le padawan Oroshi Qel’Sayan. »

Aoy s’est assise sur les marches et elle attend que se rouvrent les portes de la salle du Conseil. Elle attend qu’Oroshi ressorte, essayant dans l’intervalle de calmer le flot de ses pensées. Elle ne doit pas souhaiter ce qu’elle souhaite, elle sait que c’est une erreur, elle souffre même de le souhaiter : qu’Oroshi ne parte pas, qu’elle ne parte pas déjà… Non. C’est un grand honneur, que son amie mérite, comment souhaiter autre chose ? Aoy appelle la Force pour apaiser son esprit, pour le vider de toute peur. La peur est une des pires émotions pour un Jedi, Aoy le sait, elle peut mener au Côté Obscur. La peur est son point faible.
Lentement, le réconfort monte en elle, avec la Force. Simplement parce qu’elle peut le faire, qu’elle sait qu’elle le peut. Mais n’est-ce pas Oroshi qui lui a donné cette confiance, n’est-ce pas Oroshi qui l’a aidée, toujours ?
La petite Twi’lek ne tremble plus, mais elle a froid. Elle se sent vide. Elle sent de la tristesse et non plus de la peur. N’aie pas peur d’être triste, lui a dit Oroshi souvent. Il y a aussi une Force dans la tristesse.
Un apprenti de quinze ans monte les marches, avec la foulée souple du Jedi et du messager. Il ne ralentit pas en passant près d’Aoy, il ne l’a pas vue. La frêle Twi’lek ne s’en offense pas : elle sait bien que c’est elle qui désire passer inaperçue, qui l’a toujours désiré. Puis Aoy la voit, au sommet des marches : une fine silhouette couronnée d’argent, très droite, avec l’espèce de noblesse dont elle n’a jamais eu conscience et qui lui a causé tant d’ennuis. L’adolescent s’est arrêté près d’elle, surpris:
« Oroshi. Que te voulait le Conseil ? »
Aoy perçoit l’hésitation de son amie, puis elle entend sa voix claire :
« Le Conseil m’envoie en apprentissage auprès de Maître Rancisis. »
Le cœur d’Aoy se serre. En haut des marches, elle entend le garçon féliciter affectueusement son amie. Oroshi a toujours eu de bons rapports avec les grands.
Puis elle entend le pas léger de son amie, descendant vers elle ; Aoy compte les marches, comme si cela pouvait ralentir le trajet.
Puis plus rien.
Et quand elle lève la tête vers Oroshi, le contrôle patiemment retrouvé s’évanouit. Elle contemple le visage qu’elle connaît le mieux au monde, le petit menton, les calmes yeux bleus, les mèches presque blanches qui retombent autour des pommettes hautes, et elle s’écrie :
« Comment vais-je faire sans toi ? Je ne pourrai pas ! »
Alors son amie la prend dans ses bras, et Aoy sent, une fois encore, la force et la confiance qu’elle lui prodigue.
Quand elle regarde décoller le vaisseau, elle est calme. Elle entend la voix d’Oroshi. Bien sûr que tu y arriveras, Aoy. Tu y arriveras toujours. Tu es la meilleure d’entre nous, la plus courageuse. Tu n’as pas du tout besoin de moi. Et puis je ne te quitte pas vraiment : la Force nous lie, Aoy, elle nous liera toujours, je te sentirai toujours et toi aussi tu me sentiras.
Le vaisseau s’élève au-dessus de Coruscant : les yeux de la petite Twi’lek ne le perdent pas au milieu de l’intense trafic aérien. Elle ne peut pas le perdre, puisqu’il porte à son bord la Force d’Oroshi, bleu et argent, qu’elle ne confondra jamais avec aucune autre.
« Que la Force soit avec toi. » murmure Aoy.
Très haut, hors de l’atmosphère de la planète, le vaisseau d’Oroshi passe dans l’hyperespace. Elle ne peut plus le voir.
N’aie jamais peur d’être triste.
Elle laisse couler ses larmes. Elle apprivoise leur goût, leur contact, leur trajet sur sa peau. Alors seulement elle rentre dans le Temple.

Un Jedi apprend et se souvient. Je me souviens bien de mon départ de Coruscant et des jours qui l’ont précédé. Je me souviens surtout de combien j’étais ignorante, alors. J’espère avoir appris, depuis. J’ai certainement appris, mais j’espère avoir progressé.
Je n’avais pas onze ans.
Je me souviens de la petite silhouette d’Aoy en bas, et de la souffrance que suscitait en moi son désarroi. Je me souviens d’avoir parlé, parlé, pour que sa souffrance reflue enfin, pour qu’elle soit forte, comme je sais qu’elle peut l’être. Personne, depuis, n’a remplacé ma petite Aoy.
Je me souviens que Lévon voulait à tout prix m’organiser une fête, et que je me suis acharnée à refuser. Lévon avait quinze ans et ne comprenait pas :
C’est absurde, Oroshi, j’ai eu ma fête lors de mon départ avec un Maître, et Siri l’a eue, et… Et ses amis l’approuvaient. J’ai pensé quelquefois que si je m’entendais bien avec les apprentis plus âgés, c’est parce qu’ils ne comprenaient pas du tout les problèmes que je rencontrais. Je me demande maintenant si je ne surestimais pas moi-même l’ampleur de ces problèmes. Je ne voulais pas de fête parce que je pensais qu’elle n’aurait fait que souligner une différence nouvelle, qu’on me reprocherait comme on m’avait reproché toutes les précédentes. Je ne voulais pas de fête parce que je savais que les grands trouveraient naturel d’inviter tous les padawans de ma classe, et que les choses se passeraient mal. Et je n’en sortais pas : en refusant cette fête, je paraissais faire preuve d’une humilité affectée, excessive, qu’on me reprocherait aussi.
Maintenant, je comprends, bien sûr. Mais à l’époque, ce fut l’une de mes seules sources de colère. Cette émotion m’est largement étrangère : quelquefois pourtant, quand j’avais neuf ou dix ans, j’ai éprouvé de la colère envers mes Maîtres. Ils ne me facilitaient pas la tâche : contrairement aux autres padawans, on me permettait — on m’encourageait, même — à échanger des messages avec ma famille ; on m’a donné un congé forcé pour aller assister aux funérailles de mon grand-père. Je désirais y aller, et pourtant ce privilège me répugnait.
Cela fait partie de l’accord passé avec les Qel’Sayan, se bornait-on à me répéter, et mes camarades de les singer : oh oui, les célèbres Qel’Sayan, que ne ferait-on pas pour leur complaire ? On leur accorderait n’importe quoi pour qu’ils nous laissent leur précieuse petite Oroshi ! Parfois je m’emportais : nos Maîtres n’étaient-ils pas censés être les meilleurs pédagogues de la galaxie ? Ne voyaient-ils pas à quel point ces privilèges nuisaient à leur enseignement, tant pour mes camarades que pour moi ? Enfin l’apothéose : cette décision de me confier à un Maître, plus de deux ans avant les autres.
C’était mon erreur : les Maîtres ne se préoccupaient pas de cela. Si de telles broutilles pouvaient nous empêcher de réussir notre apprentissage, alors ils préféraient le savoir très tôt, avant que nous ayons atteint l’âge adulte. Et chacune de leurs décisions était très précisément motivée, chacun de leurs arbitraires apparents était tourné vers le but qu’ils s’étaient fixé. Ce n’était pas du tout la Maison Qel’Sayan qui imposait sa loi au Conseil Jedi, mais bien les Jedis qui se préparaient à utiliser la Maison Qel’Sayan.
Maintenant je le vois, et mes colères d’enfant me semblent dérisoires. On louait ma distance critique, ma lucidité. Je n’avais ni l’un ni l’autre. Mais j’apprends et je me souviens.

lundi 3 août 2009

BILANS D'ÉTÉ

L'été a toujours été pour moi la saison des bilans et des résolutions. Le passage des ans, pour moi comme pour tous ceux dont le rythme est scolaire, se fait lors des vacances d'été et non pas du changement de date, aussi invisible que sa ligne à travers l'océan.

Celui-ci est paisible. Cela me plaît et me déplaît, car je suis exigeante et folle, et me défie de la paresse. Je suis de ceux qui voudraient chaque journée productive. Non pas en termes économiques, certes, mais productive : en travail, en création, en avancement d'une sorte ou d'une autre.
Ainsi l'été et sa langueur m'inspire depuis longtemps la méfiance. La chaleur, la vacance elle-même, incitent à l'assoupissement, à l'écoulement des journées comme l'eau et le sable. L'été est une saison fuyante.

Je m'en défie d'autant plus qu'il me tente : glisser doucement dans l'inactivité et les douces lectures est une de mes tentations les plus aiguës.
Et je me dis qu'il serait sot de refuser ces douceurs-là, ces plaisirs-là, beaux et simples.
Car j'aime : passer du temps avec mon Aimé, avec des amis trop peu vus cette année, lire beaucoup, jouer enfin, frémir face à l'Horreur d'Arkham ou de Dunwich, entraîner des agents de l'Empire Britannique à travers un Grand Tour, de Douvres à Rome, rêver d'être une femme fatale dans une cité noire et corrompue, une guerrière Féerique traversant la neige et le sang…

Mais j'aurais voulu travailler plus. Ecrire surtout.

Dans ce domaine, une mauvaise nouvelle : la publication de mon adaptation de la Belle au Bois Dormant, "Une histoire de désir", dans la très prometteuse anthologie Contes de villes et de fusées, est ajournée sine die. La crise, qui rôde dans tous les journaux, que l'été assourdit sans endormir, me frappe là où je ne l'attendais pas. Affaire à suivre, j'espère. J'ai eu la chance de lire le fichier avant épreuves, et les contes de Lionel Davoust, Mélanie Fazi, Léonor Lara et Pierre-Alexandre Sicart sont de toute beauté. J'aurais été honorée de paraître parmi de tels textes. Et je récuse ce conditionnel : je serai honorée !

Mais une bonne nouvelle, imprévue et reçue à l'instant : ma vision des mythes d'Ariane, Phèdre et Thésée, intitulée sans la moindre originalité "Le Labyrinthe" paraîtra dans les Actes du colloque universitaire Autour du Minotaure. A cette occasion, je participerai au colloque à Clermont-Ferrand en janvier prochain. Détails à suivre.

samedi 16 mai 2009

LA FANTASY EN FRANCE

Après moults atermoiements (parce que je n'ai rien d'un écrivain reconnu et ne m'estime donc pas entièrement légitime, et parce qu'il m'est difficile de m'absenter de mon lycée), la chose est sûre.
Je participerai donc aux journées "La fantasy en France" les 10 et 11 juin prochain, sur le campus de Villetaneuse (Paris-Nord).

On y accède par ces moyens.

L'affiche.
Et le programme.

Cela ressemble à un cliché mais c'est vrai : ma plus grande joie est que ces journées me permettront de voir ou revoir certain(e)s qui me sont cher(e)s.

lundi 16 février 2009

PRIX MERLIN

Jusqu'au 16 mars, le premier tour des votes du Prix Merlin est ouvert.

Petit explicatif

Le prix Merlin récompense depuis 2002 un roman et une nouvelle de fantasy ou de fantastique parus l'année précédente. Il n'y avait pas en France de prix du public pour la fantasy francophone. Merlin nous a semblé être le personnage idéal pour en être le patron.

Il représente toutes les facettes du genre : c'est un " démon ", un prophète et un enchanteur. Il est à lui seul un type littéraire, un motif maintes fois revisité dans les récits médiévaux et, plus tard, dans les récits de fantasy. La figure qu'il incarne est universelle.

Merlin est à l'origine de toute idée de quête, il initie la quête, il la justifie par ses prophéties en lui conférant une nécessité. Merlin rêve le rêve et ordonne sa réalisation. Et si ça ne suffit pas, il le fait mettre par écrit. Dans tous les récits il est celui qui pose les fondations d'un monde qu'il a rêvé, tout comme l'écrivain commence par imaginer un univers. Il fut une figure de l'écrivain dans les romans en prose du XIIIe et, de nos jours encore, la fonction que remplissent ses différents avatars dans la narration demeure essentielle : de Gandalf en passant par Belgarath, la figure de Merlin, quelque soit son incarnation, est de toutes les époques et participe de tous les récits. Elle est fondatrice d'un imaginaire littéraire.


Ca se passe ici :
Le Prix Merlin

Dans la catégorie Romans, je n'ai pas voté, n'ayant rien lu de la liste proposée (mais peut-être avez-vous suivi plus attentivement que moi l'actualité des littératures de l'imaginaire).

Dans la catégorie Nouvelles, non, je n'ai pas voté pour moi… non, ni pour moi-sous-pseudonyme.
J'ai voté pour des auteurs et des textes qui m'ont particulièrement touchée cette année.
Si vous insistez, je vous dirai qui...

jeudi 22 janvier 2009

PIGEONS & GARGOUILLES

Pour se débarrasser de quelques pigeons…

J'entends déjà les protestations indignées des Défenseurs des Animaux à Plumes et à Bec, et suis contrainte de m'expliquer.
Je n'avais rien, vraiment rien, contre les pigeons. Certes ce ne sont pas les plus malins des animaux, mais ils ont de belles couleurs irisées, et me rappellent Virginia Woolf, la place Saint-Marc à Venise, ainsi que Montaigne et La Boétie, grâces en soient rendues au Professeur Jean-Claude Ricci.
Je n'avais rien, vraiment rien contre eux, jusqu'à ce qu'ils décident de nicher sous les poutres qui surplombent notre terrasse et de faire leurs besoins sur notre linge étendu. Nous vivons, savez-vous, dans une région peu ensoleillée et sujette aux intempéries, et nous réjouissions de disposer d'une terrasse couverte pour y faire sécher notre linge à l'abri. A l'abri de Pluie et de Neige, mais pas des Pigeons.

Pour se débarrasser de quelques pigeons, il ne suffit pas d'ouvrir sa fenêtre à intervalles réguliers et avec fracas. Certes ils fuient à tire d'ailes — le pigeon n'est pas un oiseau courageux — mais reviennent dix minutes plus tard et roucoulent de plus belle — le pigeon a la mémoire courte.
Il fallait donc recourir à des spécialistes, de vrais chasseurs, des prédateurs-de-pigeons.
Ainsi me suis-je lancée dans de savantes reccherches, et j'ai fini par établir une liste des plus prometteuses. Trois peuples arrivaient en tête : les Chats, les Corbeaux et les Gargouilles.

J'étais donc terriblement chanceuse, puisqu'avec ces trois peuples je me trouve avoir des rapports privilégiés.

Les Chats, qui s'en vont tous seuls, veillent sur l'équilibre, et dont l'oeil cèle et révèle la sagesse — les chats semblaient les plus faciles à trouver, les plus familières présences. Notre immeuble en compte plusieurs, dont un éternel évadé, vagabond des toits, une ombre noire qui se glisse partout, à bon ou mauvais gré, et vient souvent derrière notre porte miauler à fendre l'âme. C'est encore un pouvoir des Chats : ils savent fendre les âmes, et peut-être, dans quelques rares cas, les recoller.
Mais voilà : s'ils marchent sur les toits, ils ont beaucoup plus de difficultés à marcher dessous, et ne peuvent donc pas déloger ces pigeons-là, qui nichent sous le toit.

Les Corbeaux m'accompagnent de leur ombre depuis longtemps. Eux et moi avons passé bien des pactes. Les pigeons les craignent à raison, se révélant plus sages que les humains. Mais ils sont si loin de nous, bien plus indépendants encore que les chats. Personne, jamais, ne se fait obéir d'un corbeau, pas même le Roi des Fées. Leur sens de l'humour, cependant, est presque humain. Ils m'ont fait la grâce de passer un jour, volant paresseusement sous les toits, chassant de leurs grands cris rauques les pigeons affolés. Ils ont fait cela, bien sûr, à l'instant même où j'arrivais, afin que j'apprécie leur don à sa juste valeur. Puis ils s'en sont allés. Ils obéissent à d'autres lois que les hommes, se meuvent dans d'autres temps.

Restaient les Gargouilles. Certes moins mobiles que les deux autres peuples, leur méthode est aussi plus radicale: elles ne se contentent pas de chasser les pigeons, elles les dévorent, crac, croc, déglutissent et digèrent. Elles sont aussi de mes proches. Je leur ai enseigné autrefois, je les ai écoutées, je leur ai offert sourire et respect, elles ont été mes sentinelles et parfois même d'étranges nourrices de pierre. Il se trouve que j'héberge en ce moment deux d'entre elles, dont les noms comme il se doit commencent par un G. Las! Ces deux-là, amollis par leur vie facile, sont devenus de vraies gargouilles de salon! Les pigeons crus ne sont pas un mets de leur goût, le froid et la pluie ne leur disent rien qui vaille. Elles ont décliné ma proposition avec indignation.

Depuis des semaines, nous n'étendons plus dehors.
Et les pigeons roucoulent toujours.

jeudi 15 janvier 2009

CHARITÉ BIEN ORDONNÉE…


Une note pour faire ma propre publicité, à l'occasion de la parution du "Tribunal des Corbeaux", un texte auquel je suis particulièrement attachée…

Une note pour rendre hommage à Léonor Lara, éditrice éphémère et attristée, écrivain rare et précieuse, qui a dirigé la revue Monk jusqu'à cet ultime numéro.

Une note pour rendre hommage à Alain Valet et à ses merveilleuses illustrations.

Chant du cygne de l’éphémère revue Monk

Après de nombreuses péripéties, quelques sueurs froides et pas mal d’angoisse, le numéro 4 de Monk est enfin paru ! A peine paru, et déjà collector : « Rapaces, phénix, noirs corbeaux… » sera en effet le tout dernier numéro d’une revue fugace et pas comme les autres…
Dans ses pages, vous découvrirez la gent à bec et à plumes comme vous ne l’avez jamais vue, guidés par les visions étranges d’Alain Valet et par les mots enchantés de Fleur Daugey, Gérald Duchemin, Delphine Imbert, Charlotte Bousquet, Marianne Lesage et François Fierobe. Vous rencontrerez un phénix à l’humeur vengeresse, une Effraie nostalgique, des volatiles inconnus, à la beauté meurtrière, d’autres si fragiles que vous voudriez les sauver, et une pleine assemblée de corbeaux prête à sceller le sort d’un royaume…
Le tout s’accompagne d’une surprenante missive, due à la plume inspirée de Denis Labbé…

Pour commander un exemplaire, il suffit d’adresser un chèque d’un montant de 6,90 € (frais de port compris) à :

Editions Silenda
Etoile Mirabeau n°3
50 avenue de Grenade
13100 Aix en Provence

Les numéros 2 et 3 restent également disponibles à la vente.

Et pour toute information, n’hésitez pas à adresser un mail à leonor.lara@free.fr

dimanche 4 janvier 2009

VOEUX

Il fut un temps où Noël durait douze jours. Douze jours de fête et de rites, hors du monde, douze jours de neige, d'étoiles et de feux, douze jours (un peu plus, nous sommes des Tricheurs) dans un havre à l'écart du monde et de tous les Réseaux.
Je reviens donc au monde, au travail, à vous.
Que cette page devienne carte de voeux géante. Carte du ciel, carte du tendre, constellations d'affections et d'espoirs.

A mes Amies.

A Nathalie et Lucie, Renaissance et Lumière.
A Nathalie. Que cette Nativité soit la sienne, encore et toujours, qu'elle ait beaucoup plus de Neuf Vies. Que les Lumières qui brillent en hiver se souviennent qu'elle est des leurs, et la fassent rayonner. Que tous voient cette lumière.
A Lucie. Que le monde lui rende la pareille. Avec la même bonté, la même énergie, le même espoir. Que le monde lui rende tous les sourires qu'elle a offerts.

A Hélène, qui vient de me rappeler à d'anciens paris, d'anciens serments, d'anciens liens. Encore une naissance, encore une lumière.
A Elriel, forcément, que je n'ai pas oubliée, à qui je pense chaque Noël, pour le plus grand des miracles d'hiver.
A Shaya, que j'ai manquée encore, qui réveillonnait au soleil du Sud, loin de mes frimas. C'est aussi un temps de rendez-vous manqués, de rendez-vous promis.
Au Gabian, pour un autre rendez-vous manqué, et les sortilèges de la distance qui parfois rapprochent les esprits.
A Lisou, qui était là, et ne lit pas ce blog, pour lui redire en secret combien j'ai aimé leur présence au tournant de l'année, et combien ses compliments me touchent. Pour rougir.

A mes Amis.

A ceux avec qui j'ai passé maints réveillons, avant le Temps des Grands Exodes.
A Fabrice, à Julien, à Nico, à Rémy.
Toujours.
Je n'oublie pas.
Des liens même dissous quelque chose demeure, impalpable, innommable, un réseau qui n'est pas celui que j'arpente ici.

A Fredou, aux Poètes, aux Créateurs de Monde.

A Kerglas.

A tous les autres avec qui j'ai joué d'un côté du miroir ou de l'autre.


A mes Ambriens.
Le temps était trop précieux, l'air trop cristallin, l'instant trop miraculeux pour que je ne pense pas à Ambre, à vous, à ce que nous en avons fait ensemble, à ce que nous en ferons peut-être tandis que l'univers se précipite vers sa fin.
A Edgar, à Emrys, à Fenis, à Jemtrid, à Jorune. A tous les autres qui vivent en moi et en vous.
A leurs joueurs, éparpillés dans une autre bizarre cartographie, taches de couleur projetées sur une carte d'Europe.
Aux fidèles !
Aux infidèles !

Aux Elèves.

A ceux qui restent et qui finalement ne sont pas ceux que j'ai choisis, élus, honteux favoritismes, mais ceux qui ont choisi de lancer de tels fils, de déposer leur étoile sur la carte.
A ceux qui passent leur bac, à ceux qui naviguent dans les eaux troubles au-delà.
A Arnaud, à Alexandra, à Thomas, à Oona, à Eloïse.
A tous les autres.

A tous les autres.
Ceux que j'oublie, ceux que je néglige, ceux à qui je manque, ceux qui me manquent, ceux que je tais.

Naissances, Lumières, Liens.
Revenons au monde.
Renouons au monde.

jeudi 14 février 2008

MILENA (EPISODE 6 AND LAST)

Milena Horakova moved her wand towards her head, her silvery hair suddenly lengthened in silvery mist, until they floated in the whole room and they were now sitting inside a giant Pensieve. Harry shivered, for Dumbledore was back again, younger and red-bearded.
He looked grave and concerned, but not about Harry, whom he ignored. Dumbledore was facing a handsome and golden-haired woman, the same woman Harry was sitting with in a cosy room. And he said to her, gently :
“What are you hoping for, Milena?”
“Does it sound silly if I say ‘redeem’?”
“Not to me. I believe it one of the most serious words in our world. But…”
Dumbledore paused, as if looking for words.
“You don’t think Gellert might regret, nor change?” she asked. Harry expected her to speak fiercely, with a kind of defiance, but she did not. She seemed just sad.
Dumbledore perceived this sadness, of course. He answered in a comforting but equally sad voice: “Don’t misunderstand me. I think he might. But even if… even if he does, he will never be allowed to be out of jail. No one would accept it. Even if you were right, if Gellert learns to feel remorse… he will never be free. He will endure his guilt in the darkest of jails. Lifelong. Are you aware of that? Are you… prepared to that?”
She threw her head back, and now she looked fierce, her deep blue eyes piercing Dumbledore’s.
“Do you really think that is the only important thing? Don’t you think that Gellert’s redemption does matter, even if he stays a prisoner? Don’t you think it could change things, in a way or another? Don’t you think it could change… not his own fate, but something of ours?”

And she was right, of course.
It had changed things, in a tiny but decisive way. Many years later, Grindelwald lied to Voldemort, laughed at him.
She had been right. And there was more in the stake than Gellert’s soul.
The mists were dissolving, as long as the younger Milena and Albus, and Harry was staring again to a very old woman.
“So he let you visit him…”
“He did. And I went, ans talked to him, week after week. Once per week, until the very end. Until he finally met his end.”
Proving her right in a way she couldn’t rejoice about, in the bitterest of ways.
Harry felt suddenly ashamed to have come and awaken such memories, memories that didn’t concern him in anything.
Something else was disturbing him, something about his own story, compared to this one, but he couldn’t find it.

The little girl entered the room in her dancing walk, picking a cake, looking curiously at Harry and smiling to the old witch, then walking away in the same fluent move. Had Milena walked like this, in her youth? Could it be… Harry thought at last, could she be Milena and Gellert’s grand-grand-daughter or something? He heard nothing about children. Or had she married after the war, with another wizard?
She was quite a mindreader after all, because she smiled and said: “I raised my sister’s children, and their children after them. I never had children of my own. I don’t know if that makes us better teachers.”

Then she stood up, came to him and took his hand.
“You shall not regret, Harry Potter. You shall not be too prompt to compare Tom Riddle and Gellert.”
And so he found it, the worm in his mind, the anguish he was going around for years. Dumbledore defeated Grindelwald without killing him. Had he the right to kill Voldemort, was he right to do it? Was it the only choice?
“I am sure Albus told you, Milena went on. Tom Riddle renounced his own soul while parting it into so many Horcruxes. He was far beyond redemption.”
“But where is the difference? Harry wondered aloud. I mean: what is it that made Grindelwald able to redeem, whil Voldemort wasn’t? What is it that mark the border beyond which there is no return?”
“I am not sure about that. I know little about Tom Riddle. However, Albus told me about his pasr, about his childhood, and I suppose one might find the difference there. Many darkness have their roots in childhood.”

And he wouldn’t have got a better answer, but that one felt really unsatisfactory. After all, Harry himself had a terrible childhood.
What was it that made him different, that made him change, and turn towards a way rather than another?
Then he saw again Milena and Dumbledore, how they both were, fierce and brilliant and sad.
And it was like a serene light illuminating him.
“It was you, he said quietly. It was because of you, and Dumbledore. He had met you. He had been… loved by you. Both of you. That’s a difference, a huge one. Haven’t you said that yourself? Encounters bind the course of your life forever. Well, Gellert Grindelwald encountered Albus Dumbledore and you, as a teenager.”

And I had my own encounters, he thought.
Not Voldemort, after all. But Ron, Hermione, Sirius — Ginny.
And he turned back to them. Every quests are about returns.

mercredi 31 octobre 2007

UNE PAGE DE PUBLICITÉ

Pour détendre l'atmosphère.
Pour rendre hommage au talent et à l'inventivité.
Pour partager mes découvertes : c'est à ça aussi que sert un blog.

Si vous habitez Marseille ou la région, vous pouvez désormais lire, "tous les quatre jeudis", le mensuel culturel Zibeline, qui parle de toute la culture locale, théâtre, danse, musiques, livres, conférences, sciences, éducation, avec un esprit critique sans snobisme ni complaisance. Sans raccourcis, non plus : Zibeline est épais, ses articles longs et fouillés.
Et peut-être le plus important : Zibeline est gratuit.
Salutaire. Peut-être même indispensable.
Je rêve d'un Zibeline dans chaque grande ville. S'il y a parmi les passants de ce blog des volontaires pour lancer l'équivalent en région genevoise, je suis prête à participer, avec enthousiasme.

Où que vous habitiez, vous pouvez goûter aux merveilles de Quai Sud. C'est inventif et délicieux, de vrais régals d'automne, colorés, épicés. Chauds. Des cafés, des cacaos, des thés, et sans doute les meilleures infusions du monde. Nous recommandons particulièrement "Cranberries Twist" et "Pomme Cosy", en infusions. Les cacaos à la cannelle ou à la poire, préparés à l'ancienne, éclaireraient les pires grisailles.

Et puis Noël approche. Dans un marché d'avant Noël, le marché féerique de Bourg-en-Bresse, nous avons découvert de talentueux artisans. J'ai un faible pour les artisans, un faible de fausse intellectuelle qui s'émerveille de ce que les mains peuvent créer, de la beauté qui jaillit de la glaise, du métal, du cuir, des tissus.
A ce marché se trouvait une amie chère et fée, dont les doigts voltigent sur les tissus et dont les mots savent restituer cette magie. Son blog, le Carton à Chapeau, est depuis longtemps dans les liens de ce blog. Voici celui de son site professionnel, De Cape et d'Aiguille
Il y avait une autre Dame, une autre Fée, qui a jugé un jour que les bijoux pouvaient être autre chose que bagues et colliers, boucles et bracelets. Ses bijoux ornent vos cheveux, enlacent le lobe de vos oreilles : Atelier Elemiah Delecto

Délectez vous.
Lisez, découvrez, critiquez, sortez, écoutez. Goûtez. Soyez beaux.

Admirez.
C'est, de la publicité, ma fonction préférée.

jeudi 12 juillet 2007

TRACES

Il y a, d'abord, un discours que je n'ai pas prononcé, et dont j'ai émietté des fragments dans les jours qui ont suivi.
Je n'écris jamais mes discours. Je les compose dans ma tête, bribe à bribe, à haute pensée, en voix intérieure, jusqu'à les savoir par coeur.
C'était un discours d'au-revoir à ces quatre années au collège de S***, rhétorique et sincère.
Parce qu'évidemment je ne pouvais pas prétendre regretter ce départ, étant données les circonstances. Personne ne m'aurait crue: je pars rejoindre mon amour.
Je ne pouvais pas prétendre non plus que tout avait bien commencé. Je me souviens nettement de ma première réaction, en découvrant ma nomination au collège de S***. J'ai cherché une carte.
Je me souviens aussi de cette première et significative anecdote, lors de mon premier mois d'enseignement là-bas. Je me souviens de la phrase improvisée pour répondre à une question de grammaire, du silence et du regard hésitant de ma classe de troisième, finalement du doigt levé: "Madame... Si on remplace à Paris par à M*** (1), ça marche aussi ?"
Aïe, me suis-je dit, ce n'est pas gagné. Ça ne l'est toujours pas. Ça n'est jamais gagné et c'est tant mieux, c'est la sauvegarde et l'exigence du métier d'enseignant.
L'acclimatation fut donc difficile, et la fin est heureuse.
Mais c'était mon premier poste. Et un premier poste, cela laisse des traces.
Parce qu'on y fait ses premières erreurs, parce qu'on y a ses premières satisfactions, et que pendant longtemps on continuera d'y associer ces souvenirs.
Parce qu'on y prend ses premières habitudes, sans même s'en rendre compte.
Et c'est une chose que je commence à peine à deviner: certaines des habitudes que j'ai prises là-bas, certaines des choses que j'ai appris à considérer comme naturelles — ne le sont pas. Je ne les retrouverai pas forcément ailleurs. Je m'en étonnerai. Je les chercherai confusément.
Parce qu'un premier poste laisse des traces.
Comme ces livres, ces vrais livres, ces grands livres, ceux qui laissent en nous leur empreinte, même si on les referme avec le sourire.

Je n'ai pas prononcé ce discours à tous, je me suis donc efforcée de laisser des mots à chacun. Avec des choix forcément partiaux, forcément circonstanciels, forcément injustes et frustrants.
Mais j'aime partir ainsi, sans laisser de mots non-dits, d'aveux non faits.
Leur dire donc, vous dire, les traces que vous laissez en moi.

Mais ces derniers jours vous m'avez donné tellement plus.
Et le cri du coeur est le même que l'an dernier, lors de mes adieux à une classe très aimée.
Merci. Pour ces mots de vous. Pour ces compliments mal mérités, jamais mérités, bouleversants. Pour m'avoir serrée dans vos bras. Pour ceux qui souriaient. Pour ceux qui n'arrivaient pas à sourire ni à mettre de côté leur regret de mon départ. Pour ceux à qui j'ai dit au-revoir plusieurs fois et pour ceux qui n'étaient pas là quand je suis partie.
Merci.
Et: je vous aime. C'est le cri qui me montait au coeur quand je suis montée dans ma voiture et que j'ai passé les grilles une dernière fois. Je vous aime. On a beau faire, il reste toujours des mots non-dits.

Merci aussi pour cette grâce immense et que je n'avais pas prévue, ces anciens élèves très-aimés qui sont venus, le dernier jour, et auprès de qui j'ai passé ma dernière demi-journée au collège. Merci d'avoir changé et pas changé, de m'avoir fait rire. D'avoir été là. De m'avoir bouleversée en me disant au-revoir depuis le haut-parleur de la salle des profs. D'entendre votre voix résonner ainsi dans la cour (c'était la voix de L***, mais votre voix à tous) pour me dire au-revoir... c'était une vraie magie, savez-vous?

Ces livres-là, même si on les referme avec le sourire, on est toujours tenté de les ouvrir à nouveau.

(1) M*** : village proche de S***, où nombre d'élèves résidaient.

jeudi 12 avril 2007

"ON NE PEUT PAS ETRE HEUREUX SI ON N'A QUE 500 MOTS POUR S'EXPRIMER"

(a dit Denise Bombardier sur France Inter)
Il est des phrases qu'on répète et qui sonnent, des phrases chansons et litanies, des blasons que la scansion illumine.
Ou bien des phrases qu'on répète comme des professions de foi: j'y crois, je veux y croire, je dois y croire pour continuer d'exercer mon métier. On ne peut pas être heureux si on est à court de mots.

Alors je me demande: quels sont les mots dont j'ai besoin pour être heureuse? Lesquels sont des mots rares, des mots hors des 500 qui sont la base infime et sans cesse réduite du vocabulaire quotidien?
Et je me demande: quels sont les vôtres ?

AMOUR bien sûr est dans les premiers. ÂME est aussi au nombre des élus.
Serais-je heureuse sans le mot SAVEUR, sans le mot SOYEUX, sans le mot MIRACLE? Serais-je heureuse sans les mots RÉSISTANCE et COMPASSION, HARMONIE et CONSCIENCE, sans les mots LUCIDE et REMORDS, sans le mot ELFE, sans le mot TÉNÈBRES? Existeraient-ils sans le mot qui les dit ou les oublierions-nous peu à peu?
Serais-je heureuse, et moi-même, et entière, sans le mot ONIRIQUE, le mot CONSTELLATION, le mot PANACHE?
Pourrais-je vivre sans le mot FRONTIÈRE, et saurais-je où aller?

Et les mots de français suffisent-ils, même?
Aurais-je su quel rôle vous joueriez sans le mot BREDA, sans le mot MASHIARU?
Saurais-tu le chemin que tu suis, breda, sans le mot ARGEMMIOS?
Saurais-je ce qui compte sans les noms de DREAM et de ses frères et soeurs?
Saurais-je qui je suis sans le Vrai Nom que Tu m'as découvert, à l'Extrême-Orient de ce monde?

Combien de mots faut-il pour être heureux, pour être plein, pour être soi?
Combien faut-il de langues?


(les curieux peuvent consulter aussi A propos de la fréquence des mots ainsi que L'échelle Dubois-Buyse)

jeudi 14 septembre 2006

BLESSINGS

Aujourd'hui je n'aurais plus posté ces phases.
Aujourd'hui je n'ai eu qu'une phase. Confiante, sereine, lumineuse. Grâce à lui, bien sûr, grâce à la tricherie d'hier.
Aujourd'hui je ne porte plus que sa douleur, et je brille deux fois plus, pour éclairer sa nuit.

Cependant ce n'est pas à lui que s'adressent ces bénédictions. Lui, je fais bien plus que le bénir.
C'est à vous.

Be blessed, my friends, so more than friends.
Vous m'émerveillez. Tous. Je ne cesse de m'étonner de votre nombre, de votre estime, de votre amour. Je n'arrive pas à croire que je vous mérite.
May you be blessed, all of you.
Puissé-je vous aimer toujours du même amour que vous me donnez.
Je voudrais citer tous vos noms, et je crains tant d'en oublier.
Merci à ceux qui sont tendres, merci à ceux dont la dureté me dit leur tendresse pour moi.
Merci à toi, breda.
Et à toi, breda.
Merci à ceux qui acceptent qu'en l'aimant lui, je ne cesse pas de les aimer.
Merci à ceux qui croient à la lumière.
Merci à ceux qui n'y croient pas, ou plus, mais le feignent parfois, pour me faire plaisir.
Merci au padawan qui est en train de se gagner une nouvelle place, de devenir mon petit frère.
Merci aux élèves-merveilles qui ne savent pas, mais dont les compliments immérités me réchauffent le coeur.
Merci aux collègues que je découvre amis.
Merci de faire que je vous aime.

Et, oh, merci à toi qui te reconnaîtras, dont je craignais tant le jugement, et qui te refuses à me juger.

May you be blessed.
All of you.
I do love you.

lundi 28 août 2006

À TOUS CEUX QUI SE DEMANDENT...

ce que je deviens. Si j'ai disparu. Pourquoi je ne poste plus ici.

A eux tous, à vous tous, même si je ne suis pas sûre d'avoir de réponse.

Je pourrais expliquer ma semaine en Ecosse, loin au Norois, dans la terre qui m'est la plus chère au monde, avec deux amis merveilleux, mille fous rires, et quelques fantômes bien-aimés.

Je pourrais dire le vague à l'âme des retours et des rentrées, pire que toutes les autres années, pour trop de raisons, d'hélas bonnes raisons.

Mais je me tais parce qu'il m'emplit. Je me tais parce que c'est à lui que je parle sans cesse, que j'écris toujours. Je me tais parce que le monde est ailleurs, soudain, immense et vibrant et radieux. Je me tais parce que mon coeur déborde, en désordre, en torrent. Je me tais parce que je vis trop fort.
Je ne me tais pas du tout.
Simplement, je ne sais plus dire que des mots d'amour.

jeudi 20 juillet 2006

ÉTAT OPTIMISTE DES LIEUX

Pour faire reculer la rage.
Pour me souvenir des belles choses.
Pour ne pas la laisser me gâcher complètement mes vacances.
Et aussi parce qu'on me l'a demandé.

J'ai donc, malgré la chaleur, porté le deuil d'un super-héros (jeune, brillant, aimé) et à grand peine organisé ses funérailles, du mieux que j'ai pu. Il me reste à espérer son retour.
J'ai aussi acheté trois corsets (un en velours bleu roi, un violet orné de dentelles noires, un de soie rouge brodée d'or) et en ai porté un. Occasions à suivre et à provoquer.
J'ai pris un bain à minuit, sinon un bain de minuit, dans une piscine illuminée de l'intérieur, dans la pinède.
J'ai passé une nuit presque blanche à discuter comme une adolescente avec une très vieille amie.
J'ai pris le temps de rêver.
J'ai reçu d'adorables nouvelles de certains qui me manquaient (surtout, continuez !)
J'ai aussi fait des choses qui n'étaient pas prévues à la liste, mais furent douces, belles et bonnes, néanmoins.
Je suis devenue maître du monde, le temps d'un week-end, et j'ai dansé sur les chemins de Féérie.
Je suis morte et re-née et devenue immortelle.
J'ai revu de vieux amis, j'en ai accueilli certains à la maison.
J'ai reçu une musique merveilleuse et longtemps attendue, avec un mot qui parlait aussi d'alchimie et d'immortalité.
Je me suis souvenue que j'avais un faible pour...
J'ai admis que j'étais amoureuse de...

Ce sont, aussi, les miracles de l'été.

mardi 18 juillet 2006

HURLER

Parce que, parfois, c'est la seule chose à faire.
Hurler d'incompréhension, hurler d'amertume, hurler d'injustice aussi, de souffrance anticipée. Hurler de colère.
La colère est mon second péché capital. La rage en moi est une bête dangereuse, un fleuve aux digues fragiles, qu'il convient parfois de laisser déborder.
Hurlement de survie.

Il n'y a pas de façon littéraire, symbolique, romanesque, de le dire. Ou s'il y en a une, je ne la découvrirai que plus tard, quand la colère aura reflué, quand je ne hurlerai plus, quand ce sera une histoire à raconter.
Mais je ne veux pas qu'il en soit ainsi.
Je veux hurler, je veux rester en colère, garder cette force, ne pas me résigner. Je veux me battre.

Même si c'est à la Don Quichotte, contre des moulins de lâcheté et de mesquinerie, contre lesquels je ne peux rien.

Dire seulement que l'amertume durera plus longtemps que la colère.
Dire que l'année à venir sera un calvaire.
Dire que s'il y avait un moyen, un seul moyen, de me mettre en disponibilité l'an prochain, je le ferais. Pour marquer mon refus. On m'a engagée comme un être pensant, agissant, construisant, réfléchissant, créant. Si on m'arrache tout cela, je devrais m'arracher à ce poste.
Je le devrais. Je ne peux pas.
Hurler.

Et dire merci à tous ceux qui ont patiemment supporté mes hurlements, ces derniers jours, merci mon ange, merci maman, merci mes vieux amis de RAJR, merci Shaya, merci Julien, merci encore à Stef et au joli présent arrivé hier.
Ce n'est pas littéraire. Mais nécessaire.
Merci à mes collègues. Au rêve volatil de solidarité.

Et à vous, mes très chers, cette triste certitude: vous me manquerez plus encore que ce que j'avais annoncé.
Comme une (in)justice poétique: je paye cher le bonheur que vous m'avez donné. J'en sentirai, l'an prochain, toute la cuisante douleur.
Mais je ne regrette pas. Soyez... grands.