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mardi 21 février 2012

Morningstar

Je ne sais pas trop pourquoi, ces temps-ci, il revient rôder près de moi.
Je sais pourtant bien, je l'écrivais sur ce blog il y a des années, que "cette relation-là est bien moins tendre, bien plus complexe [que toutes les autres, sauf une], et il vaut mieux qu'elle n'aille jamais trop loin..."
J'ai pourtant continué d'écrire sur lui, et de croiser sa route. Pas trop souvent. Heureusement.

Et voici que me revient ce texte, lu et traduit autrefois, dans un autre monde (plusieurs) et d'autres rêves, et j'en suis encore bouleversée.

THE LAMENT FOR LUCIFER

Close my eyes to the sunliqht,
My Morning Star, my storm.
Fold your wings in grace and take your leave of me.
Taste my blessings; as you go.
We will not lie as one again
For my womb is a garden of rot.
My heart is ashes.
My tears are blood.
Hunt well, my breath, and take with you
The bones of our children, wrapped in palm leaves.
Scatter them to the horizon and allay their cries.
I shall tend a grave of deep water
And shall wash away our enemies.
Bide well, my desert wind,
Hold aloft your blade and oil it with tears.
I shall be the owl upon the night wind,
The cat with silent paws
And the serpent at the heels of Caine.
I shall be the seed of tears, but my eyes shall be sand and silence,
My heart shall be the desert and the sea,
And my cry shall be the owl gone hunting
As the sun departs my sky.
Weep not, my beloved,
But hold me close in your distant chase.
We shalt be the thorns of ruined Eden
Forget me not
Sun to my moon
Cry to my silence.
Que fais-tu là exactement, Lux ?

mercredi 19 janvier 2011

IDENTITÉ : RÔLISTE

Je suis rôliste, donc.
J'aime bien ce mot, en français, parce qu'il insiste sur le rôle plutôt que sur le jeu. Vieux débat. Pourtant je suis joueuse aussi. Il m'est arrivé, au moins deux fois, de jouer une joueuse.
J'aime aussi le jeu de rôles pour les mises en abyme qu'il offre.

Je suis rôliste parce que j'aime les histoires, j'aime en raconter et que l'on m'en raconte ; j'aime les héros (même noirs, même anti-) ; j'aime le dépaysement, les batailles épiques, les terres inexplorées et les cartographies mystérieuses ; j'aime l'Histoire aussi, et le voyage dans le temps ; je suis rôliste parce que j'aime tricher et démultiplier mes identités, mes possibles.
C'est le thème du Voyage qui domine, n'est-ce pas?
Oui, le rôliste est un explorateur. De mondes, de temps, de caractères, de possibilités, de ses propres facettes.

Cette identité-là m'a offert maintes intensités, maints souvenirs, maints textes (le rôliste est aussi, presque toujours, quelqu'un qui écrit), et même des amours. Des amours imaginaires, certes, mais pas moins belles, pas moins fortes, d'avoir pour objet Corwin, Vykos ou Porthos Fitz-Empress.
J'ai aussi d'intenses souvenirs de maîtrise, ceux que m'ont donné Jorune et ses tourments, Edgar et ses quêtes, Adrien enchaîné à son Arbre…
Et des amis, des amours, réels.
Cette identité-là est une de celles que je partage avec mon Amour.

Ces dernières années, il semblait que les rôlistes français étaient condamnés à vieillir et s'éteindre, si je puis le formuler aussi mélodramatiquement. Nous devenions trentenaires et les plus jeunes générations ne semblaient plus s'intéresser à de tels jeux.
Une identité menacée, donc, comme celles dont parle Amin Maalouf.
Conséquence de cette menace, mécanisme d'auto-défense? Ou belle flamme venant la contredire?
Toujours est-il que le monde du jeu de rôles français redevient plus vivace que jamais.
Les signes en sont nombreux, de la résurrection du mythique magazine Casus Belli au grand nombre de nouveaux jeux publiés récemment en France — souvent aussi par de nouveaux éditeurs. Peut-être en reparlerai-je.

L'un de ces signes est le beau magazine Di6dent qui, après un bel essai modestement considéré comme n°0, consacre son n°1 aux femmes dans le jeu de rôles, dossier pour lequel j'ai eu l'honneur de m'exprimer ici.

Ledit numéro 1 est disponible en PDF au prix défiant toute concurrence de 3 euros, pour 164 pages riches et intéressantes.
Le dossier sur les femmes est particulièrement bien traité. Mention spéciale aux conseils aux MJ masculins pour incarner des personnages féminins, en utilisant finement et dépassant les archétypes (signés Sébastien Delfino), à la question des personnages féminins dans les jeux à cadre historique, et au très beau scénario pour Tenga rédigé par l'auteur du jeu, Jérôme "Brand" Larré, où les joueurs incarnent les épouses de samouraïs partis au combat.

Autre dossier intéressant et bien traité, et qui me touche aussi d'assez près, celui consacré à "la Suisse, l'autre pays du jeu de rôles".

jeudi 22 janvier 2009

PIGEONS & GARGOUILLES

Pour se débarrasser de quelques pigeons…

J'entends déjà les protestations indignées des Défenseurs des Animaux à Plumes et à Bec, et suis contrainte de m'expliquer.
Je n'avais rien, vraiment rien, contre les pigeons. Certes ce ne sont pas les plus malins des animaux, mais ils ont de belles couleurs irisées, et me rappellent Virginia Woolf, la place Saint-Marc à Venise, ainsi que Montaigne et La Boétie, grâces en soient rendues au Professeur Jean-Claude Ricci.
Je n'avais rien, vraiment rien contre eux, jusqu'à ce qu'ils décident de nicher sous les poutres qui surplombent notre terrasse et de faire leurs besoins sur notre linge étendu. Nous vivons, savez-vous, dans une région peu ensoleillée et sujette aux intempéries, et nous réjouissions de disposer d'une terrasse couverte pour y faire sécher notre linge à l'abri. A l'abri de Pluie et de Neige, mais pas des Pigeons.

Pour se débarrasser de quelques pigeons, il ne suffit pas d'ouvrir sa fenêtre à intervalles réguliers et avec fracas. Certes ils fuient à tire d'ailes — le pigeon n'est pas un oiseau courageux — mais reviennent dix minutes plus tard et roucoulent de plus belle — le pigeon a la mémoire courte.
Il fallait donc recourir à des spécialistes, de vrais chasseurs, des prédateurs-de-pigeons.
Ainsi me suis-je lancée dans de savantes reccherches, et j'ai fini par établir une liste des plus prometteuses. Trois peuples arrivaient en tête : les Chats, les Corbeaux et les Gargouilles.

J'étais donc terriblement chanceuse, puisqu'avec ces trois peuples je me trouve avoir des rapports privilégiés.

Les Chats, qui s'en vont tous seuls, veillent sur l'équilibre, et dont l'oeil cèle et révèle la sagesse — les chats semblaient les plus faciles à trouver, les plus familières présences. Notre immeuble en compte plusieurs, dont un éternel évadé, vagabond des toits, une ombre noire qui se glisse partout, à bon ou mauvais gré, et vient souvent derrière notre porte miauler à fendre l'âme. C'est encore un pouvoir des Chats : ils savent fendre les âmes, et peut-être, dans quelques rares cas, les recoller.
Mais voilà : s'ils marchent sur les toits, ils ont beaucoup plus de difficultés à marcher dessous, et ne peuvent donc pas déloger ces pigeons-là, qui nichent sous le toit.

Les Corbeaux m'accompagnent de leur ombre depuis longtemps. Eux et moi avons passé bien des pactes. Les pigeons les craignent à raison, se révélant plus sages que les humains. Mais ils sont si loin de nous, bien plus indépendants encore que les chats. Personne, jamais, ne se fait obéir d'un corbeau, pas même le Roi des Fées. Leur sens de l'humour, cependant, est presque humain. Ils m'ont fait la grâce de passer un jour, volant paresseusement sous les toits, chassant de leurs grands cris rauques les pigeons affolés. Ils ont fait cela, bien sûr, à l'instant même où j'arrivais, afin que j'apprécie leur don à sa juste valeur. Puis ils s'en sont allés. Ils obéissent à d'autres lois que les hommes, se meuvent dans d'autres temps.

Restaient les Gargouilles. Certes moins mobiles que les deux autres peuples, leur méthode est aussi plus radicale: elles ne se contentent pas de chasser les pigeons, elles les dévorent, crac, croc, déglutissent et digèrent. Elles sont aussi de mes proches. Je leur ai enseigné autrefois, je les ai écoutées, je leur ai offert sourire et respect, elles ont été mes sentinelles et parfois même d'étranges nourrices de pierre. Il se trouve que j'héberge en ce moment deux d'entre elles, dont les noms comme il se doit commencent par un G. Las! Ces deux-là, amollis par leur vie facile, sont devenus de vraies gargouilles de salon! Les pigeons crus ne sont pas un mets de leur goût, le froid et la pluie ne leur disent rien qui vaille. Elles ont décliné ma proposition avec indignation.

Depuis des semaines, nous n'étendons plus dehors.
Et les pigeons roucoulent toujours.