dimanche 18 novembre 2007

LES PORTES (7) : PORTE DE LA CHAMBRE DE BELLE


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Qu’attend Belle, dans sa chambre ? Quel secret dissimule sa porte ?
Les lèvres closes, un doigt posé sur la bouche, un sourire.
On pourrait croire que Belle est une oie blanche, un bas-bleu, une enfant sage aux yeux couleur de ciel, couleur de porte, couleur des rideaux, ciel de lit.
Mais non : Belle sait. Son bleu est vérité.
Belle sait. La réalité du monde se reflète dans ses yeux.

samedi 17 novembre 2007

LES PORTES (6) : PORTE DES RÊVES


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Tout le monde passe cette porte-là. Elle a les couleurs drapées de la nuit, bleue et violette comme un baldaquin, nacrée comme la lune. Le sable sombre du marchand bien-aimé en recouvre le seuil.
Elle est froide, bien froide. Elle luit doucement dans nos angoisses.
C’est l’ancre lointaine où s’accrochent nos havres. Nous la passons tous et nous n’en finissons pas de la rêver, de deviner qu’il en existe une plus grande et plus vraie, un grand portail de corne et d’ivoire, gardé par des chimères, et que s’il nous était donné de le passer, alors tout serait possible.

vendredi 16 novembre 2007

LES PORTES (5) : PORTE DES ÉTANGS


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

C’est quand il pleut que la porte apparaît. Pas chaque fois. Elle apparaît seulement quand la pluie est douce et la brume légère, quand il reste assez de lumière pour se refléter dans les eaux, juste assez pour que les troncs s’estompent et les couleurs se mêlent.
C’est alors qu’elle apparaît, la porte d’eau, le rideau de pluie sur l’étang, le chuchotement des clairières.
C’est alors seulement qu’elle s’ouvre et que vous pouvez voir à travers la vérité des arcs-en-ciel, que vous pouvez si vous êtes chanceux marcher sur l’eau, d’un étang à tous les étangs du monde, à toutes les clairières aquarelles et toutes les eaux qui dorment en ce monde — et peut-être vous éveiller au fond du Lac de la Fée, en Brocéliande — et peut-être, plus loin encore, au fond d’une estampe, au Japon.

jeudi 15 novembre 2007

LES PORTES (4) : PORTE DE LA FORÊT PROFONDE


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Sait-on ce qui se passe dans les forêts ? Ce qui s’y passe vraiment, quand il n’y a plus personne pour entendre ses cris.
Sait-on ce qui se passe dans les forêts quand elles chassent les hommes ? Ont-elles encore des cabanes bâties entre leurs branches quand les enfants se sont tus ? Abritent-elles de grands monstres maladroits aux grosses têtes, aux pattes frêles ?
Est-ce qu’elles existent, ces forêts ? Est-ce qu’il n’y a pas toujours un train qui les traverse, une locomotive rouge qui pose ses propres rails sur les feuilles mortes ? N’y a-t-il pas, pour chaque forêt profonde, un incendie et un dragon ?

mercredi 14 novembre 2007

LES PORTES (3) : PORTE DE L'INITIATION


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Il y a les portes qu’on pousse et il y a celles qu’on déchiffre. Il y a des portes qui ne s’ouvrent que dans un sens et il y a celles qui ont tellement de sens qu’on ne sait pas lequel ouvrir.
Il suffit pour cela que la porte soit en bois et qu’on en distingue les nœuds et l’écorce. Tout de suite on ne sait plus ce qui est planche ou tronc, ou si le bois est forêt.
Il suffit pour cela qu’on ouvre dans la porte le cœur d’une fenêtre. Tout de suite on ne sait plus où il convient de se glisser, ce qu’il faut enjamber, si le regard suffit.
Peut-être suffit-il, le clin d’œil du triangle annonçant la dernière réponse.

mardi 13 novembre 2007

LES PORTES (2) : PORTE DU SORCIER


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

Je connais cet homme-là dont la lumière se glisse entre les mondes.
Je le connais. Nous le portons en nous. Il éclate au cœur de chaque pourpre, il est blanc comme la jeunesse, blanc comme la folie, blanc comme l’oubli.
Je ne l’ai pas oublié. Il est tissé de nos musiques, enveloppé de nos astres, et tramé de magie. Il a surgi d’un incendie. Son feu n’a rien de destructeur.
Il se tient, joueur, au début de tous nos chemins. Le monde s’ouvre pour lui. Il nous précède, tenant haut la lanterne de son œuvre, et s’enfonce dans les profondeurs.

lundi 12 novembre 2007

LES PORTES (1) : PORTE AU LOQUET


Une suite de textes écrits et structurés à partir de la série de tableaux "Les Portes" peints par Chris Bourgue

C’est un cahier d’écolier. Un journal intime auquel une fillette a bricolé un cadenas. Un cartable sanglé à travers lequel on reconnaît la couverture d’un livre et le chocolat du goûter.

Bien rangé, coins carrés, avec juste une tache de peinture, forcément bleue.

Parce que tout commence par une porte d’enfance et quelques planches de bois clouées. Tout commence par une porte fermée et un loquet. Surtout pas de serrure. Pas encore de clef. Juste un loquet, si facile à soulever, si tentant à pousser.