Dans ma commune, comme dans de nombreuses petites communes, les listes ne sont pas toujours affiliées à des partis.
Une liste d'opposition contre le maire sortant se monte. C'est une liste apolitique, nous explique-t-on pour recruter. Peu importe votre tendance, inscrivez-vous, nous ne travaillons que pour l'intérêt de la commune, nous sommes apolitiques.
Bien sûr ils ne le sont pas, il n'est que de lire le fil Twitter du candidat en tête de liste pour le vérifier. Mais ce n'est pas mon propos ici. Je n'entre pas dans la campagne, ni dans des querelles personnelles.
Non, mon propos ici est de dire que cet argument est le pire possible pour me recruter, moi.
Je ne suis pas apolitique. Je ne veux pas d'une liste apolitique. Au contraire. Je veux être dans le politique, le plus possible dans le politique, je crois que c'est notre seule chance.
Je crois que nous sommes des animaux politiques, que c'est la seule chose qui nous sépare de la barbarie, en ce sens je suis en plein dans l'héritage grec.
Le politique, c'est la polis, la vie de la cité, le vivre-ensemble. Comment un candidat aux municipales peut-il se dire apolitique quand c'est l'antithèse même de ce mandat ?
Le politique, c'est la vision à long terme. C'est la construction d'un monde. C'est le rêve.
Le politique c'est notre seule chance d'échapper au tout-économique, de rappeler qu'il y a des visions et des valeurs qui transcendent les contraintes matérielles et financières, qui les dépassent, qui doivent primer sur elles.
Le politique c'est ce qui nous polit, ce n'est pas seulement un jeu de mots, c'est ce qui fait que nous continuons à nous parler plutôt que de nous frapper, c'est ce qui fait que nous nous efforçons d'arranger les choses, jour après jour, de corriger ce qui fait mal.
Je ne suis pas apolitique.
Je ne veux pas moins de politique.
J'en veux plus.
jeudi 27 février 2014
jeudi 20 février 2014
Cassandre
Je suis triste. J'ai peur, aussi, d'une certaine façon. La peur des parents, viscérale, paradoxale et sans la moindre originalité. Peur pour mes fils et le monde dans lequel ils vont grandir.
Nous avons tellement de chance, je l'ai dit souvent. Nous vivons en un lieu, en un temps où il fait bon vivre. En un lieu, en un temps de paix.
Mais je ne peux plus écrire : en un lieu, en un temps de progrès.
Je n'en suis plus sûre.
Je crains même le contraire.
Nous vivons dans un temps où les gens ont peur et se replient.
Où ils veulent chasser l'Autre, l'Etranger.
Où ils veulent revenir en arrière, vers un monde qui leur apparaît plus rassurant, travail famille patrie.
Où ils ont peur de tout, non seulement des étrangers mais des femmes et de leur ventre, des femmes et de leurs choix, des homosexuels, de l'Europe, des intellectuels, et même des enseignants.
Ils ont peur de tout ce en quoi je crois.
Ils veulent voter (et parfois le font) pour repousser les étrangers hors des frontières, pour interdire l'avortement. On leur dit des énormités incroyables (enseigner la masturbation à la maternelle, sérieusement !) et ils le croient.
Je ne les méprise pas de le croire. J'en suis effarée.
Ils le croient parce qu'ils ont peur, parce qu'ils se replient sur ces facettes de leurs identités qu'ils imaginent menacées (les identités meurtries et meurtrières, on n'en sort pas).
Ils le croient parce qu'ils n'ont pas les codes pour savoir ce qui est possible ou pas, ce qui se fait vraiment dans les écoles, pas les codes pour savoir qu'on les utilise et qu'on leur ment, parce que ce sont toujours aux faibles qu'on s'en prend, et que cela ulcère toutes mes tripes d'enseignante.
J'en suis effarée et triste et furieuse, et je ne peux rien faire. Je peux dire et écrire tant que je veux, ils ne m'entendront pas ni ne me liront, et si par hasard ils le faisaient, cela ne servirait à rien.
A leurs yeux, je suis au service de l'Ennemi. Je suis une de ces intellectuelles privilégiées, fonctionnaire de l'Éducation Nationale, électrice de gauche. Ils ne me croiront pas.
Et soudain voilà que je suis Cassandre.
Je suis Cassandre.
Je dis : c'est ce qui fait que la Suisse est magique, que la France est lumineuse, que l'Europe est merveilleuse, la multiplicité des gens qui la fondent, la Babel de ses langues, la mosaïque de ses cultures.
Je dis : c'est ce qui fait que demain peut être plus beau encore, malgré les difficultés économiques, ce sont des progrès qui ne coûtent rien, les progrès du cœur, les progrès humains, tendre la main à ceux qui sont différents et voir enfin qu'ils sont nos frères.
Je dis : je suis comme vous, comme vous, j'ai deux fils, ils sont tout petits encore mais je veux qu'ils soient libres de rêver et de cuisiner plutôt que de jouer au foot s'ils en ont envie, et je veux qu'ils respectent les filles comme leurs égales en tout et ne les voient pas comme des Demoiselles en Détresse, et je veux qu'ils puissent envoyer une carte de Saint Valentin à leur meilleur copain si ça leur fait plaisir, pourquoi pas, quelle différence y a-t-il entre amour et amitié quand on a trois ans ?
Et je dis : c'est cela qu'il faut faire, construire un rêve, voir loin, recommencer à vivre ensemble, agir où on le peut, où le politique et l'humain continuent de transcender l'économique. Aimer. Construire. Enseigner. Partir vers les étoiles.
Mais je suis Cassandre.
Ils ne m'entendent pas, et ils ont peur.
Et la France, la Suisse, l'Europe, se referment comme un poing. Et les poings fermés ne servent qu'à une chose : à frapper.
Il me reste à continuer, bien sûr. A faire ce que je peux, chaque jour, en maman, en femme, en enseignante, pour que les poings se rouvrent, et que les miens ne se ferment jamais. Et me dire que je devrais faire plus. Qu'il faudra bien, un jour ou l'autre, que je fasse plus, que je m'engage sinon pour de vrai (car ils sont très vrais, ces petits engagements quotidiens) disons "pour de grand". Puisse un parti porter mes rêves.
Nous avons tellement de chance, je l'ai dit souvent. Nous vivons en un lieu, en un temps où il fait bon vivre. En un lieu, en un temps de paix.
Mais je ne peux plus écrire : en un lieu, en un temps de progrès.
Je n'en suis plus sûre.
Je crains même le contraire.
Nous vivons dans un temps où les gens ont peur et se replient.
Où ils veulent chasser l'Autre, l'Etranger.
Où ils veulent revenir en arrière, vers un monde qui leur apparaît plus rassurant, travail famille patrie.
Où ils ont peur de tout, non seulement des étrangers mais des femmes et de leur ventre, des femmes et de leurs choix, des homosexuels, de l'Europe, des intellectuels, et même des enseignants.
Ils ont peur de tout ce en quoi je crois.
Ils veulent voter (et parfois le font) pour repousser les étrangers hors des frontières, pour interdire l'avortement. On leur dit des énormités incroyables (enseigner la masturbation à la maternelle, sérieusement !) et ils le croient.
Je ne les méprise pas de le croire. J'en suis effarée.
Ils le croient parce qu'ils ont peur, parce qu'ils se replient sur ces facettes de leurs identités qu'ils imaginent menacées (les identités meurtries et meurtrières, on n'en sort pas).
Ils le croient parce qu'ils n'ont pas les codes pour savoir ce qui est possible ou pas, ce qui se fait vraiment dans les écoles, pas les codes pour savoir qu'on les utilise et qu'on leur ment, parce que ce sont toujours aux faibles qu'on s'en prend, et que cela ulcère toutes mes tripes d'enseignante.
J'en suis effarée et triste et furieuse, et je ne peux rien faire. Je peux dire et écrire tant que je veux, ils ne m'entendront pas ni ne me liront, et si par hasard ils le faisaient, cela ne servirait à rien.
A leurs yeux, je suis au service de l'Ennemi. Je suis une de ces intellectuelles privilégiées, fonctionnaire de l'Éducation Nationale, électrice de gauche. Ils ne me croiront pas.
Et soudain voilà que je suis Cassandre.
Je suis Cassandre.
Je dis : c'est ce qui fait que la Suisse est magique, que la France est lumineuse, que l'Europe est merveilleuse, la multiplicité des gens qui la fondent, la Babel de ses langues, la mosaïque de ses cultures.
Je dis : c'est ce qui fait que demain peut être plus beau encore, malgré les difficultés économiques, ce sont des progrès qui ne coûtent rien, les progrès du cœur, les progrès humains, tendre la main à ceux qui sont différents et voir enfin qu'ils sont nos frères.
Je dis : je suis comme vous, comme vous, j'ai deux fils, ils sont tout petits encore mais je veux qu'ils soient libres de rêver et de cuisiner plutôt que de jouer au foot s'ils en ont envie, et je veux qu'ils respectent les filles comme leurs égales en tout et ne les voient pas comme des Demoiselles en Détresse, et je veux qu'ils puissent envoyer une carte de Saint Valentin à leur meilleur copain si ça leur fait plaisir, pourquoi pas, quelle différence y a-t-il entre amour et amitié quand on a trois ans ?
Et je dis : c'est cela qu'il faut faire, construire un rêve, voir loin, recommencer à vivre ensemble, agir où on le peut, où le politique et l'humain continuent de transcender l'économique. Aimer. Construire. Enseigner. Partir vers les étoiles.
Mais je suis Cassandre.
Ils ne m'entendent pas, et ils ont peur.
Et la France, la Suisse, l'Europe, se referment comme un poing. Et les poings fermés ne servent qu'à une chose : à frapper.
Il me reste à continuer, bien sûr. A faire ce que je peux, chaque jour, en maman, en femme, en enseignante, pour que les poings se rouvrent, et que les miens ne se ferment jamais. Et me dire que je devrais faire plus. Qu'il faudra bien, un jour ou l'autre, que je fasse plus, que je m'engage sinon pour de vrai (car ils sont très vrais, ces petits engagements quotidiens) disons "pour de grand". Puisse un parti porter mes rêves.
lundi 10 février 2014
Le Pacte des Rêves
Berne, 09.02.2014 -
Les citoyens suisses ont accepté l’initiative populaire "contre
l’immigration de masse"
« Moi je crois... à l'imagination dorée des Celtes, à
l'imagination luxuriante des Tropiques... à celle du vaudou aussi — mais j'ai
des doutes quant à l'imagination suisse. »
Hugo Pratt, Corto Maltese, Les Helvétiques
Il y a des années que j’ai découvert le secret de la Suisse.
Je n’y ai pas grand mérite. Je n’ai pas affronté pour cela d’innombrables
épreuves, pas accompli de longues quêtes initiatiques.
C’était un peu par hasard, certainement, comme tout ce que
l’on découvre. Et puis j’ai toujours pu parler amicalement avec les Rêves et
leur Seigneur.
Avant cela, j'étais comme Corto. Comme tout le monde. La
Suisse n'avait rien à voir avec l'imagination. C’était un pays de fromages sans
trous, de chocolat avec trop de lait, de pommes sur la tête, de banques, et de
soldats qui restent à la maison ou montent la garde à la porte du Pape.
Seulement voilà, Hugo Pratt a choisi de vivre en Suisse. Et
Rousseau était Suisse. Et Cendrars aussi, et Nicolas Bouvier. Ou oublie tout
ça. On les croit Français.
Est-ce qu'on se tromperait alors ? Est-ce que tout le monde
se tromperait ? Qu'y a-t-il donc de si spécial en Suisse ? ai-je demandé une
nuit à Morphée.
J’étais blottie dans un rêve alpin, sur un lit d'enfant à
montants de cuivre, posé sur un chemin de montagne, avec vue sur la vallée — et
il a souri :
« Mais la Suisse est un rêve.
— Tu plaisantes, là.
— La Suisse est un rêve, vraiment. Elle est née dans les
Rêves. Et le pacte entre elle et mon royaume n'a jamais été rompu. »
Je l'ai regardé sans oser le croire. Il s'est installé plus
confortablement sur le bord de mon lit, pour m'expliquer.
« Comment crois-tu qu'elle aurait pu naître, sinon ?
Et survivre ? Allons, une absurde confédération de cantons, à l'ère des Empires
médiévaux ? Pile au carrefour des plus rudes belligérants d'Europe ? Des
cantons qui ne parlent pas la même langue, ne s'agenouillent pas dans les mêmes
temples ? Qui se toquent de démocratie directe mais engrangent les réserves
d'or les plus célèbres de la planète ? Ça te semble réel ? Ça te semble pouvoir être autre chose qu'un rêve ?
— Oh, Dieu, dis-je. Alors c'est pour cela qu'on raconte que
le Graal, et Fafnir et les Nibelungen, ont séjourné en Suisse. Dans les Rêves, en
fait. Et pour cela que tant de rêves y sont nés, aussi.
— Tout à fait. La Réforme. Le mouvement Dada. La Société des
Nations. Il y a même une ville de Sion, en Suisse.
— Et Hugo Pratt le savait, bien sûr, c'est pour ça qu'il
s'est installé ici, et que la pension des Helvétiques
s'appelle Pension Morphée, rêves garantis.
— Les écrivains le devinent, oui. Ils ont toujours eu un
accès privilégié au Rêve.
— Et ils ne sont pas les seuls, n’est-ce pas ? Sissi
vient y mourir en connaissance de cause, pour vivre à jamais dans les Rêves.
Borges non plus ne s'y est pas trompé, lui qui connaissait mieux que quiconque
les labyrinthes du rêve et de la réalité, de la vérité et de la fiction.
— C’est pour cela aussi que les Suisses ont toujours
accueilli les Rêveurs, cela faisait partie du Pacte. Les accueillir et les
laisser partir. Les rêveurs de Dieu, les huguenots. Les rêveurs politiques
comme Lénine. Les rêveurs littéraires, Hermann Hesse, Thomas Mann et les
autres. »
Je suis restée silencieuse un moment, appréciant la portée
de cette découverte, tout ce qu’elle me permettait de comprendre, de la Suisse
sauvegardée pendant les Grandes Guerres jusqu’à mon propre amour pour ce pays.
« Et il en sera toujours ainsi, sourit Morphée. La
Suisse s'est bâtie dans le Rêve, elle lui reste liée. C'est un des secrets les
mieux gardés d'Europe. »
C’était il y a des années. Je n’y pensais plus vraiment. La
Suisse est devenue — a toujours été, peut-être — un rêve familier où l’on
s’endort sans y penser.
Mais la nuit dernière, je n’arrivais pas à trouver le
sommeil.
Quand finalement je me suis retrouvée auprès de Morphée,
nous étions au sommet d’une haute tour, loin de la vallée alpestre, et son
visage était sombre.
Je n’ai pas osé lui poser la question. Pas tout de suite,
pas trop violemment. A la place, j’ai demandé :
« Je comprends bien quel est le rôle des cités
cosmopolites dans le Rêve, de Genève, de Bâle, de Zurich… Mais les cantons du
centre, les montagnes, ou même le Tessin… c’est pourtant dans de tels cantons
qu’est né le Rêve. Quel est leur rôle ? »
Il a détaché son regard, péniblement, de la vallée engloutie
par la nuit.
« Les Rêveurs qui se rassemblent en Suisse viennent y
trouver un asile. Un havre. A quoi ressemble un tel havre, dans les
Rêves ? »
Mes propres rêves sont un peu particulier, à ce sujet, mais
bien sûr il a raison. Un asile, un havre, un Heimat, un homeland, c’est
bien cela : une vallée verdoyante, protégée par des montagnes, des chalets
de bois, des feux de cheminée, de vieilles traditions, toute cette imagerie de Heidi dont nous rions, parce qu’elle est
devenue caricaturale, mais dont le rôle est crucial. C’est parce que ces
endroits existent que la Suisse peut jouer son rôle dans le Pacte des Rêves. Un
asile se conçoit juridiquement, certes, mais avant tout symboliquement. La
Suisse doit ressembler à un Havre
pour en être un.
Et il faut bien que j’en vienne au sujet, à la cause de mon
insomnie, une insomnie si grave qu’elle atteint le Seigneur du Sommeil en
personne.
« Que se passe-t-il alors s’ils oublient ? S’ils
cessent de préserver cet équilibre surnaturel entre conformisme et modernité,
entre ouverture et repli ? Que se passe-t-il s’ils cessent d’accueillir
les Rêveurs en exil ? Si le Pacte est rompu, finalement ? »
Morphée me regarde. Il est triste comme le monde peut
l’être, d’une tristesse de pierres et de montagnes, et en même temps d’une
tristesse de mère. S’il était un autre, il pleurerait.
Il ne pleure pas mais ses yeux sont plus sombres que jamais
et il dit :
« Alors les Suisses se réveillent. Le rêve est
fini. »
samedi 14 décembre 2013
Hell's Hope (Mythologica)
![]() |
| Couverture de Vincent Devault |
Ca y est !
Le numéro 1 de la revue Mythologica
est sorti, avec au sommaire ma nouvelle « Hell’s Hope ».
C’est une nouvelle située dans l’univers du jeu de rôle Hellywood, et son atmosphère si particulière
de polar/film noir mâtiné de fantastique.
C’est une histoire noire, donc. Une histoire de femme
fatale. Une histoire de Syndrome de Stockholm. Une histoire de démons, ceux de
l’intérieur et de l’extérieur.
J’espère qu’elle vous plaira.
Vous pouvez commander la revue à votre librairie préférée ou
vous abonner (en version papier ou numérique) ici.
La revue papier coûte 18 euros. C’est
cher, songez-vous, et je comprends cela.
Vous aurez une autre occasion de
lire « Hell’s Hope » en janvier, nous en reparlerons.
Mais voici tout de même quatre
bonnes raisons d’acheter la revue :
- pour soutenir Mythologica ! Regardez plutôt leur alléchant programme de publication. Vous n’avez pas envie de lire un numéro sur Lovecraft ? Le steampunk ? George R. R. Martin ?
- pour les illustrations : la belle couverture de Vincent Devault que vous pouvez admirer ci-dessus et les superbes illustrations intérieures de Mathieu Coudray (celle qui accompagne ma nouvelle est sublime, je crois que c’est la première fois qu’une illustration d’un de mes textes me plaît et me touche autant).
- pour les autres textes :
- rien de moins qu’une nouvelle de Lionel Davoust, « La Fin de l’Histoire », située dans l’univers d’Evanégyre et dans laquelle vous retrouverez sa gravité qui ne se prend pas au sérieux, son souffle dramatique, son absence de manichéisme et l’importance qu’il donne aux histoires, toutes les histoires.
- et le prologue d’un feuilleton de Nathalie Dau, justement célèbre pour la poésie de son style mais qui réussit aussi à écrire de la fantasy faussement traditionnelle et à imaginer des créatures vraiment différentes, vraiment non-humaines dans leur façon d’agir et de penser. C’est rare.
mardi 5 novembre 2013
Autour du Minotaure
Comme annoncé dans le post précédent, la deuxième de mes "parutions d'automne" est un OVNI.
Il s'agit bien d'un volume universitaire, toujours aux Presses Universitaires Blaise Pascal, consacré aux réécritures du mythe du Minotaure et aux figures qui l'entourent, telles que Minos et Pasiphaé, Thésée, Ariane, Phèdre…
Vous pouvez commander le livre papier ou le PDF via le site des Presses Universitaires Blaise Pascal.
Il s'agit bien d'un volume universitaire, toujours aux Presses Universitaires Blaise Pascal, consacré aux réécritures du mythe du Minotaure et aux figures qui l'entourent, telles que Minos et Pasiphaé, Thésée, Ariane, Phèdre…
Mais mon propre texte, contrairement au précédent, n'est pas un article universitaire. C'est une nouvelle, "Le Labyrinthe", ma propre tentative de réécriture de ces mythes.Sous la direction de Rémy Poignault et Catherine d’HumièresLe Minotaure se situe au centre d’un écheveau de passions familiales, souvent violentes, parfois perverses, toujours compliquées, à l’image de son étrange demeure, et le mythe ne cesse de nous interroger. Au cours des siècles, les relations entre les différents acteurs du drame se sont modifiées et complexifiées, et les articles de cet ouvrage, en étudiant les réécritures du mythe du Minotaure et des figures qui gravitent autour de lui, de l’Antiquité jusqu’à nos jours dans les domaines les plus variés, littérature, bien sûr, théâtre, bande dessinée, arts picturaux, danse, cinéma…, ont tenté d’envisager la façon dont ceux qui se sont inspirés de ce mythe se sont approprié ces filiations pour les transformer à leur gré et élaborer de nouvelles créations.
coll. Mythographies et sociétés, 2013, 478 p.
ISBN 978-2-84516-533-5. 25 € pour la version papier
ISBN 978-2-84516-534-2. 16 € pour la version pdf
Les études réunies ici démontrent une fascination toujours vive pour le mythe du Minotaure au cours des siècles en retraçant ses nombreuses réécritures dans le cinéma, la bande-dessinée, la danse, la peinture et la littérature.
J'aime ce texte, et j'aime son insolite publication, comme j'ai aimé participer au colloque qui a donné naissance à cet ouvrage. J'ai trouvé l'expérience très différente, et plus jouissive, que mes participations universitaires à des colloques. Parler d'une création littéraire, en lire des extraits à haute voix, devant un public universitaire, était vraiment plaisant et enrichissant. Je suis très reconnaissante à Catherine d'Humières pour avoir permis et encouragé cette expérience inhabituelle.Trois voix, plus une, se succèdent pour redire l’histoire du labyrinthe, dont le Minotaure n’est qu’un malheureux épisode. Celle d’Ariane et du fardeau de son hérédité divine, de son savoir, pour qui l’exil volontaire est la seule issue possible. Celle de Phèdre la rebelle, la chasseresse condamnée à tous les excès. Enfin celle de Thésée, prince et fondateur, qui finit par perdre ses certitudes aux Enfers. La voix de Dédale, homme de l’avenir inextricablement fasciné par la lignée de Minos, relie et interprète ces trois récits.
Vous pouvez commander le livre papier ou le PDF via le site des Presses Universitaires Blaise Pascal.
jeudi 3 octobre 2013
Parutions d'Automne
Ce qui est drôle, avec les parutions, c'est le décalage.
Le fait que vos textes qui sortent — j'entends, qui sont publiés —sont sortis de vous il y a très, très longtemps, en général.
Que vous en êtes loin déjà, quand ils arrivent aux yeux du lecteur.
C'est le cas de mes trois parutions d'automne, trois textes qui ont tous un peu plus de trois ans, comme par hasard, un peu plus que l'âge du Premier Petit Magicien, donc…
D'abord un article universitaire, "Mordred ou la nécessaire trahison", qui sort dans Mythes de la rébellion des fils et des filles, sous la direction de Véronique Léonard-Roques et Stéphanie Urdician, Presses Universitaires Blaise Pascal, Collection Mythographies et sociétés, 2013, 444 p.
Le volume coûte 19 € en version papier, 12,50 € en version PDF.
Dans le mythe arthurien, Mordred est défini comme le “méchant”, se résumant à l’acte de sa trahison envers son père incestueux Arthur. Mais des romans et nouvelles contemporains s’intéressent au personnage, lui conférant épaisseur et complexité, et tentant d’expliquer voire de justifier sa trahison. Les œuvres de Mary Stewart, The Wicked Day, Michel Rio, Merlin - Morgane - Arthur, Nancy Springer, I am Mordred et Lionel Davoust, "L'île close" in De Brocéliande en Avalon, proposent une autre lecture du personnage de Mordred, tantôt psychanalytique, tantôt politique, et donnent à sa trahison le caractère d’une nécessité tragique ou métatextuelle.
Mais vous trouverez aussi dans ce volume des articles sur Médée, Brutus, les valkyries, le complexe de Pinocchio, le cinéma de Fassbinder et de Pasolini, l'oeuvre de Linda Lê…
Surtout, Lionel Davoust a lu l'article et m'a fait la grande joie de trouver qu'il apportait un éclairage intéressant sur sa nouvelle. Et il n'y a pas à dire, intéresser l'auteur dont il parle, c'est la plus grande satisfaction d'un chercheur (même à la petite semaine) ! Il me fait même la grâce d'en parler sur son blog. Lionel Davoust n'est pas seulement un grand auteur, c'est un grand monsieur.
Deux autres parutions à venir cet automne :
Le fait que vos textes qui sortent — j'entends, qui sont publiés —sont sortis de vous il y a très, très longtemps, en général.
Que vous en êtes loin déjà, quand ils arrivent aux yeux du lecteur.
C'est le cas de mes trois parutions d'automne, trois textes qui ont tous un peu plus de trois ans, comme par hasard, un peu plus que l'âge du Premier Petit Magicien, donc…
D'abord un article universitaire, "Mordred ou la nécessaire trahison", qui sort dans Mythes de la rébellion des fils et des filles, sous la direction de Véronique Léonard-Roques et Stéphanie Urdician, Presses Universitaires Blaise Pascal, Collection Mythographies et sociétés, 2013, 444 p.
Le volume coûte 19 € en version papier, 12,50 € en version PDF.
Dans le mythe arthurien, Mordred est défini comme le “méchant”, se résumant à l’acte de sa trahison envers son père incestueux Arthur. Mais des romans et nouvelles contemporains s’intéressent au personnage, lui conférant épaisseur et complexité, et tentant d’expliquer voire de justifier sa trahison. Les œuvres de Mary Stewart, The Wicked Day, Michel Rio, Merlin - Morgane - Arthur, Nancy Springer, I am Mordred et Lionel Davoust, "L'île close" in De Brocéliande en Avalon, proposent une autre lecture du personnage de Mordred, tantôt psychanalytique, tantôt politique, et donnent à sa trahison le caractère d’une nécessité tragique ou métatextuelle.
Mais vous trouverez aussi dans ce volume des articles sur Médée, Brutus, les valkyries, le complexe de Pinocchio, le cinéma de Fassbinder et de Pasolini, l'oeuvre de Linda Lê…
Surtout, Lionel Davoust a lu l'article et m'a fait la grande joie de trouver qu'il apportait un éclairage intéressant sur sa nouvelle. Et il n'y a pas à dire, intéresser l'auteur dont il parle, c'est la plus grande satisfaction d'un chercheur (même à la petite semaine) ! Il me fait même la grâce d'en parler sur son blog. Lionel Davoust n'est pas seulement un grand auteur, c'est un grand monsieur.
Deux autres parutions à venir cet automne :
- Un OVNI au croisement de mon identité d'auteur et de mon identité de chercheur (je mettrais bien des guillemets aux deux tant je ne suis vraiment ni auteur ni chercheur) : ma nouvelle "Le Labyrinthe" paraîtra dans le volume universitaire Autour du Minotaure, aussi aux Presses Universitaires Blaise Pascal, le 21 octobre.
- "Hell's Hope", une nouvelle dans l'univers noir d'Hellywood à paraître en novembre dans la revue Mythologica n°1 à nouveau en compagnie de Lionel Davoust au sommaire (et il a beau dire, c'est un sacré honneur — pour moi !) En plus, les illustrations seront magnifiques, tant celle de la couverture, par Vincent Devault, que celle en noir en blanc réalisée pour ma nouvelle par Mathieu Coudray… Je ne peux pas vous la montrer, mais elle est magnifique.
dimanche 25 août 2013
Bénédictions
Nous ne parlons jamais de cela. Nous parlons pour nous plaindre et
pour railler, pour rendre compte et déplorer, pour combattre et pour
regretter. Quand, si rarement, nous écrivons sur quelque sentiment
positif, il faut que ce soit l'amour fou, ou la sérendipité.
J'aime l'amour fou et la sérendipité, bien sûr.
Et comme tous les autres je raille et je me plains.
Mais je rends grâce. De plus en plus souvent, ces temps-ci.
Humblement, émerveillée de ma chance.
De vivre là où je vis, sur la frontière poreuse de deux Etats en paix depuis longtemps, dans un pays de beauté, où montagnes et lacs jouxtent la ville et ses théâtres.
De vivre avec qui je vis, un merveilleux compagnon, un adorable petit garçon, bientôt un deuxième.
Que nous soyons tous en bonne santé.
Que nous ayons deux formidables et disponibles grands-mères, nous permettant ce luxe que si peu de jeunes parents peuvent se permettre, de sortir parfois le soir.
Que nous travaillions tous deux et gagnions raisonnablement notre vie, vivions dans une jolie maison (même si nous n'en sommes pas propriétaires). Que mon travail me permette de lire, de rencontrer des jeunes gens passionnants de toutes nationalités, et cependant de passer un peu de temps avec mon fils.
Que nous riions tous les trois (bientôt quatre), jouions, allions parfois nous baigner dans le lac, racontions des histoires, achetions des livres, réservions des places de théâtre.
Que certains de nos amis vivent assez près pour nous voir régulièrement, et que les autres soint présents malgré tout, par la grâce des Réseaux.
Que nous ayons encore ce refuge enchanté du Jura, cette vallée fraîche et secrète où les quatre saisons nous comblent de merveilles.
Je ne le dis pas, pas assez, je suis comme les autres. Mais j'y pense, souvent.
Avec la culpabilité diffuse de mes ancêtres catholiques, chaque fois que j'entends les nouvelles de Syrie, d'Egypte ou d'ailleurs. Celle qui nous fait signer les pétitions, donner aux associations humanitaires — lâchement, mais.
Mais je rends grâce. Publiquement, pour une fois. Merci. Même si je ne sais pas à qui je dis merci.
J'aime l'amour fou et la sérendipité, bien sûr.
Et comme tous les autres je raille et je me plains.
Mais je rends grâce. De plus en plus souvent, ces temps-ci.
Humblement, émerveillée de ma chance.
De vivre là où je vis, sur la frontière poreuse de deux Etats en paix depuis longtemps, dans un pays de beauté, où montagnes et lacs jouxtent la ville et ses théâtres.
De vivre avec qui je vis, un merveilleux compagnon, un adorable petit garçon, bientôt un deuxième.
Que nous soyons tous en bonne santé.
Que nous ayons deux formidables et disponibles grands-mères, nous permettant ce luxe que si peu de jeunes parents peuvent se permettre, de sortir parfois le soir.
Que nous travaillions tous deux et gagnions raisonnablement notre vie, vivions dans une jolie maison (même si nous n'en sommes pas propriétaires). Que mon travail me permette de lire, de rencontrer des jeunes gens passionnants de toutes nationalités, et cependant de passer un peu de temps avec mon fils.
Que nous riions tous les trois (bientôt quatre), jouions, allions parfois nous baigner dans le lac, racontions des histoires, achetions des livres, réservions des places de théâtre.
Que certains de nos amis vivent assez près pour nous voir régulièrement, et que les autres soint présents malgré tout, par la grâce des Réseaux.
Que nous ayons encore ce refuge enchanté du Jura, cette vallée fraîche et secrète où les quatre saisons nous comblent de merveilles.
Je ne le dis pas, pas assez, je suis comme les autres. Mais j'y pense, souvent.
Avec la culpabilité diffuse de mes ancêtres catholiques, chaque fois que j'entends les nouvelles de Syrie, d'Egypte ou d'ailleurs. Celle qui nous fait signer les pétitions, donner aux associations humanitaires — lâchement, mais.
Mais je rends grâce. Publiquement, pour une fois. Merci. Même si je ne sais pas à qui je dis merci.
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