mardi 6 novembre 2007

CANDIDATURE

Professeur de Défense Contre les Forces du Mal cherche poste, de préférence aux environs de Genève.

Le métier dont je rêve : enseigner la Défense Contre les Forces du Mal. Against the Dark Arts est meilleur, le mot dark est important, les ténèbres sont importantes.
J'en rêve depuis quelques années.
Et, enfin, je me demande pourquoi.

Pourquoi ce désir persiste.
Pourquoi je rêve d'enseigner ça, pourquoi j'y repense régulièrement, pourquoi il m'arrive d'imaginer des séances de cours, de prendre quelques notes, de rassembler en esprit du matériel.
Pas seulement écrire un manuel, non, enseigner, à de vrais élèves. C'est un appareil pédagogique qui m'occupe.

Et voilà, je crois, une partie de la réponse : parce que c'est utile. Peut-être l'enseignement le plus utile au monde. Même pour les Moldus.
Car il y a des ténèbres, et nous y sommes tous confrontés un jour ou l'autre. Il y en a dans le monde et il y en a dans nos âmes. Il y a le monstre bouffi de la Haine. Il y a les Monstres sous les Lits. Il y a le Désespoir qui nous tend d'affreux miroirs. Il y a les choses sombres qui se glissent dans les ténèbres et auxquelles nous refusons de croire. Il y a nos instincts les plus noirs. Il y a la souffrance, et la solitude, et la trahison. Il y a la Mort (qui n'est pas une Force du Mal, ni un Dark Art, mais qui en engendre, même si c'est contre son gré.) Il y a des abîmes bien plus profonds et bien plus anciens qu'on ne le prétend. Il y a la peur. Celle de la Nuit, par exemple.
Il y a des ténèbres, nous y sommes confrontés, ou le serons, même les Moldus, et il y a effectivement des Défenses pour s'en protéger.

Parmi lesquelles, bien sûr, la littérature, que j'enseigne "pour de vrai".
Alors voilà : je voudrais enseigner la Défense contre les Forces du Mal parce que de toutes les fonctions de la littérature, c'est celle qui m'est la plus chère.

mercredi 31 octobre 2007

UNE PAGE DE PUBLICITÉ

Pour détendre l'atmosphère.
Pour rendre hommage au talent et à l'inventivité.
Pour partager mes découvertes : c'est à ça aussi que sert un blog.

Si vous habitez Marseille ou la région, vous pouvez désormais lire, "tous les quatre jeudis", le mensuel culturel Zibeline, qui parle de toute la culture locale, théâtre, danse, musiques, livres, conférences, sciences, éducation, avec un esprit critique sans snobisme ni complaisance. Sans raccourcis, non plus : Zibeline est épais, ses articles longs et fouillés.
Et peut-être le plus important : Zibeline est gratuit.
Salutaire. Peut-être même indispensable.
Je rêve d'un Zibeline dans chaque grande ville. S'il y a parmi les passants de ce blog des volontaires pour lancer l'équivalent en région genevoise, je suis prête à participer, avec enthousiasme.

Où que vous habitiez, vous pouvez goûter aux merveilles de Quai Sud. C'est inventif et délicieux, de vrais régals d'automne, colorés, épicés. Chauds. Des cafés, des cacaos, des thés, et sans doute les meilleures infusions du monde. Nous recommandons particulièrement "Cranberries Twist" et "Pomme Cosy", en infusions. Les cacaos à la cannelle ou à la poire, préparés à l'ancienne, éclaireraient les pires grisailles.

Et puis Noël approche. Dans un marché d'avant Noël, le marché féerique de Bourg-en-Bresse, nous avons découvert de talentueux artisans. J'ai un faible pour les artisans, un faible de fausse intellectuelle qui s'émerveille de ce que les mains peuvent créer, de la beauté qui jaillit de la glaise, du métal, du cuir, des tissus.
A ce marché se trouvait une amie chère et fée, dont les doigts voltigent sur les tissus et dont les mots savent restituer cette magie. Son blog, le Carton à Chapeau, est depuis longtemps dans les liens de ce blog. Voici celui de son site professionnel, De Cape et d'Aiguille
Il y avait une autre Dame, une autre Fée, qui a jugé un jour que les bijoux pouvaient être autre chose que bagues et colliers, boucles et bracelets. Ses bijoux ornent vos cheveux, enlacent le lobe de vos oreilles : Atelier Elemiah Delecto

Délectez vous.
Lisez, découvrez, critiquez, sortez, écoutez. Goûtez. Soyez beaux.

Admirez.
C'est, de la publicité, ma fonction préférée.

mardi 30 octobre 2007

DES GUERRES QUI N'EN FINISSENT PAS

J'ai failli titrer cette note "Conversion".
Parce qu'en écoutant les informations, dimanche soir, j'ai eu cette pulsion-là, vaguement absurde pour l'agnostique que je suis : me convertir, symboliquement, abandonner la confession qui s'est choisi un tel pape, glorifiant les "martyrs" franquistes.
Car même agnostique, je suis catholique.
D'éducation, de sensibilité.
Et mes révoltes ont soif de symboles.
J'aurais abandonné le catholicisme comme j'avais envisagé de renoncer à l'agrégation, une certaine année, si un certain président était élu.

Je reste révoltée. J'ai trop lu et trop vu la guerre d'Espagne pour ne pas l'être.
Mais ce n'est pas seulement une question de conversion.
C'est celle des guerres qui n'en finissent pas de finir, des plaies qui n'en finissent pas de se rouvrir, des aveux de culpabilité qu'aucun pays n'ose prononcer à temps, des mea culpa que personne ne fait.

Je pense, tout de même, à Pablo Neruda. À Federico fusillé. À Machado, qui dort à Collioure.

Pourquoi ne pas se demander ce qui en eux a suscité la haine des républicains? Pourquoi régler si aisément la question en criant à l'anti-cléricalisme primaire? Etaient-ils fous, tous, tous, les républicains espagnols? Je veux bien pleurer sur les prêtres assassinés comme sur les autres victimes de la guerre, mais qu'ils se posent la question, tout de même. Quand on éveille la haine d'un si grand nombre, n'y a-t-il pas, peut-être, quelques raisons?

Et je pense à Pablo Neruda.
Mais je suis lasse, et je nuance.

Dans Le Monde :



Et puis :
Article plus nuancé (forcément) de La Croix

mardi 23 octobre 2007

SHAMEFUL HOUSEWIFE

Il y a les pensées qui nous font sourire, et celles dont nous sommes fiers. Il y a celles que nous avons hâte de discuter et partager, et celles que nous conservons au chaud pour le prochain rêve.
Et puis il y a les pensées dont nous avons un peu honte, et que nous n'osons révéler à personne.

Je suis tout sauf une bonne ménagère. J'ai, d'ailleurs, le ménage en horreur, et suis vite prête à payer quelqu'un pour le faire à ma place. Le rangement m'horripile : mon bureau est un chaos à peine sous contrôle. Je ne suis pas spécialement bonne cuisinière : il y a quelques plats dont j'ai l'habitude et que je réussis bien, mais je suis incapable, par exemple, de retoucher une sauce, d'improviser sans recette, de goûter une préparation et de d'ajouter l'ingrédient manquant — comme mon Amour sait le faire, lui. La vaisselle m'empoisonne. Le repassage m'assomme.

Et pourtant...
Pourtant je me découvre attentive à faire la petite vaisselle du jour avant le retour de mon Amour. Pourtant je me retrouve à attendre, rougissante, le verdict des amis auxquels j'apporte mon fameux "Crumble d'Automne". Pourtant je suis prise, de temps en temps, d'une frénésie de rangement dont je sors avec la satisfaction paisible du devoir accompli. Pourtant j'aime m'activer en son absence. Et faire de notre home, de Castel-Nous, un lieu où il fait bon vivre. Et je ressens un étrange plaisir à préparer le dîner quand mon Amour rentre tard, à voir son visage quand il le découvre.
Oui, il y a là une joie confuse, une fierté honteuse, une étrange sérénité.
Celle de la housewife.
Et je quête, inquiète, une réponse : sommes-nous tous et toutes ainsi, en fin de compte? Ou y a-t-il en moi seulement cette ménagère qui n'ose pas dire son nom et contre laquelle toutes mes fibres — intellectuelles, idéologiques — se rebellent ?

mardi 28 août 2007

CITATION

"Le mieux, c'est tout de même de se sentir chez soi, c'est-à-dire en exil et devant une fenêtre."
(Antoine Volodine)

mardi 21 août 2007

ON A VOLÉ LE MONT BLANC

De notre fenêtre, on voit le Mont Blanc. Pile en face, bien visible. Enfin, on le voyait. Ou on le verrait. S'il n'avait pas disparu.
Car nous avons beau nous relayer pour observer, aux heures les plus diverses de la journée, le Mont Blanc n'a plus fait son apparition depuis une bonne dizaine de jours.
Je ne peux donc plus reculer, et le constat s'impose.
On a volé le Mont Blanc.

Le Président doit être sacrément embêté. Le Mont Blanc, c'est tout un symbole, pour la France qui veut s'élever à nouveau vers les sommets.
Alors, il essaie d'étouffer l'affaire.
Les savants du CERN travaillent sur un projet d'hologramme, et en attendant, des météorologues projettent tant bien que mal un cercle permanent de nuages fixes à l'endroit où devrait se situer la montagne.
Et les alpinistes, alors? C'est un problème. Les alpinistes passent sous les nuages, eux, et ils ne peuvent pas grimper sur un hologramme. Alors… et bien, beaucoup ont disparu, cet été, n'est-ce pas?


On a volé le Mont Blanc. Peut-être un coup du Comité de Libération des Trolls. Ou une entreprise de déstabilisation du Président. Ou un nouveau genre de terrorisme, spectaculaire, symbolique et sans victimes humaines (à part, bien sûr, les alpinistes…)
Ou bien… à votre avis, quelle rançon serait à la taille du Mont Blanc ?

lundi 6 août 2007

DES PETITES FILLES ET DES MAISONS DE POUPÉES

Je n'ai jamais aimé les "jouets de fille". Je préférais les Lego, les Playmobil, les chevaliers, les navettes spatiales, et l'Imagination.
Je n'ai jamais aimé les "jouets de fille", sauf les poupées, et leurs maisons.
Avec les poupées, si humaines, si réelles, je mettais en scène de grandes quêtes épiques et romanesques, avec des intrigues politiques, des combats héroïques, des initiations magiques, et parfois des histoires d'amour (parfois seulement car on trouve bien peu de poupées mâles pour jouer des rôles d'amants).

Les maisons de poupées, c'est tout autre chose. Un autre genre de quête.
Celle d'un bâtisseur.

L'agencement des pièces. Le choix de leur fonction. Les couleurs des murs, des tapis, des tentures. La découverte patiente des meubles et de leur disposition, pièce à pièce, angle à angle, mesure pour mesure. Parfois la construction desdits meubles, pièces de bois ou de carton patiemment encollées, tissus soigneusement apposés. La quête des bibelots. Les tableaux fixés aux murs, échos de chaque pièce, ouvertures vers d'autres mondes.
L'étrange satisfaction qu'on en retire: un univers en miniature, maîtrisé, harmonieux. Un refuge et davantage qu'un refuge, non pas hasardeux mais construit de nos mains, pensé à notre image.
Ce qu'est la Maison.
Ma maison. Une vraie maison.
Un puzzle sans cesse raffiné, une Cité en miniature, un miracle intime, une chaleur au coeur.

Pour la première fois je viens de vivre ce plaisir en grand.
Je ne suis plus une petite fille. Les vis et les clous remplacent la colle.
Mais la chaleur, l'excitation, la satisfaction, sont les mêmes.
La quête est la même.

Et tout est plus grand: nous sommes deux. La maison est notre maison.
Plus une maison de poupées: un foyer.