Demain, je retourne travailler. Bien sûr, j'ai travaillé aussi ces derniers mois, à la maison, chaque fois que je le pouvais, chaque fois que les enfants dormaient (pour Beau-Dodu: peu) ou qu'une grand-mère les emmenait en promenade.
Mais demain, c'est la rentrée, la vraie, avec des élèves, des cours à assurer, des copies à corriger, un emploi du temps.
Je n'en suis pas triste.
De même que ces mois de congé parental n'ont pas été de tout repos, comme chaque jeune parent le sait.
Pourtant, étrangement, ce furent des mois de grand bonheur.
Ne vous scandalisez pas que ce soit étrange.
Si on m'avait demandé ce qu'était le bonheur, il y a quelques années, ce n'est sûrement pas ce que j'aurais décrit. J'aurais parlé de lectures et d'écriture, de créations en tous genres, de voyages, de passion, de jeux.
Et sûrement pas de couches à changer, de réveils à des heures indécentes, de discussions avec d'autres mamans à la sortie de l'école, ni des hurlements du Petit Magicien à la moindre écorchure.
Ne dites pas : "mais tout change quand on devient parent."
Après la naissance du Petit Magicien, j'avais pris les mêmes six mois de congé, que je ne regrette pas, mais je m'étais sentie débordée plus qu'heureuse.
Cette fois... Je ne sais pas. Beau-Dodu n'est pas un bébé plus "facile", surtout en ce moment, et l'harmonie entre eux n'est pas, hum, idéale.
("Mamaaaaan ! — Qu'est-ce qu'il y a mon chéri ? — Il se déplace ! — C'est bien, chéri, laisse le faire tant qu'il ne pleure pas. — Mais il touche mon pouf ! Je veux pas qu'il le touche !")
Vraiment, je ne sais pas.
Je sais que chaque semaine et presque chaque jour je me suis émerveillée de ce bonheur. De ce temps passé avec eux. Des petits corps chauds blottis contre moi.
Pas l'absence de rythme et sûrement pas l'absence de contrainte, je ne connais rien de plus rythmé ni de plus contraignant que la vie avec des jeunes enfants, mais un rythme différent. Ne pas me poser de question si certains jours étaient difficiles, si je ne pouvais rien faire d'autre que m'occuper d'eux. Non que cela rende ces moments moins difficiles, mais du moins je n'avais pas à m'inquiéter du reste, des cours non préparés, des copies non corrigées, des mails-boulot auxquels répondre.
Pas non plus l'absence d'engagement ni le retrait hors du monde. Au contraire. L'articulation entre le très-vaste de la planète et le très-intime de la famille, comme une respiration.
Mais l'absence d'invasion extérieure, peut-être. Un bonheur de minuscule démiurge dans un royaume très agité mais très aimé.
Ce bonheur, je l'ai ressenti surtout dans les trajets en poussette pour aller chercher le Petit Magicien à l'école, l'aller seule avec le bébé, à me repaître du paysage, du calme, de la paix en moi, de la paix de notre région, de ma chance.
De la simplicité du bonheur. De son évidence. De cet état de grâce très différent de celui de l'amour-amoureux.
Je ne sais toujours pas.
Je ne sais pas non plus ce que seront les semaines et mois à venir.
Mais je sais que pour la première fois, j'ai rêvé que ces mois durent toujours, que je les revive encore et encore.
Et jamais, jamais, je n'aurais cru que mon bonheur ait ces couleurs.
(encore un cross-post avec la Maman des Magiciens, puisque.)
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dimanche 31 août 2014
dimanche 25 août 2013
Bénédictions
Nous ne parlons jamais de cela. Nous parlons pour nous plaindre et
pour railler, pour rendre compte et déplorer, pour combattre et pour
regretter. Quand, si rarement, nous écrivons sur quelque sentiment
positif, il faut que ce soit l'amour fou, ou la sérendipité.
J'aime l'amour fou et la sérendipité, bien sûr.
Et comme tous les autres je raille et je me plains.
Mais je rends grâce. De plus en plus souvent, ces temps-ci.
Humblement, émerveillée de ma chance.
De vivre là où je vis, sur la frontière poreuse de deux Etats en paix depuis longtemps, dans un pays de beauté, où montagnes et lacs jouxtent la ville et ses théâtres.
De vivre avec qui je vis, un merveilleux compagnon, un adorable petit garçon, bientôt un deuxième.
Que nous soyons tous en bonne santé.
Que nous ayons deux formidables et disponibles grands-mères, nous permettant ce luxe que si peu de jeunes parents peuvent se permettre, de sortir parfois le soir.
Que nous travaillions tous deux et gagnions raisonnablement notre vie, vivions dans une jolie maison (même si nous n'en sommes pas propriétaires). Que mon travail me permette de lire, de rencontrer des jeunes gens passionnants de toutes nationalités, et cependant de passer un peu de temps avec mon fils.
Que nous riions tous les trois (bientôt quatre), jouions, allions parfois nous baigner dans le lac, racontions des histoires, achetions des livres, réservions des places de théâtre.
Que certains de nos amis vivent assez près pour nous voir régulièrement, et que les autres soint présents malgré tout, par la grâce des Réseaux.
Que nous ayons encore ce refuge enchanté du Jura, cette vallée fraîche et secrète où les quatre saisons nous comblent de merveilles.
Je ne le dis pas, pas assez, je suis comme les autres. Mais j'y pense, souvent.
Avec la culpabilité diffuse de mes ancêtres catholiques, chaque fois que j'entends les nouvelles de Syrie, d'Egypte ou d'ailleurs. Celle qui nous fait signer les pétitions, donner aux associations humanitaires — lâchement, mais.
Mais je rends grâce. Publiquement, pour une fois. Merci. Même si je ne sais pas à qui je dis merci.
J'aime l'amour fou et la sérendipité, bien sûr.
Et comme tous les autres je raille et je me plains.
Mais je rends grâce. De plus en plus souvent, ces temps-ci.
Humblement, émerveillée de ma chance.
De vivre là où je vis, sur la frontière poreuse de deux Etats en paix depuis longtemps, dans un pays de beauté, où montagnes et lacs jouxtent la ville et ses théâtres.
De vivre avec qui je vis, un merveilleux compagnon, un adorable petit garçon, bientôt un deuxième.
Que nous soyons tous en bonne santé.
Que nous ayons deux formidables et disponibles grands-mères, nous permettant ce luxe que si peu de jeunes parents peuvent se permettre, de sortir parfois le soir.
Que nous travaillions tous deux et gagnions raisonnablement notre vie, vivions dans une jolie maison (même si nous n'en sommes pas propriétaires). Que mon travail me permette de lire, de rencontrer des jeunes gens passionnants de toutes nationalités, et cependant de passer un peu de temps avec mon fils.
Que nous riions tous les trois (bientôt quatre), jouions, allions parfois nous baigner dans le lac, racontions des histoires, achetions des livres, réservions des places de théâtre.
Que certains de nos amis vivent assez près pour nous voir régulièrement, et que les autres soint présents malgré tout, par la grâce des Réseaux.
Que nous ayons encore ce refuge enchanté du Jura, cette vallée fraîche et secrète où les quatre saisons nous comblent de merveilles.
Je ne le dis pas, pas assez, je suis comme les autres. Mais j'y pense, souvent.
Avec la culpabilité diffuse de mes ancêtres catholiques, chaque fois que j'entends les nouvelles de Syrie, d'Egypte ou d'ailleurs. Celle qui nous fait signer les pétitions, donner aux associations humanitaires — lâchement, mais.
Mais je rends grâce. Publiquement, pour une fois. Merci. Même si je ne sais pas à qui je dis merci.
vendredi 17 août 2012
Identité : Maman
Ils nous disaient : "Vous verrez, ça
change la vie". Et nous hochions poliment la tête en songeant que tout
de même, les gens pourraient nous épargner ces poncifs.
Et nous voilà, deux ans plus tard, réalisant sans cesse combien chacune de nos journées est profondément transformée, en vérité, que nous le voulions ou non, et posant sur les femmes enceintes un regard de vieux sage chinois. Nous ne pouvons nous empêcher de leur dire : "Vous verrez, ça change la vie." Elles hochent la tête, nous savons ce qu'elles pensent, et nous sommes un peu vexés qu'elles ne prennent pas notre avis au sérieux.
Deux ans plus tard, bien sûr, je n'ai plus le temps d'entretenir ce blog, ni d'écrire, ni de créer le site de l'équipe de lettres de mon lycée (ou peut-être que si ?), ni de créer un merveilleux jeu sur StoryNexus qui permettrait à mes futurs Terminale L de jouer et travailler Lorenzaccio en même temps, ni d'aller au cinéma, et tout juste de travailler.
Bref, je suis une maman.
Ce n'est pas toute mon identité.
Je reste, à temps réduit mais à désir inaltéré, une prof de lettres, une auteur intermittente, une geek, une rôliste, une amatrice de théâtre et d'opéra, une amoureuse, une amie, une voyageuse, et un tas d'autres choses.
Mais je suis une maman et cette facette-là ne déborde pas seulement sur mon emploi du temps. Elle s'invitait sur mon blog, elle occupe une partie de mes projets, même créatifs, et il m'a semblé juste de lui ouvrir son propre espace sur ce nouveau blog : La Maman du Magicien.
Et nous voilà, deux ans plus tard, réalisant sans cesse combien chacune de nos journées est profondément transformée, en vérité, que nous le voulions ou non, et posant sur les femmes enceintes un regard de vieux sage chinois. Nous ne pouvons nous empêcher de leur dire : "Vous verrez, ça change la vie." Elles hochent la tête, nous savons ce qu'elles pensent, et nous sommes un peu vexés qu'elles ne prennent pas notre avis au sérieux.
Deux ans plus tard, bien sûr, je n'ai plus le temps d'entretenir ce blog, ni d'écrire, ni de créer le site de l'équipe de lettres de mon lycée (ou peut-être que si ?), ni de créer un merveilleux jeu sur StoryNexus qui permettrait à mes futurs Terminale L de jouer et travailler Lorenzaccio en même temps, ni d'aller au cinéma, et tout juste de travailler.
Bref, je suis une maman.
Ce n'est pas toute mon identité.
Je reste, à temps réduit mais à désir inaltéré, une prof de lettres, une auteur intermittente, une geek, une rôliste, une amatrice de théâtre et d'opéra, une amoureuse, une amie, une voyageuse, et un tas d'autres choses.
Mais je suis une maman et cette facette-là ne déborde pas seulement sur mon emploi du temps. Elle s'invitait sur mon blog, elle occupe une partie de mes projets, même créatifs, et il m'a semblé juste de lui ouvrir son propre espace sur ce nouveau blog : La Maman du Magicien.
samedi 14 janvier 2012
Au Secours, Mères Allaitantes En Vue
J'ai allaité mon fils pendant huit mois. C'était l'an dernier seulement, et c'est une expérience qui laisse des traces. J'en ai parlé en détail sur Geekmom (en anglais).
Une fois n'est pas coutume, je vais laisser les mots s'effacer derrière les images. Parce qu'il s'agit bien d'image, ici. Pas de savoir si l'allaitement asservit les femmes ou s'il est le devoir sacré de toute mère, pas même de savoir ce qu'il nous apprend sur notre espèce et sur nous-mêmes.
Il s'agit de savoir si l'on peut montrer une mère allaitante.
Si l'on peut la regarder.
Si c'est indécent.
Si c'est provocateur.
Il s'agit de savoir ce que ces récents débats disent de nos sociétés et du regard qu'elles portent sur le corps féminins.
Il s'agit d'images.
En voici deux.
La couverture du premier épisode d'un comic book américain qui a suscité la violente réaction d'un autre illustrateur et un débat qui s'est répandu comme le Web le permet désormais, de tweets en blogs et retour, à l'infini.
Vous pouvez lire par exemple la réaction initiale de l'auteur offensé, et la réponse de l'illustratrice mise en cause, Fiona Staples, sur Comics Alliance.
Pour ma part, je ne saurais dire combien je suis heureuse de voir enfin une super-héroïne allaiter, moi qui déplorais que les littératures de l'imaginaire fassent si peu usage des possibilités offertes par le lait maternel et ses mystères. J'ai même le vague projet d'une histoire de fantasy dont l'héroïne serait une nourrice.
Par hasard, les hasards du calendrier des expositions d'art, je suis tombée quelques jours plus tard sur ce tableau attribué à Léonard de Vinci ou l'un de ses élèves, La Madonna Litta.
Je n'en suis pas venue à comparer l'iconographie de notre temps à celle de la Renaissance. Je me suis simplement émue du visage de Marie, tendre, émerveillé, concentré sur l'enfant et comme illuminé par lui — et qu'on peut lire de manière profane, tant cette lumière de l'acte, de l'intimité du lien, ne dépend pas de la nature divine de l'enfant.
Et je me suis amusée, aussi, de constater que Marie porte sur ce tableau une robe d'allaitement, fort réaliste, avec des fentes verticales fermées de points lâches qui s'écartent pour permettre l'accès au sein. Moderne ?
Pour le reste, je vous laisse juges.
Une fois n'est pas coutume, je vais laisser les mots s'effacer derrière les images. Parce qu'il s'agit bien d'image, ici. Pas de savoir si l'allaitement asservit les femmes ou s'il est le devoir sacré de toute mère, pas même de savoir ce qu'il nous apprend sur notre espèce et sur nous-mêmes.
Il s'agit de savoir si l'on peut montrer une mère allaitante.
Si l'on peut la regarder.
Si c'est indécent.
Si c'est provocateur.
Il s'agit de savoir ce que ces récents débats disent de nos sociétés et du regard qu'elles portent sur le corps féminins.
Il s'agit d'images.
En voici deux.
La couverture du premier épisode d'un comic book américain qui a suscité la violente réaction d'un autre illustrateur et un débat qui s'est répandu comme le Web le permet désormais, de tweets en blogs et retour, à l'infini.
Vous pouvez lire par exemple la réaction initiale de l'auteur offensé, et la réponse de l'illustratrice mise en cause, Fiona Staples, sur Comics Alliance.
Pour ma part, je ne saurais dire combien je suis heureuse de voir enfin une super-héroïne allaiter, moi qui déplorais que les littératures de l'imaginaire fassent si peu usage des possibilités offertes par le lait maternel et ses mystères. J'ai même le vague projet d'une histoire de fantasy dont l'héroïne serait une nourrice.
Par hasard, les hasards du calendrier des expositions d'art, je suis tombée quelques jours plus tard sur ce tableau attribué à Léonard de Vinci ou l'un de ses élèves, La Madonna Litta.
Je n'en suis pas venue à comparer l'iconographie de notre temps à celle de la Renaissance. Je me suis simplement émue du visage de Marie, tendre, émerveillé, concentré sur l'enfant et comme illuminé par lui — et qu'on peut lire de manière profane, tant cette lumière de l'acte, de l'intimité du lien, ne dépend pas de la nature divine de l'enfant.
Et je me suis amusée, aussi, de constater que Marie porte sur ce tableau une robe d'allaitement, fort réaliste, avec des fentes verticales fermées de points lâches qui s'écartent pour permettre l'accès au sein. Moderne ?
Pour le reste, je vous laisse juges.
lundi 4 avril 2011
IDENTITE : MÈRE AU FOYER
C'est une de mes découvertes de ces derniers mois. Une humilité nouvelle.
En jeune femme active et indépendante, en bonne fille de soixante-huitarde, j'avais quelque mépris pour la mère au foyer.
Femme à l'ancienne, sans élan, sans passion, sans vie hors de sa famille, à jamais dépendante de l'homme pour sa subsistance, Pénélope immobile attendant chaque soir le retour de l'aventureux, uniquement préoccupée des tâches de ménage et pouponnage, et quand du loisir lui advient, une fois la marmaille à l'école, livrée à la paresse intellectuelle des magazines féminins et des programmes télé ciblant les "ménagères de moins de cinquante ans".
C'était mon cliché.
C'était un cliché.
Depuis sept mois, je suis moi-même une mère au foyer, même si c'est pour la durée réglée et limitée d'un congé parental.
Et je réalise combien l'image était absurde.
D'abord parce que toutes leurs protestations sont vraies: leur occupation est bien un travail, au plein sens du terme. Certainement le plus exigeant de tous ceux que j'ai connus.
Ensuite parce que cet état ne change rien à la vie intérieure, à l'intense activité d'un esprit, à la nature profonde d'un caractère. Du moins pas en sept mois. Au contraire, il réclame énergie et adaptabilité au plus haut degré. C'est un état où il convient de faire fructifier chaque instant. Un état où l'on se sent éminemment vivant.
Enfin parce que le Web change tout. La femme au foyer n'est plus seule dans son cocon, sans autre contact que les voisines qu'elle visite. Elle est citoyenne du village global, comme chacun, plus que d'autres peut-être, comme tous les travailleurs à domicile. Elle dialogue avec ses amis proches ou lointains, avec des gens du monde entier, elle blogue, elle suit l'actualité… en fin de compte, elle n'est plus au foyer. Ou alors au sens mathématique du terme: elle occupe un foyer au sein de la grande ellipse du monde.
En jeune femme active et indépendante, en bonne fille de soixante-huitarde, j'avais quelque mépris pour la mère au foyer.
Femme à l'ancienne, sans élan, sans passion, sans vie hors de sa famille, à jamais dépendante de l'homme pour sa subsistance, Pénélope immobile attendant chaque soir le retour de l'aventureux, uniquement préoccupée des tâches de ménage et pouponnage, et quand du loisir lui advient, une fois la marmaille à l'école, livrée à la paresse intellectuelle des magazines féminins et des programmes télé ciblant les "ménagères de moins de cinquante ans".
C'était mon cliché.
C'était un cliché.
Depuis sept mois, je suis moi-même une mère au foyer, même si c'est pour la durée réglée et limitée d'un congé parental.
Et je réalise combien l'image était absurde.
D'abord parce que toutes leurs protestations sont vraies: leur occupation est bien un travail, au plein sens du terme. Certainement le plus exigeant de tous ceux que j'ai connus.
Ensuite parce que cet état ne change rien à la vie intérieure, à l'intense activité d'un esprit, à la nature profonde d'un caractère. Du moins pas en sept mois. Au contraire, il réclame énergie et adaptabilité au plus haut degré. C'est un état où il convient de faire fructifier chaque instant. Un état où l'on se sent éminemment vivant.
Enfin parce que le Web change tout. La femme au foyer n'est plus seule dans son cocon, sans autre contact que les voisines qu'elle visite. Elle est citoyenne du village global, comme chacun, plus que d'autres peut-être, comme tous les travailleurs à domicile. Elle dialogue avec ses amis proches ou lointains, avec des gens du monde entier, elle blogue, elle suit l'actualité… en fin de compte, elle n'est plus au foyer. Ou alors au sens mathématique du terme: elle occupe un foyer au sein de la grande ellipse du monde.
jeudi 13 janvier 2011
IDENTITÉS
En lisant mes derniers posts alors qu'elle n'avait pas visité ce blog depuis longtemps, Oona m'écrivait : "Que vous semblez avoir changé !" — au point de s'être demandée, un moment, s'il s'agissait bien de moi.
J'ai été surprise, bien sûr. Et peut-être bien vexée.
Certes, mes derniers posts — et pour cause ! — parlaient de bébés, un sujet que je n'avais pas de raison d'aborder auparavant.
Certes me voici devenue une maman.
Ai-je pour autant radicalement changé ? Au point d'être presque méconnaissable?
1. Bien sûr, nous n'avons jamais l'impression de changer. Le processus d'évolution intérieure est si progressif que nous avons rarement conscience du changement, et les vieilles personnes avouent souvent ne pas se sentir foncièrement différentes de leur moi jeune. C'est un motif souvent évoqué : nos cellules se renouvellent entièrement tous les dix ou quinze ans. Nous sommes donc chaque fois un être entièrement neuf, pourtant nous gardons une même conscience. Terry Pratchett l'explique ainsi dans Le cinquième éléphant : si vous héritez de la précieuse épée de votre grand-père, et qu'elle reste dans votre famille génération après génération, vous allez être amené à la restaurer régulièrement. Ce faisant, il faudra remplacer des pièces. Telle pierre du pommeau qui se sera descellée ou ternie. Le fourreau entier. Peut-être même faudra-t-il, un jour, remplacer la lame par un acier neuf. Un jour, l'épée ne contiendra plus une seule parcelle de l'arme d'origine de votre aïeul. Pourtant, vous continuerez à la traiter comme telle, à la désigner comme telle et de fait, elle sera telle.
2. Parfois, dans un roman, l'auteur présente un personnage comme "ayant une conscience aigüe de sa propre identité." Si je me souviens bien, c'est par exemple le cas de Benedict dans le Cycle d'Ambre de Zelazny.
Et bien, j'ai, depuis longtemps, une conscience aigüe de ma propre identité. D'où ce malaise, cette petite vexation même, à l'idée que quelqu'un que j'aime puisse ne pas distinguer ce fil, cette continuité, ce noyau. Noyau est le mot le plus juste.
Pourtant nous sommes tous changés par la naissance d'un enfant, chacun le dit, il n'y a pas de honte à ça.
Changée, oui. Pas métamorphosée. Je ne me sens pas métamorphosée. Je ne me sens pas fondamentalement différente. Ma vie, mon emploi du temps, mes préoccupations le sont, à des degrés divers (le degré maximal étant pour l'emploi du temps, évidemment !) Mais le noyau ? Simplement de nouvelles particules gravitent autour de lui.
3. Car c'est ainsi que nous fonctionnons : nous sommes une mosaïque d'identités. Elles ne se superposent pas les unes aux autres, elles ne se remplacent pas, elles s'ajoutent. Ainsi puis-je être une maman geek, une Marseillaise et une Genevoise ou une Pays-de-gessienne, une Française et une Européenne, une agnostique d'éducation catholique sensible à la poésie de toutes les religions, une prof et une rôliste, une agrégée de formation académique au possible et une lectrice (et auteur) de fantasy… et ainsi de suite. Ces identités coexistent pacifiquement dans la plupart des cas, notamment dans le mien qui suis chanceuse (pour le reste, vous pouvez lire l'essai d'Amin Maalouf, Les identités meurtrières et la merveileuse anthologie de Lucie Chenu.)
Et ce blog ne reflète pas fidèlement toutes les facettes. Ou pas régulièrement. Pourtant la forme même du blog, disjointe, fragmentée, mosaïste, nous y encourage. Des outils tels que les Libellés le reflètent.
Quelle photographie des identités de ce blog offrirait par exemple le génial Wordle ?

Il faut bien avouer que les bébés sont très présents, n'est-ce pas ?
Pourtant ce beau nuage n'est qu'un instantané — terriblement lacunaire, si dense parût-il.
Les deux mots qui dominent le nuage de tags, à votre droite, sont MONDES et MOTS. Sans doute le noyau que j'évoquais est-il quelque part entre ces deux mots.
J'ai été surprise, bien sûr. Et peut-être bien vexée.
Certes, mes derniers posts — et pour cause ! — parlaient de bébés, un sujet que je n'avais pas de raison d'aborder auparavant.
Certes me voici devenue une maman.
Ai-je pour autant radicalement changé ? Au point d'être presque méconnaissable?
1. Bien sûr, nous n'avons jamais l'impression de changer. Le processus d'évolution intérieure est si progressif que nous avons rarement conscience du changement, et les vieilles personnes avouent souvent ne pas se sentir foncièrement différentes de leur moi jeune. C'est un motif souvent évoqué : nos cellules se renouvellent entièrement tous les dix ou quinze ans. Nous sommes donc chaque fois un être entièrement neuf, pourtant nous gardons une même conscience. Terry Pratchett l'explique ainsi dans Le cinquième éléphant : si vous héritez de la précieuse épée de votre grand-père, et qu'elle reste dans votre famille génération après génération, vous allez être amené à la restaurer régulièrement. Ce faisant, il faudra remplacer des pièces. Telle pierre du pommeau qui se sera descellée ou ternie. Le fourreau entier. Peut-être même faudra-t-il, un jour, remplacer la lame par un acier neuf. Un jour, l'épée ne contiendra plus une seule parcelle de l'arme d'origine de votre aïeul. Pourtant, vous continuerez à la traiter comme telle, à la désigner comme telle et de fait, elle sera telle.
2. Parfois, dans un roman, l'auteur présente un personnage comme "ayant une conscience aigüe de sa propre identité." Si je me souviens bien, c'est par exemple le cas de Benedict dans le Cycle d'Ambre de Zelazny.
Et bien, j'ai, depuis longtemps, une conscience aigüe de ma propre identité. D'où ce malaise, cette petite vexation même, à l'idée que quelqu'un que j'aime puisse ne pas distinguer ce fil, cette continuité, ce noyau. Noyau est le mot le plus juste.
Pourtant nous sommes tous changés par la naissance d'un enfant, chacun le dit, il n'y a pas de honte à ça.
Changée, oui. Pas métamorphosée. Je ne me sens pas métamorphosée. Je ne me sens pas fondamentalement différente. Ma vie, mon emploi du temps, mes préoccupations le sont, à des degrés divers (le degré maximal étant pour l'emploi du temps, évidemment !) Mais le noyau ? Simplement de nouvelles particules gravitent autour de lui.
3. Car c'est ainsi que nous fonctionnons : nous sommes une mosaïque d'identités. Elles ne se superposent pas les unes aux autres, elles ne se remplacent pas, elles s'ajoutent. Ainsi puis-je être une maman geek, une Marseillaise et une Genevoise ou une Pays-de-gessienne, une Française et une Européenne, une agnostique d'éducation catholique sensible à la poésie de toutes les religions, une prof et une rôliste, une agrégée de formation académique au possible et une lectrice (et auteur) de fantasy… et ainsi de suite. Ces identités coexistent pacifiquement dans la plupart des cas, notamment dans le mien qui suis chanceuse (pour le reste, vous pouvez lire l'essai d'Amin Maalouf, Les identités meurtrières et la merveileuse anthologie de Lucie Chenu.)
Et ce blog ne reflète pas fidèlement toutes les facettes. Ou pas régulièrement. Pourtant la forme même du blog, disjointe, fragmentée, mosaïste, nous y encourage. Des outils tels que les Libellés le reflètent.
Quelle photographie des identités de ce blog offrirait par exemple le génial Wordle ?

Il faut bien avouer que les bébés sont très présents, n'est-ce pas ?
Pourtant ce beau nuage n'est qu'un instantané — terriblement lacunaire, si dense parût-il.
Les deux mots qui dominent le nuage de tags, à votre droite, sont MONDES et MOTS. Sans doute le noyau que j'évoquais est-il quelque part entre ces deux mots.
Libellés :
Amin Maalouf,
amis,
bébé,
identité,
listes,
lucie chenu,
mondes,
mots
lundi 20 décembre 2010
UN DRAGON POUR CHAQUE BEBE !
(ou le Retour de la Geek Mom)
Voilà qui ressemble à un slogan de manif, dans quelque univers parallèle où les dragons seraient des animaux de compagnie prestigieux réservés aux enfants des privilégiés.
"Un dragon pour chaque bébé ! Tous les nourrissons ont droit à leur dragon !"
Oui, je l'entends parfaitement, scandé à pleine voix par tout un défilé.
Mais il s'agit en fait de quelque chose de bien plus humble. Nous avions très envie, dès avant la naissance du Glapiot, qu'il ait une peluche dragon. Il s'agit indéniablement d'un nouvel indice de la parentalité geek. Mais la quête fut moins aisée que nous l'imaginions. Certes le jouet-dragon est bien plus à la mode que lors de notre propre enfance. Mais la plupart sont soit affreusement laids, soit pas du tout adaptés à un nourrisson.
Heureusement, par le plus grand des hasards, dans une boutique de Carouge, nous avons rencontré Walter.

Walter est une merveilleuse création des belges Lilliputiens, déclinée en maints supports dont d'adorables peluches doudous musicales.
La photo ne permet pas de voir ses ailes, ni les merveilleuses lumières qui peuvent clignoter dans son museau, ni de constater que son étoile brille dans le noir… Bref, Walter n'est pas pris sous son meilleur profil !
Mais le Crapion a donc son Dragon.
C'est même le premier jouet auquel il se soit intéressé !
Voilà qui ressemble à un slogan de manif, dans quelque univers parallèle où les dragons seraient des animaux de compagnie prestigieux réservés aux enfants des privilégiés.
"Un dragon pour chaque bébé ! Tous les nourrissons ont droit à leur dragon !"
Oui, je l'entends parfaitement, scandé à pleine voix par tout un défilé.
Mais il s'agit en fait de quelque chose de bien plus humble. Nous avions très envie, dès avant la naissance du Glapiot, qu'il ait une peluche dragon. Il s'agit indéniablement d'un nouvel indice de la parentalité geek. Mais la quête fut moins aisée que nous l'imaginions. Certes le jouet-dragon est bien plus à la mode que lors de notre propre enfance. Mais la plupart sont soit affreusement laids, soit pas du tout adaptés à un nourrisson.
Heureusement, par le plus grand des hasards, dans une boutique de Carouge, nous avons rencontré Walter.

Walter est une merveilleuse création des belges Lilliputiens, déclinée en maints supports dont d'adorables peluches doudous musicales.
La photo ne permet pas de voir ses ailes, ni les merveilleuses lumières qui peuvent clignoter dans son museau, ni de constater que son étoile brille dans le noir… Bref, Walter n'est pas pris sous son meilleur profil !
Mais le Crapion a donc son Dragon.
C'est même le premier jouet auquel il se soit intéressé !
samedi 18 décembre 2010
GEEK MUM
Je soupçonnais depuis ma grossesse qu'on pouvait être enceinte et rester geek, à preuve plusieurs articles de Think Geek que j'avais hésité à acheter.
A présent que le Glapiot est là, je découvre la merveilleuse communauté des "Geek Moms".
Vous pouvez par exemple y comptabiliser les "Top 25 Ways You Know You’re A GeekMom" *.
Bien sûr, le Crapion est trop jeune pour que je puisse vérifier la plupart de ces constats mais nous avons d'ores et déjà :
#16 rearrange the kid’s extracurricular activities around your role-playing game schedule.*
#23 sing lullabies in Elvish.*
Je ne doute absolument pas que dans un futur plus ou moins proche, nous :
#5 drag the family out of bed at 2AM to watch a lunar eclipse.*
#12 As soon as a new book came out, would send the children to bed early so you could get a head start on Harry Potter…* même si ce sera pour un autre livre, tous les tomes de Harry Potter étant déjà sortis… à moins que, compte tenu du récent et spectaculaire hint donné par JKR…
et peut-être même :
#11 expect the child to know as many digits of pi as their age…* même si c'est un peu problématique, car je n'en connais moi même que 30…
En tout cas j'espère bien que celle-ci se vérifiera :
#25 Your children think this is all normal.*
De plus, ce qui contribue indéniablement à faire de moi une "geek mum", j'ai déjà, par ordre chronologique :
- lu Le Seigneur des Anneaux à haute voix au Pataton-dans-mon-ventre, conformément à la tradition familiale inaugurée par ma mère (même si je ne l'ai pas fini avant sa naissance, soyons précis, je n'ai lu que les trois premiers livres, donc très exactement la moitié)
- pesté en apprenant que la connexion Internet de la maternité était en panne : comment allais-je pouvoir jouer à Echo Bazaar ?
- allaité devant l'ordinateur (en jouant à Echo Bazaar, par exemple)
- laissé le Glapiot jouer avec la souris (enfin, ça, c'est surtout le Geek Dad qui l'a fait) et avec une tasse à café… vide, je vous rassure (toujours le Geek Dad, moi je bois du thé)(il joue aussi avec mes tasses à thé, ceci dit, mais ça sonne moins geek).
C'est donc une grande et amusante aventure qui commence, et une toute nouvelle série de posts sur ce blog… moins poétiques, certes, mais… mais, et je reviens là à un registre plus sérieux, tout aussi juste, tout aussi moi. Car comme nous l'avons souvent évoqué avec Lucie, nous sommes des mosaïques d'identités. Je suis certes écrivante, rêveuse, littéraire, mais je suis aussi geek, et aussi une maman, à présent, et aussi une "geek mom", ce qui est un peu plus que la somme des deux.
--------------------------
* maintenant que je sais que Titi lit ce blog, je traduis l'anglais : les 25 raisons principales prouvant que vous êtes une Maman Geek.
#16 réorganisé les activités extrascolaires de votre enfant en fonction de votre planning de JdR (d'accord, pour l'instant, TOUTES ses activités sont extra-scolaires)
#23 chanté des berceuses en elfique
#5 tirerons la famille du lit à 2 heures du mat' pour observer une éclipse de lune
#12 à la sortie de chaque nouveau tome de Harry Potter, enverrons les enfants au lit plus tôt pour pouvoir commencer à lire. Et si vraiment ça ne marche pas, je commencerai à le leur lire à haute voix, na !
#11 attendrons du pauvre Loupiot qu'il connaisse autant de décimales de pi que son âge (en années, soyons sympas)
#25 Vos enfants pensent que toutes ces choses sont normales…
A présent que le Glapiot est là, je découvre la merveilleuse communauté des "Geek Moms".
Vous pouvez par exemple y comptabiliser les "Top 25 Ways You Know You’re A GeekMom" *.
Bien sûr, le Crapion est trop jeune pour que je puisse vérifier la plupart de ces constats mais nous avons d'ores et déjà :
#16 rearrange the kid’s extracurricular activities around your role-playing game schedule.*
#23 sing lullabies in Elvish.*
Je ne doute absolument pas que dans un futur plus ou moins proche, nous :
#5 drag the family out of bed at 2AM to watch a lunar eclipse.*
#12 As soon as a new book came out, would send the children to bed early so you could get a head start on Harry Potter…* même si ce sera pour un autre livre, tous les tomes de Harry Potter étant déjà sortis… à moins que, compte tenu du récent et spectaculaire hint donné par JKR…
et peut-être même :
#11 expect the child to know as many digits of pi as their age…* même si c'est un peu problématique, car je n'en connais moi même que 30…
En tout cas j'espère bien que celle-ci se vérifiera :
#25 Your children think this is all normal.*
De plus, ce qui contribue indéniablement à faire de moi une "geek mum", j'ai déjà, par ordre chronologique :
- lu Le Seigneur des Anneaux à haute voix au Pataton-dans-mon-ventre, conformément à la tradition familiale inaugurée par ma mère (même si je ne l'ai pas fini avant sa naissance, soyons précis, je n'ai lu que les trois premiers livres, donc très exactement la moitié)
- pesté en apprenant que la connexion Internet de la maternité était en panne : comment allais-je pouvoir jouer à Echo Bazaar ?
- allaité devant l'ordinateur (en jouant à Echo Bazaar, par exemple)
- laissé le Glapiot jouer avec la souris (enfin, ça, c'est surtout le Geek Dad qui l'a fait) et avec une tasse à café… vide, je vous rassure (toujours le Geek Dad, moi je bois du thé)(il joue aussi avec mes tasses à thé, ceci dit, mais ça sonne moins geek).
C'est donc une grande et amusante aventure qui commence, et une toute nouvelle série de posts sur ce blog… moins poétiques, certes, mais… mais, et je reviens là à un registre plus sérieux, tout aussi juste, tout aussi moi. Car comme nous l'avons souvent évoqué avec Lucie, nous sommes des mosaïques d'identités. Je suis certes écrivante, rêveuse, littéraire, mais je suis aussi geek, et aussi une maman, à présent, et aussi une "geek mom", ce qui est un peu plus que la somme des deux.
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* maintenant que je sais que Titi lit ce blog, je traduis l'anglais : les 25 raisons principales prouvant que vous êtes une Maman Geek.
#16 réorganisé les activités extrascolaires de votre enfant en fonction de votre planning de JdR (d'accord, pour l'instant, TOUTES ses activités sont extra-scolaires)
#23 chanté des berceuses en elfique
#5 tirerons la famille du lit à 2 heures du mat' pour observer une éclipse de lune
#12 à la sortie de chaque nouveau tome de Harry Potter, enverrons les enfants au lit plus tôt pour pouvoir commencer à lire. Et si vraiment ça ne marche pas, je commencerai à le leur lire à haute voix, na !
#11 attendrons du pauvre Loupiot qu'il connaisse autant de décimales de pi que son âge (en années, soyons sympas)
#25 Vos enfants pensent que toutes ces choses sont normales…
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mercredi 15 décembre 2010
DES CHOSES QUE JE N'IMAGINAIS PAS SUR LES BEBES
Après tout, c'est ce qui fait l'essentiel de mon temps et de ma vie depuis trois mois et demi, il est donc juste que ce blog en porte la trace.
Les bébés disent vraiment areuh !
J'en ai été stupéfaite ! J'étais persuadée que "Areuh" était une onomatopée imaginaire, un bruit pour bande dessinée, l'équivalent bébé du "Pan !" des pistolets. Est-ce que les pistolets font "Pan !", vraiment ?
Et bien, les bébés, eux, disent réellement "areuh". Ou, pour être franche, plus souvent "a-euh", le R étant plus difficile, ils ne le réussissent qu'une fois sur dix environ. En tout cas, c'est ce que fait mon Galopin.
Les bébés sont des vampires.
Combien de chercheurs et de passionnés se sont interrogés sur ce mythe, se demandant les raisons de son universalité ? Comment se fait-il que personne* n'ait réalisé que ce sont certainement les nourrissons qui l'ont inspiré ?
Soyons méthodiques : les bébés sucent le sang… pardon, le sein, absorbant ainsi ce liquide vital qui est leur unique nourriture. Ils en éprouvent un plaisir sans mélange, il n'est que de constater leur air de drogué béat une fois qu'ils ont terminé. Leur "victime" en est affaiblie et fatiguée, surtout quand ces ponctions sont fréquentes. Il arrive même que cela l'endorme ! Pour reconstituer ses forces, elle doit boire, manger, dormir. Cela ne vous évoque rien, vraiment ? J'oubliais : leur "victime" ne peut s'empêcher de les aimer…
Les bébés sont des yogi-nés.
J'ai commencé le yoga depuis deux semaines (encore un effet secondaire du Crapion) et je suis épatée par la facilité avec laquelle le Glapiot réussit aisément les différents exercices sans même en recevoir la consigne. La façon dont il peut détendre d'un coup tous les muscles de son corps et de son visage est spectaculaire ! Et il fait ça en une seconde, sans effort de volonté apparent !
A suivre…
* ou alors c'est un plagiat par anticipation !
Les bébés disent vraiment areuh !
J'en ai été stupéfaite ! J'étais persuadée que "Areuh" était une onomatopée imaginaire, un bruit pour bande dessinée, l'équivalent bébé du "Pan !" des pistolets. Est-ce que les pistolets font "Pan !", vraiment ?
Et bien, les bébés, eux, disent réellement "areuh". Ou, pour être franche, plus souvent "a-euh", le R étant plus difficile, ils ne le réussissent qu'une fois sur dix environ. En tout cas, c'est ce que fait mon Galopin.
Les bébés sont des vampires.
Combien de chercheurs et de passionnés se sont interrogés sur ce mythe, se demandant les raisons de son universalité ? Comment se fait-il que personne* n'ait réalisé que ce sont certainement les nourrissons qui l'ont inspiré ?
Soyons méthodiques : les bébés sucent le sang… pardon, le sein, absorbant ainsi ce liquide vital qui est leur unique nourriture. Ils en éprouvent un plaisir sans mélange, il n'est que de constater leur air de drogué béat une fois qu'ils ont terminé. Leur "victime" en est affaiblie et fatiguée, surtout quand ces ponctions sont fréquentes. Il arrive même que cela l'endorme ! Pour reconstituer ses forces, elle doit boire, manger, dormir. Cela ne vous évoque rien, vraiment ? J'oubliais : leur "victime" ne peut s'empêcher de les aimer…
Les bébés sont des yogi-nés.
J'ai commencé le yoga depuis deux semaines (encore un effet secondaire du Crapion) et je suis épatée par la facilité avec laquelle le Glapiot réussit aisément les différents exercices sans même en recevoir la consigne. La façon dont il peut détendre d'un coup tous les muscles de son corps et de son visage est spectaculaire ! Et il fait ça en une seconde, sans effort de volonté apparent !
A suivre…
* ou alors c'est un plagiat par anticipation !
lundi 9 août 2010
BILAN DE GROSSESSE
Tous me le disent : l'accouchement est suivi d'une sorte d'amnésie surnaturelle, effaçant les quelques heures et les neuf mois qui l'ont précédé, leurs aléas, leurs découvertes, leurs plaisirs et leurs déplaisirs.
Alors je me décide à donner à ce blog, une fois n'est pas coutume, une fonction mémorielle, testimoniale, presque.
Qu'il enregistre, en ce neuvième mois, les Aspects de cette grossesse, les bons, les mauvais, les étranges.
Les mauvais sont connus, bien sûr. Je m'interroge avec une curiosité mêlée d'admiration sur la réalité de ce miracle physiologique qui contraindrait même les femmes affligées des pires grossesses à tout en oublier, à désirer recommencer. Et à vrai dire c'est à mes yeux un des côtés les plus dérangeants de la grossesse: cette découverte qu'en fin de compte le biologique prime tout, même pour des êtres éminemment portés à intellectualiser, comme moi, même pour des êtres éminemment volontaires — et fiers de l'être. Au temps pour notre orgueil. Le corps et ses chimies font de nous ce qu'ils veulent, nous font verser des larmes absurdes, dormir ou ne pas dormir, danser ou vaciller, nous transformer en guerrier viking émettant à tout propos des éructations incongrues. Pour le reste, les Aspects négatifs sont heureusement assez localisés au premier trimestre et aux dernières semaines, en tout cas pour moi, qui m'en estime heureuse. Nausées, fatigue, un mois de sommeil accablant à 12h par nuit (le deuxième ? déjà je peine à dater ce temps pourtant le plus chronométré de toute une vie), un mois de sommeil erratique aux limites de l'insomnie compensé par des siestes, moi qui n'en faisais jamais (le présent et dernier : cela au moins est facile), quelques semaines d'étonnante maladresse physique, le temps de s'adapter à un centre de gravité différent, quelques périodes d'hyperémotivité presque comique (j'ai marché sur la patte du chat : il va être estropié à viiiiiiie !) Et l'encombrement, la pesanteur de ces dernières semaines.
Les bons sont plus inattendus. Bien sûr il y a l'étonnante et inédite sensation des mouvements du bébé, dont j'ai déjà parlé ici. Du moins ceux du deuxième trimestre. au troisième, c'est toujours amusant, mon ventre s'agite de séismes des plus spectaculaires, mais moins confortable, quand il repousse les murs (les murs sont mes organes, en fait, Bébé.) Non, les bons aspects que je n'attendais pas sont d'ordre différent, à la fois les plus intimes et les plus extérieurs, les plus sociaux. Le regard des autres sur moi a changé. Certaines femmes détestent cela, ont l'impression de se trouver soudain réduites à leur ventre, ou sans cesse agressées dans leur intimité. Pas moi. Je m'amuse de voir les gens se retourner, de reconnaître leurs sourires, et même de répondre à leurs questions. C'est un lien nouveau avec le reste de l'humanité, une complicité, une expérience nouvelles.
C'est aussi une révolution esthétique, au moins en notre ère de culte de la minceur et d'éloge du ventre plat. Soudain, on est fière de cette rondeur ; loin de chercher à la dissimuler, on l'exhibe, on choisit des vêtements et des postures qui soulignent la rotondité du ventre. C'est radicalement nouveau.
Certes la grossesse est aussi une excuse à la paresse. Je ne l'entends pas seulement en termes égoïstes, même si ceux-là sont réels et doivent être admis. Mais pour celles qui comme moi cherchent à être toujours "efficaces", à agir, à employer au mieux leurs journées, c'est un étonnant soulagement d'accepter de ne rien faire et d'en être félicitée. Sans doute parce que même alors nous faisons quelque chose. Notre corps fait, le simple écoulement des heures et des jours, sans le secours de nos actes conscients — suffit à agir et à créer. Et quelle action ! Quelle création !
De là peut-être le plus remarquable pour moi de ces Aspects Positifs. J'ai toujours eu besoin, pour être bien, pour être pleine, entière, heureuse, d'avoir un projet en cours à penser. J'imagine que tous les créateurs sont ainsi, même si dans mon cas il peut s'agir d'autre chose que d'un projet créatif — un amour, un voyage… J'ai besoin d'y penser le soir en m'endormant, par exemple.
Et pendant ces neuf mois, bien sûr, cette nécessité a disparu. Oh, j'ai eu d'autres projets, et l'ai apprécié, et je suis toujours heureuse de me lancer dans quelque création ou organisation nouvelle, mais je n'en avais plus le besoin impératif, je ne ressentais plus l'inévitable déséquilibre, la confuse insatisfaction, des semaines sans vrai projet.
Le projet est en moi, permanent. Même quand je ne le pense pas, je le vis.
Aspect étrange, vraiment, dont je ne saurais dire s'il est positif ou négatif, ou rien de cela. Qui peut-être explique le fameux désarroi du post-partum. Pendant neuf mois je ne suis plus seule. Jamais, jamais. Même dans mon bain, même aux toilettes, même dans la maison tranquille où je tape ces mots. Il y a toujours quelqu'un avec moi, que je le veuille ou non, que je le sente ou non. A chaque infinitésimale fraction de seconde, nous sommes deux.
Jusqu'à ce que, dans quelques semaines, commence une Histoire entièrement Nouvelle.
Alors je me décide à donner à ce blog, une fois n'est pas coutume, une fonction mémorielle, testimoniale, presque.
Qu'il enregistre, en ce neuvième mois, les Aspects de cette grossesse, les bons, les mauvais, les étranges.
Les mauvais sont connus, bien sûr. Je m'interroge avec une curiosité mêlée d'admiration sur la réalité de ce miracle physiologique qui contraindrait même les femmes affligées des pires grossesses à tout en oublier, à désirer recommencer. Et à vrai dire c'est à mes yeux un des côtés les plus dérangeants de la grossesse: cette découverte qu'en fin de compte le biologique prime tout, même pour des êtres éminemment portés à intellectualiser, comme moi, même pour des êtres éminemment volontaires — et fiers de l'être. Au temps pour notre orgueil. Le corps et ses chimies font de nous ce qu'ils veulent, nous font verser des larmes absurdes, dormir ou ne pas dormir, danser ou vaciller, nous transformer en guerrier viking émettant à tout propos des éructations incongrues. Pour le reste, les Aspects négatifs sont heureusement assez localisés au premier trimestre et aux dernières semaines, en tout cas pour moi, qui m'en estime heureuse. Nausées, fatigue, un mois de sommeil accablant à 12h par nuit (le deuxième ? déjà je peine à dater ce temps pourtant le plus chronométré de toute une vie), un mois de sommeil erratique aux limites de l'insomnie compensé par des siestes, moi qui n'en faisais jamais (le présent et dernier : cela au moins est facile), quelques semaines d'étonnante maladresse physique, le temps de s'adapter à un centre de gravité différent, quelques périodes d'hyperémotivité presque comique (j'ai marché sur la patte du chat : il va être estropié à viiiiiiie !) Et l'encombrement, la pesanteur de ces dernières semaines.
Les bons sont plus inattendus. Bien sûr il y a l'étonnante et inédite sensation des mouvements du bébé, dont j'ai déjà parlé ici. Du moins ceux du deuxième trimestre. au troisième, c'est toujours amusant, mon ventre s'agite de séismes des plus spectaculaires, mais moins confortable, quand il repousse les murs (les murs sont mes organes, en fait, Bébé.) Non, les bons aspects que je n'attendais pas sont d'ordre différent, à la fois les plus intimes et les plus extérieurs, les plus sociaux. Le regard des autres sur moi a changé. Certaines femmes détestent cela, ont l'impression de se trouver soudain réduites à leur ventre, ou sans cesse agressées dans leur intimité. Pas moi. Je m'amuse de voir les gens se retourner, de reconnaître leurs sourires, et même de répondre à leurs questions. C'est un lien nouveau avec le reste de l'humanité, une complicité, une expérience nouvelles.
C'est aussi une révolution esthétique, au moins en notre ère de culte de la minceur et d'éloge du ventre plat. Soudain, on est fière de cette rondeur ; loin de chercher à la dissimuler, on l'exhibe, on choisit des vêtements et des postures qui soulignent la rotondité du ventre. C'est radicalement nouveau.
Certes la grossesse est aussi une excuse à la paresse. Je ne l'entends pas seulement en termes égoïstes, même si ceux-là sont réels et doivent être admis. Mais pour celles qui comme moi cherchent à être toujours "efficaces", à agir, à employer au mieux leurs journées, c'est un étonnant soulagement d'accepter de ne rien faire et d'en être félicitée. Sans doute parce que même alors nous faisons quelque chose. Notre corps fait, le simple écoulement des heures et des jours, sans le secours de nos actes conscients — suffit à agir et à créer. Et quelle action ! Quelle création !
De là peut-être le plus remarquable pour moi de ces Aspects Positifs. J'ai toujours eu besoin, pour être bien, pour être pleine, entière, heureuse, d'avoir un projet en cours à penser. J'imagine que tous les créateurs sont ainsi, même si dans mon cas il peut s'agir d'autre chose que d'un projet créatif — un amour, un voyage… J'ai besoin d'y penser le soir en m'endormant, par exemple.
Et pendant ces neuf mois, bien sûr, cette nécessité a disparu. Oh, j'ai eu d'autres projets, et l'ai apprécié, et je suis toujours heureuse de me lancer dans quelque création ou organisation nouvelle, mais je n'en avais plus le besoin impératif, je ne ressentais plus l'inévitable déséquilibre, la confuse insatisfaction, des semaines sans vrai projet.
Le projet est en moi, permanent. Même quand je ne le pense pas, je le vis.
Aspect étrange, vraiment, dont je ne saurais dire s'il est positif ou négatif, ou rien de cela. Qui peut-être explique le fameux désarroi du post-partum. Pendant neuf mois je ne suis plus seule. Jamais, jamais. Même dans mon bain, même aux toilettes, même dans la maison tranquille où je tape ces mots. Il y a toujours quelqu'un avec moi, que je le veuille ou non, que je le sente ou non. A chaque infinitésimale fraction de seconde, nous sommes deux.
Jusqu'à ce que, dans quelques semaines, commence une Histoire entièrement Nouvelle.
mardi 11 mai 2010
CONTACT
Cela ne ressemble à rien d'autre.
A aucune sensation, à aucune forme de communication.
Il y a des années que scientifiques et poètes rêvent de la forme que pourrait prendre une communication extra-terrestre.
Celle-ci, peut-être, qui n'est pas langage, ni musique, ni sourire, et qui pourtant fait sens, pourtant illumine de joie.
Celle-ci, peut-être, qui est toute de toucher, sans main posée, sans caresse, sans heurt, et pourtant tout cela à la fois.
Une langue inconnue que nous cherchons à déchiffrer pour rire : manifeste-t-il son enthousiasme, sa désapprobation, sa peur? Craint-il cet orage d'opéra ou s'enchante-t-il de cette féerie sonore? La mort de Marie Stuart l'attriste-t-elle ou réveille-t-elle en lui quelque instinct de cruauté enfantine ?
Finalement, cela n'a pas la moindre importance.
C'est un contact. Un remuement intime du corps, qui touche l'âme. En nous et pourtant radicalement autre. Une présence, permanente. Pas de solitude possible. Pas d'oubli possible.
Un appel confus auquel nous répondons, en souriant, parce qu'il est impossible de ne pas le laisser monter à nos lèvres, en posant à notre tour la main près de lui, sans savoir vraiment si sa sensation est la même que la mienne, à ce toucher.
La présence infinie et limpide du bébé qui bouge en moi.
A aucune sensation, à aucune forme de communication.
Il y a des années que scientifiques et poètes rêvent de la forme que pourrait prendre une communication extra-terrestre.
Celle-ci, peut-être, qui n'est pas langage, ni musique, ni sourire, et qui pourtant fait sens, pourtant illumine de joie.
Celle-ci, peut-être, qui est toute de toucher, sans main posée, sans caresse, sans heurt, et pourtant tout cela à la fois.
Une langue inconnue que nous cherchons à déchiffrer pour rire : manifeste-t-il son enthousiasme, sa désapprobation, sa peur? Craint-il cet orage d'opéra ou s'enchante-t-il de cette féerie sonore? La mort de Marie Stuart l'attriste-t-elle ou réveille-t-elle en lui quelque instinct de cruauté enfantine ?
Finalement, cela n'a pas la moindre importance.
C'est un contact. Un remuement intime du corps, qui touche l'âme. En nous et pourtant radicalement autre. Une présence, permanente. Pas de solitude possible. Pas d'oubli possible.
Un appel confus auquel nous répondons, en souriant, parce qu'il est impossible de ne pas le laisser monter à nos lèvres, en posant à notre tour la main près de lui, sans savoir vraiment si sa sensation est la même que la mienne, à ce toucher.
La présence infinie et limpide du bébé qui bouge en moi.
mardi 20 avril 2010
INTIMITE
Ce blog a souvent oscillé entre deux fonctions: rendre compte de mon actualité littéraire, faire part de mes impressions et émotions. Entre sa face publique et sa face intime.
Ces derniers temps il a nettement basculé du côté public.
Peut-être parce que ladite actualité était plus animée que de coutume.
Surtout parce que mon intimité soudain devenait indicible.
Combien il est plus aisé de parler d'amour ou même de désespoir plutôt que de la vie qui grandit dans son ventre !
Cet indicible-là, je ne l'avais pas anticipé.
J'avais même envisagé, très sérieusement, de tenir un journal de grossesse.
Je peux en sourire à présent.
Un tel journal n'aurait ni intérêt ni profondeur.
Ce qui se passe en moi, en nous, échappe aux mots. Comme mon corps, soudain, échappe à l'intellect pour me rappeler mon animalité.
Pourtant, à présent que les symptômes s'estompent, que la ligne ronde du ventre s'accentue, à présent que l'étrangeté m'est devenue plus familière, à présent surtout que je sens l'enfant bouger en moi, plus présent, plus réel — à présent seulement les mots me viennent.
A présent je peux lui parler avec plus d'aisance, un nouveau genre de dialogue intérieur dont la naissance infléchira le cours et le langage.
A présent je peux en parler ici.
Un peu.
Dire plus ne serait que verser dans le cliché. Et ce topos-là a beau être le plus beau, le plus grand, le plus signifiant du monde, je ne puis m'empêcher de m'en défier.
Ces derniers temps il a nettement basculé du côté public.
Peut-être parce que ladite actualité était plus animée que de coutume.
Surtout parce que mon intimité soudain devenait indicible.
Combien il est plus aisé de parler d'amour ou même de désespoir plutôt que de la vie qui grandit dans son ventre !
Cet indicible-là, je ne l'avais pas anticipé.
J'avais même envisagé, très sérieusement, de tenir un journal de grossesse.
Je peux en sourire à présent.
Un tel journal n'aurait ni intérêt ni profondeur.
Ce qui se passe en moi, en nous, échappe aux mots. Comme mon corps, soudain, échappe à l'intellect pour me rappeler mon animalité.
Pourtant, à présent que les symptômes s'estompent, que la ligne ronde du ventre s'accentue, à présent que l'étrangeté m'est devenue plus familière, à présent surtout que je sens l'enfant bouger en moi, plus présent, plus réel — à présent seulement les mots me viennent.
A présent je peux lui parler avec plus d'aisance, un nouveau genre de dialogue intérieur dont la naissance infléchira le cours et le langage.
A présent je peux en parler ici.
Un peu.
Dire plus ne serait que verser dans le cliché. Et ce topos-là a beau être le plus beau, le plus grand, le plus signifiant du monde, je ne puis m'empêcher de m'en défier.
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